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" Les Mahorais doivent être des acteurs de la concurrence dans leur département" (BRUNO LASSERRE)

 Bruno LASSERRE , Président de l' Autorité de la concurrence en France , est en visite à Mayotte .

  Il a invité les Mahorais à être des acteurs de la concurrence dans leur département .

  Il a accordé une interview à Emmanuel TUSEVO pour le site :" Mayotte 1ère.fr - Actualités"

  

BRUNO LASSERRE, Président de l' Autorité de la concurrence © PHOTO : EMMANUEL TUSEVO :
© PHOTO : EMMANUEL TUSEVO : BRUNO LASSERRE, Président de l' Autorité de la concurrence
  • Par Emmanuel Tusevo
  • Publié le , mis à jour le

  Bruno LASSERRE , Président de l' Autorité de la concurrence en France est en visite à Mayotte .
  Il a invité les Mahorais à être acteurs de la concurrence dans leur département .

  Il a accordé une interview à Emmanuel Tusevo pour " Mayotte 1ère.fr- Actualités"   dans laquelle il évoque
  les problèmes de la régulation des prix suite à la grève contre la vie chère , le coût des transports aériens...

  DECLARATION : BRUNO LASSERRE

    " 
Il faut que les Mahorais soient les acteurs de la concurrence dans leur département. La concurrence est faite pour les consommateurs    mais pour que la concurrence vive, il faut une institution qui la surveille, elle existe, mais que pour que cette institution puisse travailler,
 il faut qu’elle soit alimenter. C’est aussi aux consommateurs mahorais , à leurs associations de se prendre en charge, de nous faire
 remonter des indices de préoccupations pour que nous puissions travailler. Donc la concurrence est un trésor pour tous mais
 pour la faire vivre, il faut que chacun en soit aussi le gardien d’une certaine manière."

  QUESTION : EMMANUEL  TUSEVO :
 
 Monsieur Bruno LASSERRE, vous êtes Président de l' Autorité de la concurrence en France, quelles sont les missions de cette institution ?

 REPONSE : BRUNO LASSERRE :
 

 L’autorité de la concurrence a 3 missions :

 La première c’est de lutter contre les ententes et les abus de position dominante.
 Dans une économie de marché, les entreprises doivent fixer leurs prix toutes seules sans se concerter avec leurs concurrents
 et lorsque les prix sont fixés en commun, lorsque les entreprises se rencontrent  secrètement pour partager les clients
 ou les territoires, nous pouvons sanctionner.

 Lorsqu’ une entreprise puissante  abuse aussi de son pouvoir en pratiquant des prix trop élevés ou en essayant de décourager
 les concurrents, nous pouvons prononcer des sanctions qui peuvent aller jusqu’à 10% du chiffre d’affaires mondial du groupe
 dont relève l’entreprise. Dans l’histoire nous avons prononcé des sanctions qui pouvaient parfois se monter à plusieurs centaines
 de millions  d’euros.

 Le deuxième travail de l’autorité, c’est de statuer sur les fusions et les rachats. Lorsqu’une entreprise rachète une autre ou fusionne
 avec une autre entreprise, elle doit notifier cette opération à l’autorité de la concurrence qui va examiner  si cette opération maintient
 une concurrence suffisante, c'est-à-dire protège les consommateurs contre des entreprises qui deviendraient trop puissantes,
 qui auraient des parts de marché trop importantes.

 Et enfin, troisième responsabilité, nous enquêtons sur des sujets qui peuvent nous être transmis par le gouvernement ou le parlement
 mais aussi de notre propre initiative pour faire mieux fonctionner la concurrence dans un nombre de secteurs.
 Nous venons de travailler par exemple sur les autoroutes. Nous travaillons en ce moment sur les professions juridiques, les notaires,
 les huissiers, les commissaires priseurs. Nous avons travaillé sur l’autocar. Il y a beaucoup de sujets sur lesquels nous travaillons
 pour faire des recommandations  afin que la concurrence fonctionne mieux.

       « Les Mahorais ne sont pas les oubliés de la régulation économique »

 Ma venue à Mayotte, c’est d’abord pour expliquer ce que nous faisons, expliquer que les mahorais ne sont pas les oubliés de la régulation    économique, que nous pensons à eux, que nous avons ouvert beaucoup d’enquêtes pour vérifier que la concurrence fonctionne bien ici à  Mayotte. Je ne peux pas vous donner  les secteurs ou les  entreprises visés mais nous y sommes attentifs surtout parce que nous venons  de prendre, lundi dernier, une décision  importante qui autorise, sous conditions, le rachat de SFR par Numéricâble  et parmi les conditions  que nous avons posées, il y en a une qui concerne directement Mayotte.

     « Loi Lurel :   Bouclier qualité – prix dans les départements d’outre mer » 

 QUESTION : EMMANUEL TUSEVO :


 Vous dîtes que vous  ne pouvez pas citer des secteurs mais nous les connaissons parce que nous les subissons, les prix exorbitants
 de la grande distribution. Il y a eu une grève dure de 44 jours ici à Mayotte contre la vie chère ?

 REPONSE : BRUNO LASSERRE :

 
 La grande distribution est concentrée partout. A Mayotte, dans les départements d’outre mer  mais aussi en métropole où le nombre  d’enseignes est de moins en moins nombreux. Vous savez d’ ailleurs que nous venons d’être saisis par le gouvernement  mais aussi  par le Sénat  pour regarder la question des centrales d’achats communes souvent à plusieurs enseignes.

 Depuis la grève contre la vie chère à Mayotte qui a été effectivement très dure mais qui,  je crois a été un signal important, les choses ont  changé  avec   la loi sur la régulation économique outre mer, la loi Lurel  qui a été adoptée à la fin de l’ année 2012  et qui prévoit un certain nombre de choses notamment la possibilité de mettre en place dans chaque département d’outre mer un bouclier qualité – prix qui a été créé ici à Mayotte c'est-à-dire que depuis le 1 mars 2013, il existe un panier de la ménagère en quelque sorte qui comporte un grand nombre  de produits , il y en avait 76 au début maintenant il y en a 87, ça va du lait à un certain nombre de produits congelés, les ailes de poulets, les sardines à l’ huile , la lessive, quelques fournitures scolaires également et l’ ensemble de ce panier  fait l’ objet d’ un tarif maximum approuvé par le préfet et chaque distributeur, chaque enseigne  doit afficher le prix de ce panier  pour permettre aux mahorais à la fois de comparer mais de vérifier  que le bouclier qualité prix  est respecté.

    «  Il faut s’attaquer au problème des marchés d’approvisionnement- à Mayotte »


  QUESTION : EMMANUEL TUSEVO :

   Dans la réalité, à la caisse des supermarchés, les consommateurs ne ressentent pas cette régulation des prix. Le coût de la vie e cesse  d’augmenter à Mayotte ?

  REPONSE : BRUNO LASSERRE : 


 L’idée est quand même de faire en sorte  que les mahorais en aient pour leur argent  pour les produits de nécessité, ceux qui font l’objet
 des courses les plus fréquentes, les plus quotidiennes. Mais à côté de cette protection par le bouclier qualité prix, vous avez raison,
  il faut s’attaquer au problème de fond  de l’économie mahoraise et notamment tout ce qui concerne les marchés d’approvisionnement.

 Vous le savez, la loi Lurel interdit par exemple les monopoles de droit ou de fait  sur l’approvisionnement, c'est-à-dire que les exclusivités    qui sont par exemple consenties  à des importateurs grossistes  et qui souvent sont un élément  d  ans la chaîne des prix de hausse  sont  dorénavant interdits. Et nous vérifierons sur place que ces exclusivités  de droit ou de fait sont effectivement maintenant abolies.  
 Donc des enquêtes sont en cours pour les vérifier.

      «  Le coût des transports aériens, une grande plaie à Mayotte »

     QUESTION : EMMANUEL TUSEVO

 Il y a une grande plaie à Mayotte, le coût exorbitant des transports aériens. Il y a des Mahorais en métropole qui depuis plus de dix ans
 ne peuvent pas rentrer à Mayotte même pour des circonstances familiales (funérailles des parents...)

 REPONSE : BRUNO LASSERRE : 


 C’est un sujet sur lequel je souhaite m’informer. Je suis venu à Mayotte pour rencontrer beaucoup de gens, les élus, le préfet,
 les services  de l’Etat, la Diecte, les associations des consommateurs, les syndicats, et c’est un sujet sur lequel j’aimerais m’informer
 et comprendre  les raisons de cela. Est ce que la demande n’est pas suffisante, est ce qu’elle est trop concentrée  dans l’année,
 comprendre l’origine du problème mais en même temps ne pas faire rêver les gens. L’autorité de la concurrence ne peut pas forcer
 les compagnies aériennes  à ouvrir une desserte à Mayotte. C’est un choix de marché et que pour faire une décision de ce type,
 Il faut qu’il y ait une demande suffisante pour rentabiliser cet investissement. Mais c’est un sujet sur lequel je réfléchis
 et  si nous pouvons faire des propositions notamment à l’Etat, nous sommes en lien avec le ministère de l’outremer, nous le ferons.

 QUESTION : EMMANUEL TUSEVO

 Quelle autre recommandation faîtes - vous aux consommateurs mahorais ?

 REPONSE : BRUNO : LASSERRE

  
  Nous avons besoin d’être alimentés. Nous sommes une petite institution, 180 personnes, moins de 20 millions d’ euros de budget annuel  mais une institution puissante parce qu’ elle peut mobiliser des instruments  puissants : la sanction, la recommandation, depuis la loi Lurel,  l’ injonction structurelle qui peut imposer à des enseignes de la grande distribution de vendre des surfaces dans les cas de prix  disproportionnés manifestement trop élevés afin de réanimer la concurrence.

 Mais pour que tout cela marche, il faut que nous soyons alimentés  par des cas concrets, que nous puissions faire bouger les lignes
  par des enquêtes, par des décisions. Les consommateurs Mahorais à titre individuel ne peuvent pas nous saisir  directement mais
 leurs associations  le peuvent, les syndicats, les collectivités locales le peuvent, la Diecte qui est un service de l’Etat, les journalistes n  peuvent nous faire remonter un certain nombre de choses pour que nous puissions travailler  sur les vrais besoins des Mahorais. 

En même temps, il ne faut pas rêver, nous, nous ne pouvons agir  que si nous avons des preuves soit d’une entente, soit d’un abus de position dominante. Nous ne sommes pas des justiciers qui pouvons faire changer les choses  comme ça d’un coup de baguette magique. Nous sommes une institution qui pour travailler et sanctionner a besoin de preuves concrètes de comportement illicite mais c’est en travaillant sur le terrain qu’on peut avancer. 

EMMANUEL TUSEVO , Grand Reporter France Télévisions Mayotte 1ère et Correspondant AFP

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