Violences à Koungou à la suite d'interpellations au quartier de la Jamaïque

violence koungou
Violences à Koungou suite aux interpellations à la Jamaïque
Les maisons voisines des cases qui seront démantelées ont été complètement saccagées. ©DR

La journée de vendredi a été encore une fois agitée à Koungou. Barrages des routes, incendies, pillages de maison ont suivi l'intervention de la gendarmerie au quartier de la Jamaïque. Ceux-ci étaient venus interpeller des présumer délinquants.

Jusqu'où montera l'escalade de la violence à Koungou ? De mémoire d'habitant, jamais les choses en étaient arrivées là. Barrages des routes et des rues avec des objets encombrants incendiés, racket d'automobilistes, pillage de logements, c'est le cauchemar qui s'est abattu sur le quartier Koungou Manga. Des faits traumatisants qui ont conduit un bon nombre d'entre eux à déserter les lieux avant le coucher du soleil.

gendarme à Koungou
Cette fois-ci, les gendarmes ne sont pas intervenus pour discuter avec les habitants, mais pour interpeller des présumés délinquants. (Archives) ©Mayotte la 1ère

Tout a commencé dans la matinée quand les gendarmes sont venus interpeller des présumés délinquants dans le quartier de la Jamaïque à proximité de l'hôtel de ville. Des interpellations pour préparer la destruction prochaine de 200 cases en tôle installées sans titre ni droit sur une parcelle appartenant à la société Cananga. Une parcelle située sur des pentes allant jusquà 60 % et où avaient péri il y a trois ans dans un glissement de terrain, une mère de famille et ses quatre enfants. Un lieu où habitent de nombreux délinquants, notamment ceux qui ont violé une lycéenne en novembre dernier.
Des interpellations qui ont mis en colère une centaine de jeunes qui a décidé de se déchaîner sur le voisinage.

Des habitants traumatisés

Les gendarmes sont eux intervenus en tirant des grenades lacrymogènes et ont utilisé leur hélicoptère pour dégager les axes de circulation. Le calme est revenu dans l'après-midi. Mais à la tombée de la nuit, les jeunes ont repris de plus belle leurs actions et les affrontements avec les gendarmes qui étaient au plus fort de l'action au nombre de 75. Ils ont incendié une maison d'un lotissement de la SIM et ont cambriolé tous les logements laissés vides par leurs occupants, traumatisés par la violence qu'ils ont eu à affronter plus tôt dans la journée. Cinq gendarmes ont été légèrement blessés et un cambrioleur a été interpellé.

Violences à Koungou Jamaïque suite à interpellation présumés délinquants
Les voyous n'ont pas hésité à casser les murs des maisons des lotissements SIM pour tout piller à l'intérieur. ©DR

Je n'ai jamais eu peur de ma vie. Mais hier, avec ce que j'ai vu, oui, là j'ai vraiment eu peur. Ces gens se sont déchaînés sur les maisons de nos voisins, ils ont tout tout cassé, il n'y a plus rien. Ils ont même troué les murs. Et il n'y avait pas que des jeunes, il ya eu des adultes qui sont entrés voler des frigos et des matelas.

Une habitante du quartier Koungou Manga

 

Elle aussi a décidé de s'éloigner du quartier, car elle craint une escalade et qu'elle soit victime cette fois-ci. Et pour d'autres habitants, la procédure de destruction de ces cases en tôle doit aller à son terme.

Le préfet et le maire ne doivent pas céder. S'ils le font, ces jeunes vont nous tuer. Ils ne craignent personne, la force de l'Etat doit s'exprimer jusqu'au bout, sinon ils se croiront tout permis.

Un habitant de Koungou

 

Un renvoi dans le pays d'origine, une issue inenvisageable pour les décasés

Si les forces de l'ordre rencontrent une telle résistance, c'est aussi parce que le quartier de la Jamaïque abrite de nombreux étrangers en situation irrégulière. Avant la démolition de ces cases, une enquête sociale a été réalisée par des associations en collaboration avec la préfecture de Mayotte et la mairie de Koungou. Et les personnes en situation irrégulière n'ont pas le droit à un relogement. Au contraire, si elles sont interpellées, c'est un renvoi vers leur pays d'origine qui les attend. Une perspective inenvisageable pour eux.

Certains ont refusé de répondre à l'enquête sociale, croyant que les contentieux électoraux changeraient la donne. Aujourd'hui, ils voient qu'ils sont acculés et laissent leurs enfants faire le bordel.

Un employé municipal de la mairie de Koungou

 

Aujourd'hui encore, les gendarmes sont sur place à Koungou. Leur présence va sûrement calmer les choses. mais du côté des quartiers voisins de la Jamaïque, beaucoup pensent à déménager. Les démolitions des 200 cases sont prévues pour le 10 mars. Et d'ici là, ils craignent une escalade de la violence encore plus forte.