La reconduite à la frontière : un panier percé

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© Bruno Minas
Said vivait depuis 10 ans à Mayotte. Il a été expulsé le 16 mars. Il est déjà de retour.
Installé sur un canapé dans sa petite maison au milieu d’un dédale de ruelles, Said se repose. La traversée retour en kwassa-kwassa a été rude. « J’ai mal au dos » se plaint ce quinquagénaire, originaire de la Grande Comore qui dit n’avoir jamais voyagé en bateau. Au matin du jeudi 15 mars, une patrouille de gendarmes l’a contrôlé dans la rue. C’était juste après les annonces de la ministre des outremers promettant une intensification de la lutte contre l’immigration clandestine. Les gendarmes s’étaient déployés dans tous les quartiers de Koungou et de Petite-Terre. Leur mission : interpeller des clandestins pour les reconduire vers l’Ile d’Anjouan. Cette mission est mathématiquement simple, puisque de l’aveu même de la ministre « la moitié de la population étrangère à Mayotte n’a pas de papiers».
Said était arrivé en 2008 avec un visa depuis longtemps expiré. Il s’était installé comme artisan (Il ne veut pas préciser plus, pour ne pas se faire repérer). Marié, père de famille, il n’avait jamais imaginé devoir quitter Mayotte même si ses démarches de régularisation étaient restées au point mort.


1000 euros le voyage retour


Après une nuit au centre de rétention administrative, Said s’est retrouvé embarqué sur le « Gombessa », un des navires de transports de passagers affrêté par la préfecture pour des reconduites à la frontières quasi-quotidiennes.
« A peine arrivé à Anjouan, je me suis mis à la recherche d’un passeur pour revenir à Mayotte » explique Saïd, « on en trouve très facilement, même pour moi qui ne suis pas anjouanais ». C’était d’ailleurs la première fois qu’il mettait les pieds à Anjouan.
« C’est facile à trouver, mais c’est très cher » ajoute-t-il « j’ai payé 1000 euros ». Said ne voulait pas s’embarquer comme beaucoup d’autres sur une barque surchargée beaucoup moins chère. Sur son « kwassa », ils n’étaient que deux passagers. A mi-chemin, en pleine mer, ils sont montés sur deux barques de pêcheurs pour la dernière partie du voyage « au milieu des poissons, j’étais comme un pêcheur, et j’ai débarqué sans problème ».


Presque tous les expulsés reviennent


Sa mésaventure lui a coûté cher, mais à aucun moment il n’a pensé rester aux Comores. « Que voulez-vous que je fasse là-bas ? J’ai toute ma vie ici, ma fille fait des études, j’ai mon métier, un savoir-faire, je suis utile, je ne vole le travail de personne et je ne suis pas dans la délinquance »
Saïd dit qu’il va faire un peu plus attention désormais dans ses déplacements. Il espère pouvoir être régularisé. Il affirme qu’à sa connaissance « presque toutes les personnes qui ont été expulsées avec moi sont déjà de retour à Mayotte ».