Tsingoni passe à la seconde étape de la rénovation de sa mosquée

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Mosquée Tsingoni
Le minaret de la mosquée de Tsingoni, à Mayotte, en pleine rénovation. ©Ali AL-DAHER / AFP
Mosquée en activité la plus vieille de France, la grande mosquée de Tsingoni est en pleine rénovation depuis 3 ans. La partie contemporaine est achevée, désormais les restaurateurs s’attaquent à la mosquée ancienne qui date du 13e siècle après J-C.
Le minaret de la grande mosquée se dresse fièrement au centre du village de Tsingoni, à l’ouest de Mayotte. Depuis un an désormais, son bulbe cuivré, assorti d’un croissant de lune et d’une étoile rayonne en lieu et place d’un dôme en béton qui menaçait de s’effondrer. Et il donne une dimension plus majestueuse à la mosquée la plus ancienne en activité de France. En effet, le minaret n’a été construit qu’en 1994. Mais la mosquée dite ancienne date au moins de 1538, date identifiée sur une inscription sur le mihrab (niche indiquant la direction de La Mecque au sein de laquelle l’imam dirige la prière).

 

Un lieu de culte construit bien avant les mosquées de Paris et de Saint-Denis de La Réunion 

Des recherches archéologiques effectuées par l’INRAP (Institut national de recherches archéologiques préventives) en 2016 ont mis en évidence une occupation du site dès le 13e et le 14e siècle avec des traces d’habitat et la présence d’une mosquée primitive en pierre. Soit bien avant la mosquée Noor-el-Islam de Saint-Denis à La Réunion, construite en 1905 ou la grande mosquée de Paris inaugurée en 1926.
Mosquée ancienne et tombeaux shiraziens
Mosquée ancienne et tombeaux shiraziens ©8 Studio - DAC Mayotte
 

Une mosquée caractéristique de la culture swahilie

Si la mosquée de Tsingoni possède un intérêt patrimonial, ce n’est pas seulement par son ancienneté. Tsingoni a été la capitale des sultans de Mayotte au 16e siècle, une ville importante politiquement et religieusement. La grande mosquée témoigne également d’un style architectural spécifique. « L’architecture de la mosquée de Tsingoni reflète différents apports culturels, et notamment la culture swahilie (aire géographique de l’Afrique de l’Est s’étendant du nord du Kenya au nord du Mozambique et incluant l’archipel des Comores et le nord de Madagascar), dans laquelle s’est inscrite l’influence shirazienne. Son plan est spécifique, différent de celui des mosquées arabes. De plus, la présence de tombes autour de la mosquée, et donc à l’intérieur de la ville, marque une influence swahilie. Les tombes sont généralement installées à l’extérieur des villes arabes. Il est également important de souligner que les constructions en dur sont assez rares à cette époque et réservées aux bâtiments à forte connotation sociale et symbolique » assure Violaine Bressand, ingénieure chargée du patrimoine à la direction des Affaires culturelles de Mayotte. C’est pour toutes ces raisons que la mosquée de Tsingoni est classée aux Monuments historiques de France depuis 2016.
 

Un édifice classé Monument historique de France

C’est sa partie ancienne qui va être restaurée à partir de l’an prochain. Un avant-projet est en cours de validation. L’objectif est de remettre en état la salle de prière avec les matériaux qui se rapprochent le plus de ceux utilisés lors de la construction originale : corail pour la maçonnerie et bois de palétuvier pour la charpente et les poutres. Un réel défi puisque pour des raisons environnementales, ces deux matériaux ne peuvent pas être utilisés désormais. « Chaque élément de la mosquée doit être parfaitement connu pour savoir nous allons procéder. Ce sera du cas par cas. Et cela demande une expertise, une technicité particulière. Par exemple, le corail pourrait être remplacé par de la chaux non corallienne, le bois de palétuvier par un autre bois » détaille Violaine Bressand.
Minaret de la mosquée de Tsingoni
Minaret de la mosquée de Tsingoni ©8 Studio - DAC Mayotte


L'ancienne salle de prière en piteux état

Une rénovation nécessaire, car la partie ancienne de la mosquée commençait à tomber en décrépitude. Faux plafond dégradé, infiltrations d’eau en saison des pluies, fissures sur les murs, moisissures, tout cela n’empêche pas certains fidèles d’y prier. « C’est là que mon grand-père et mon père priaient, je ne me vois pas le faire ailleurs », souligne Salim, fidèle de l’ancienne salle. Celui-ci souhaite d’ailleurs que les tombeaux extérieurs soient également préservés et notamment de badauds qui viennent boire leurs canettes de boissons alcoolisées en soirée après que les fidèles aient accompli la dernière prière.

« La mosquée, c’est un lieu sacré, on ne devrait pas permettre à ces gens-là de s’y adonner à la boisson, c’est un manque de respect pour nos aïeux et pour les fidèles » rumine-t-il. Son souhait se réalisera dans quelques années, la restauration des abords extérieurs de la mosquée étant prévue au programme de la rénovation de l’édifice.
 

La partie contemporaine réhabilitée pour un meilleur confort des fidèles 

La partie contemporaine a elle été rénovée. La toiture, bien que récente, était sujette à des infiltrations. Une aubaine pour certains fidèles.
« L’humidité, la poussière, le manque d’air, je ne supporte pas. Je préfère prier dans la nouvelle salle » explique Abdou. Une nouvelle salle qui est bien plus grande et qui permet d’accueillir tous les fidèles de Tsingoni, notamment lors de la grande prière le vendredi ou les jours de l’Aïd.
La mosquée la plus ancienne de France ouvrira ses portes aux visiteurs ce week-end à l’occasion des journées du patrimoine. Des visites dirigées par Ambass Ridjali, directeur du service culturel de la commue de Tsingoni et écrivain-conteur. Et avec lui, vous ferez un retour dans le passé prestigieux de la grande mosquée de Tsingoni.
 
La mosquée de Tsingoni est un lieu de culte encore actif aujourd’hui. Pour les journées européennes du patrimoine, les visites seront donc organisées en dehors des heures de prière. Et qui dit lieu de culte, dit lieu où les pratiquants doivent se mettre en état de pureté. Pour les fidèles, cela signifie qu’il faut accomplir ses ablutions avant de pénétrer dans la salle de prière.
Pour les autres, il faut s’habiller correctement. Ce qui signifie qu’il faut se couvrir des épaules jusqu’aux genoux. Les débardeurs et shorts ne sont donc pas admis. Et en entrant dans la mosquée, il vous est demandé de vous déchausser.
En temps habituel, des nambawanes (sortes de paréo) sont prêtés, mais en raison de l’épidémie de covid-19, cette année, les organisateurs demandent aux visiteurs de venir avec une tenue appropriée.

Les horaires des visites ces samedi 19 et dimanche 20 septembre sont les suivants :
  • de 9 h à 10 h
  • de 10 h 30 à 11 h 30
  • de 13 h à 14 h
  • de 16 h à 17 h
L’inscription est obligatoire, les groupes ne devant pas dépasser 15 personnes.
Appelez ou envoyez un SMS avec le nom et le nombre de personnes au 06 39 69 33 57

 
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