Y-a-t-il des privilèges sur les packs d'eau à Mayotte ?

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Mayotte est secouée depuis de nombreuses semaines par des pénuries en eau plate dans les magasins. Une situation qui entraîne des scènes particulières dans les rayons.

On est dans un supermarché, au centre de l'île. L'après-midi vient de débuter en ce vendredi. Une cliente entre dans le magasin, elle a appris il y a une heure qu'il a été approvisionné en pack d'eau. Elle vient en chercher pour des "des amis positifs au covid et donc isolés. Ils sont parents d'un bébé."

Elle demande à la caisse si il y a toujours de l'eau. "Non c’est fini" dit la caissière avant de l'inviter à aller voir une de ses collègues au fond du magasin. "J'y vais et je vois une grande quantité de packs Edena." Pour elle, ces packs vont être mis en rayon dans les minutes à venir. "Je demande au caissier et à la caissière s’ils peuvent remettre en stock ou sortir du stock pour que je puisse acheter. Ils me disent que non c’est acheté par le personnel du magasin donc c’est vendu."

"L'eau est réservée au personnel, aux membres de leur famille et à leurs amis"

La cliente décide de raconter sa situation, que l'eau est destinée à un nourrisson. Elle échange avec un client du magasin. C'est alors qu'une "dame devant moi en tenue civile, qui discute avec le caissier, me dit « prenez un pack d’eau Madame j’en ai reservé mais prenez en un à moi je vous le laisse. Du coup j’ai remercié cette dame, payé mon pack en caisse 5,70€. Le monsieur lui n’a rien eu. Personnellement, je n’ai rien contre le fait que les salariés réservent leur eau mais ils doivent se rationner et rester raisonnables"

Cette situation n'est pas un cas unique. Elle se répète dans de nombreux supermarchés ou grandes surfaces du département, selon les témoignages reçus. C'est le cas également en Petite-Terre. Une cliente vient faire ses courses et vit une situation similaire. "L'eau est réservée au personnel, aux membres de leur famille et à leurs amis. Les salariés font carrément une liste puis appellent les personnes une à une pour récupérer leurs bouteilles dans la chambre froide du magasin pendant que nous autres regardons. À nous on nous dit que l'eau n'est pas à vendre."

Rebelote dans un supermarché à Mtsapéré pour une jeune maman. "J'y suis allée pour acheter de l'eau pour mon nourrisson. Les rayons étaient vides mais la caissière m’a entendu me plaindre au téléphone que je ne trouvais plus d'eau. Elle m’a proposé d'aller chercher deux ou trois bouteilles cachées par des collègues pour m’aider. Malheureusement tout était déjà parti."

"Il n'y a rien d'organisé pour cacher l'eau, je peux vous le garantir"

Du côté de Sodifram, on réfute toute organisation fallacieuse pour distribuer l'eau. Seulement, son directeur Mlanao Nassroudine assure que "les salariés de notre groupe sont aussi nos clients. il s'avère que notre personnel d’entrepôt et de bureau n'ayant pas la possibilité comme tout client d'avoir accès au rayon d'eau dans nos magasins avant qu'ils se vident. Trois palettes d'eau leurs ont été réservées à  la vente. Soit une palette en Petite Terre et deux à Mamoudzou.Ces trois palettes ont été extraites d'un arrivage de plusieurs centaines de palettes."

Dans un autre supermarché du territoire, un responsable nous assure que "deux ou trois palettes sont prévues pour les employés. Et après on met tout en rayon."

Mlanao Nasssroudine, lui, tient à préciser que "La tension est telle, qu'il faut presque un service d’ordre pour que les clients prennent deux packs pas plus. Hier on a dû avoir recours à la force publique pour nous aider à vendre normalement." avant de souligner que " le vrai problème c’est le fret et ça ne concerne pas que l’eau, ça concerne aussi le riz ou la farine." 

Pénurie d'eau : ruée sur les bouteilles d'eau dans les supermarchés

Les retards de navires depuis le début du mois de décembre expliquent ces pénuries en magasin. "Tous les jours les dates de livraisons sont repoussés sans qu'on sache pourquoi. Il y a plein plein plein de conteneurs en retard. C'est pire que d'habitude. On n'a aucune information des armateurs sur le pourquoi du comment des retards" confie un cadre d'un groupe d'enseigne de grande distribution.

Rien que pour le riz, depuis fin novembre, c'est une trentaine de conteneurs qui est en retard de livraison. "Tout va arriver d'un coup, on va se retrouver en situation de sur-stock." Ce qui devrait en finir avec les pénuries constatées et un retour à la normale en magasins.