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Comment l'Australie compte-t-elle réduire ses émissions de 26% d'ici 2030 ?

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Réduction des gaz à effets de serre en Australie
Dans la perspective de la conférence COP21 sur le climat qui aura lieu à Paris à la fin de l'année, l'Australie a annoncé aujourd'hui un objectif de baisse des émissions de gaz à effet de serre de 26% d'ici 2030, par rapport aux niveaux de 2005. ©AFP
L'Australie, un des premiers pollueurs au monde par habitant, a annoncé vouloir réduire ses émissions de gaz à effet de serre d’au moins 26 % d’ici 2030, par rapport au niveau de 2005. Mais, pour ce faire, Comment va la pays va-t-il procéder ?
L'information circulait dans la presse depuis ce matin, mais ce n'est que cet après-midi que le Premier ministre conservateur, Tony Abbott, a officiellement annoncé l'objectif de réduction des émissions de gaz à effet de serre de l'Australie : -26% d'ici 2030, par rapport à 2005.

C'est la contribution de l'Australie à l'effort planétaire de maîtrise des changements climatiques. Et c'est avec cette proposition que Greg Hunt, le ministre de l'Environnement, se rendra à la COP 21 en décembre à Paris. Depuis le G20 l'année dernière, la France, l'Union européenne et les États-Unis font pression sur l'Australie pour qu'elle fasse plus et mieux en matière de réduction des émissions. Depuis la suppression de la taxe carbone par le gouvernement Abbott, Canberra fait figure de mauvaise élève. Décryptage du système de réduction des émissions australiens.
 

La taxe carbone a été supprimée

C'est l'une des promesses de campagne qui ont mené les Libéraux à la victoire aux dernières élections de septembre 2013 : la suppression de la taxe carbone, jugée asphyxiante pour l'économie australienne. Une taxe qui devait se transformer en marché carbone, sur le modèle de la Californie et de l'Union européenne. La mesure a finalement été votée en juillet 2014. En remplacement, le gouvernement Abbott a inventé un autre système de réduction des émissions de gaz à effet de serre: l'Action Directe.
 
L'État subventionne des agriculteurs ou des entreprises qui émettent moins de 100 000 tonnes de CO2 par an, pour qu'ils réduisent leurs émissions. Pour cela, il a créé un fond vert de 2,5 milliards de dollars, pour un nombre limité de secteurs : la séquestration du carbone dans les forêts, des méthodes plus propres d'enfouissement des déchets, la prévention des incendies de la savane dans le nord du pays, ou encore : la réduction des émissions de méthane des élevages de porcs. Le gouvernement a attribué les premières subventions en avril, aux enchères, pour récompenser les projets de réduction les moins coûteux.
 
Amandine Denis, directrice de recherches à Climate Works Australia, un think tank spécialisé dans les réductions des émissions de gaz à effets de serre - fruit d'un partenariat entre l'université Monash de Melbourne, et la Fondation Myer :
 
"Le but du plan d'action directe, c'est de trouver les réductions d'émissions au plus bas coût dans l'économie. Il commence donc par les sources d'émissions qui coûtent le moins cher à réduire. C'est pour ça qu'il y a beaucoup de projets dans le domaine des déchets, qui ne représente pas une source d'émissions très importante - de mémoire 2% des émissions australiennes. Et les émissions des élevages porcins sont assez faibles. Par contre, ce sont des émissions de méthane. Un petit volume de ce gaz crée relativement plus d'équivalents d'émissions de CO2."
 
Beaucoup d'experts et d'universitaires australiens critiquent ce plan d'action directe. Ils le jugent peu efficace, peu motivant pour réduire les émissions. En effet, l'État subventionne des agriculteurs et des entreprises pour qu'ils polluent moins, mais uniquement ceux qui sont volontaires. C'est le contraire d'une taxe carbone, où les agriculteurs et les entreprises devraient payer parce qu'ils polluent. Et ce système australien n'impose pas non plus de plafond d'émissions à ne pas dépasser sous peine de pénalités, comme le ferait un marché carbone.
 

La production de charbon pas pénalisée

Pire : le plan d'action directe fait l'impasse sur les secteurs les plus polluants, en particulier, la production d'électricité, première source d'émissions en Australie. Car les trois quarts de l'électricité sont produits à partir du charbon. Amandine Denis :
 
"Quand on réfléchit à ce qui va devoir se passer d'ici 2050, il est important de penser à la transition du secteur de l'électricité, des secteurs énergétiques, en parallèle des réductions d'émissions à court terme qui peuvent se faire à bas coût."
 
Pour le moment, les 140 plus gros pollueurs d'Australie ne sont pas obligés de se serrer la ceinture - parmi eux, il y a beaucoup de producteurs d'électricité. Mais d'ici la fin de l'année, le gouvernement pourrait leur imposer une limite d'émissions à ne pas dépasser. Objectif : ne pas perdre d'un côté, ce que l'on gagne de l'autre. En clair : éviter qu'une augmentation des émissions des gros pollueurs n'annulent les réductions générées par les petits secteurs subventionnés.
 
"L'idée, c'est de s'assurer que les émissions totales de l'Australie vont décroître."
 
Pour l'instant, le plafond d'émission pour les gros pollueurs n'a pas encore été décidé par le gouvernement.
 

La part d'énergies renouvelables à atteindre revue à la baisse

En attendant, il reste donc un seul mécanisme pour inciter les producteurs d'électricité à polluer moins : le fonds de développement des énergies renouvelables. Mais en juillet, le gouvernement a ordonné à la Corporation de financement des énergies propres d'arrêter de financer les projets éoliens et certains projets d'électricité solaire. Dans le même mouvement, et en concertation avec l'opposition travailliste, le gouvernement a revu à la baisse la part d'énergies renouvelables à atteindre d'ici 2020.
 
Imperméable aux critiques, Greg Hunt, le ministre de l'Environnement, reste convaincu que son plan d'action directe permettra à l'Australie de réduire ses émissions de 5% d'ici 2020 par rapport à 2000. Les 144 projets qui ont décroché des subventions de l'état, représentent une réduction totale de 47 millions de tonnes de CO2. Pour Amandine Denis, on est loin, très loin du compte :
 
"L'Autorité du changement climatique en Australie a publié un rapport l'année dernière pour regarder quelle devrait être la part de l'Australie en fonction de sa responsabilité historique, et de ce qu'elle pourrait faire aujourd'hui. Et l'autorité du changement climatique estime que l'Australie devrait ne pas dépasser 10 gigatonnes de CO2 d'ici 2050 - soit 1% du budget maximal d'émissions pour la planète. Pour cela, l'Australie doit réduire ses émissions de 40% à 60% d'ici à 2030, et arriver à 0 émission aux environs de 2050."
 
En attendant, l'Australie reste le plus gros pollueur par habitant de l'OCDE (Organisation de Coopération et de Développement Économiques. L'organisation compte 34 pays-membres, principalement les économies les plus avancées, mais aussi des pays émergents).
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