nouvelle calédonie
info locale

L'obésité touche plus de la moitié de la population calédonienne

santé
obésité lutte
Frédéric Lemaître, attaché de recherches cliniques pour la clinique île Nou-Magnin, à la Journée de la prise en charge du surpoids et de l’obésité ce vendredi 9 octobre ©NC1ère
Frédéric Lemaître, attaché de recherches cliniques pour la clinique île Nou-Magnin, intervient sur la question de l'obésité en Nouvelle-Calédonie, son coût et les traitements possibles.
Dans le cadre de la semaine du goût, la clinique île Nou-Magnin organisait la Journée de la prise en charge du surpoids et de l’obésité ce vendredi 9 octobre

Frédéric Lemaître, attaché de recherches cliniques pour la clinique île Nou-Magnin, a répondu aux questions de NC1ère au sujet de l'obésité en Nouvelle-Calédonie.

- Est-ce qu'on dispose d'une estimation du nombre de personnes obèses en Nouvelle-Calédonie ?  
- L'obésité est un phénomène très important en Nouvelle-Calédonie. 54% de la population est en surpoids et obèse. Il y a plus de gens en surpoids et obèses que de gens avec un IMC (Indice de Masse Corporelle) normal".

- Existe-t-il des degrés dans le phénomène d'obésité ?
- Ici, il y a des taux d'obésité qui sont très élevés, comme dans tout le Pacifique, et surtout pour de l'obésité morbide. C'est à dire qu'il y a beaucoup plus gens qui ont un IMC à plus de 40, ce qui veut dire qu'il y a des gens qui sont très obèses, pour faire simple.

- Pourquoi autant de personnes obèses sur le territoire ?
- La Calédonie est une île. A été importée une autre culture sur une île où il y avait déjà une culture propre et une alimentation propre, qui ers riche en glucides mais cela n'explique pas tout. Ici, on a des boissons qui sont très sucrées, on a une alimentation qui est très riche, avec des excédents caloriques très importants. On a des difficultés en contrepartie à s'alimenter sainement parce que ça coûte cher, il faut importer. Donc les gens vont souvent au plus simple.

- La situation calédonienne est-elle différente de celle d'autres pays ?  
- Si on compare par rapport à la France, les dépenses de santé représentent de 5 à 6% du budget, ce qui représente plusieurs milliards d'euros. Mais par rapport à La Calédonie, c'est à peu près 10%, ce qui est comme aux Etats-Unis, où l'obésité est aussi très très élevée. Dans le Pacifique, on est dans une situation critique où, si on ne fait rien, les coûts de l'obésité vont flamber et cela va devenir complètement ingérables par la CAFAT.

- L'obésité est-elle associée à d'autres maladies ?
- Quelqu'un qui est atteint d'obésité, il a souvent des maladies qui sont associées. Pas toujours, mais très souvent, surtout si il commence à vieillir. Les gens souffrant d'obésité ont aussi d'autres maladies associées, comme le diabète, l'hypertension ou l'apnée du sommeil.

Ecoutez les propos de au micro d'Isabelle Peltier pour NC1ère La Radio :

ITW Lemaitre 2 09/10/15


- Est-ce que l'obésité a un coût ?
- Cela a un coût réellement pour la santé, car cela mobilise du personnel, cela mobilise des médicaments, des hospitalisations, et cela coûte de plus en plus cher à la Calédonie. Plus les gens sont obèses, plus il y a de pathologies, plus cela coûte cher. Et plus ils sont malades et moins ils travaillent, etc. Ce sont des gens qui ne produisent plus rien, malheureusement, et qui deviennent une charge pour la Calédonie.

- Est-ce qu'on dispose de chiffres concernant ce coût ?
- Faire une étude de coûts sur le territoire, c'est difficile, car il faut prendre en compte tout ce qui est suivi médical, et puis après il y a tous les coûts liés à l'inactivité de la personne, les personnes qui aident la personne obèse, plus la perte de qualité de vie, les longues maladies, plus la consommation de soins, le personnel hospitalier qui s'en occupe, etc. Pour le moment, sur le territoire, il n'y a pas eu de réelle étude de coûts, liée à l'obésité. La DASS devait le faire, elle va probablement le faire. Mais personne sur le territoire n'a pensé à croiser le poids avec les pathologies."

- Comment peut-on alors estimer le coût de l'obésité ?
- Ce qu'on peut estimer de manière relativement précise, c'est le nombre de diabétiques sur le territoire, et d'hypertendus, parce qu'on a les chiffres. Un diabétique, cela coûterait aux alentours de 500.000 par an. Il y a un peu moins de 20.000 diabétiques sur le territoire. Si on ajoute les hypertendus, on a un coût grosso modo de 7 milliards par an, qui s'ajoutent sur les frais de la CAFAT. Par contre, ce qu'on ne sait pas, c'est combien il y a d'obèses parmi ces diabétiques et hypertendus, même si la relation est très étroite entre les deux.

- Quels traitements existent contre l'obésité ?
- Dans le traitement de l'obésité, il y a la prévention, le traitement de l'obésité qui doit être pluridisciplinaire. Ce qui marche le mieux pour prendre en charge quelqu'un qui a des problèmes de poids, c'est un coach sportif, associé à un psychologue et à une diététicienne. Les trois réunis, c'est ce qui permet d'obtenir les résultats les plus fiables à long terme. Pour les patients qui ont des obésité morbides, qui ont tout essayé avant, il reste le traitement chirurgical, mais qui reste vraiment le traitement de dernière intention. Avant cela, il y a beaucoup de choses à faire pour promouvoir la santé des Calédoniens et lutter contre ce fléau qui est l'obésité."

Ecoutez les propos de au micro d'Isabelle Peltier pour NC1ère La Radio :

ITW Lemaitre 09/10/15


- Quel type d'opération chirurgicale est sollicitée ici ?
- Ce qui se fait le plus sur le territoire, c'est la sleeve gastrectomie. L'opération coûte deux millions par sleeve, mais c'est amorti au bout de deux ans. C'est à dire qu'au bout de deux ans, les gens n'ont plus de diabète, plus d'hypertension, plus d'apnée du sommeil. En général, ils arrêtent de fumer. Ce sont des gens qui non seulement n'ont plus de problèmes de santé, de médicaments, mais qui, en plus, se remettent à travailler, à être productifs, et se réintègrent dans la société, donc c'est une force pour la Calédonie.

Retrouvez l'entretien en images avec Frédéric Lemaître, par Anaïs Guérard et Judith Rostain pour NC1ère :

 

Publicité