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Nauru : des réfugiés embauchés pour désamianter des maisons sans protection adéquate

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De l'amiante-ciment, ou fibrociment, est présent dans 41% des logements de Nauru.
De l'amiante-ciment, ou fibrociment, est présent dans 41% des logements de Nauru. ©ABC Radio Australie
Selon des informations recueillies par ABC, des réfugiés et des travailleurs nauruans sont exposés aux fibres d'amiante alors qu'ils rénovent des maisons. Leur employeur, le gouvernement de Nauru, assure que ce programme de réhabilitation est sans danger et qu'aucun réfugié n'a été embauché.
C'est en septembre dernier que le programme de rénovation des maisons a débuté. Un programme gouvernemental de 5,5 millions de dollars, qui doit permettre de désamianter plus de 40% des logements de l'île, ainsi que certains bâtiments publics. Le travail se situe principalement au niveau des toitures et des revêtements.
 
Un réfugié rohingya, qui souhaite rester anonyme, affirme avoir été embauché et raconte son premier jour de travail :
 
« Mon chef ne m'a rien dit. Quand je suis arrivé, il a juste dit 'hé, tu prends la toiture, débrouille-toi'. Il ne m'a pas parlé du danger qu'il y a à manipuler ces matériaux. »
 
De très nombreux bâtiments et maisons de Nauru contiennent de l'amiante. S'il est conservé en bon état, l'amiante-ciment ne représente qu'un faible risque pour la santé. Mais mal entretenu pendant des décennies dans un environnement tropical, ce matériau devient alors très dangereux.
 
Le Secrétariat du Programme régional pour l'environnement (SPREP), organe de la CPS (Communauté du Pacifique) a récemment publié une étude sur l'amiante dans le Pacifique. L'un de ses auteurs, Stewart Williams, explique que les travaux de rénovation de bâtiments amiantés sont dangereux :
 
« Les toitures et les revêtements qui contiennent de l'amiante sont soit cloués ou vissés, ou en tout cas attachés aux chevrons ou à la structure, et quand c'est retiré, ça peut se casser et libérer alors les fibres d'amiante. »
 
Le gouvernement de Nauru assure que « le programme de rénovation est sans danger et bénéficie grandement à la population ». Mais le réfugié rohingya contacté par ABC affirme qu'il a parfois travaillé sans protection :
 
« J'ai travaillé là-bas pendant un mois. Beaucoup de gens m'ont dit 'tu ne dois pas faire ça comme ça, tu n'utilises pas d'outils, pas de gants, pas de masque. C'est un problème pour toi et ton corps'. Parfois, on me donnait un masque et un gant. Après deux ou trois jours, on me donnait un deuxième gant. Trois jours plus tard, on ne me donnait rien du tout, par de gants, pas de masque. »
 
Sur des photos, on voit clairement plusieurs hommes travailler sur les toits de maison sans protection adéquate.
 
Sprent Dabwido, député de l'opposition et ancien président, a vu une partie de ces travaux et se dit inquiet :
 
« J'ai vu un groupe en train de travailler. Il y avait quatre réfugiés. Ils ont escaladé la maison et ont retiré l'amiante sans précautions particulières. Et même pour le martelage, je n'ai pas l'impression qu'ils aient été formés ; ils jettent la toiture par-dessus la maison et lorsque ça tombe au sol, ça se casse et il y a de la poussière partout. »
 
Sur les photos, on voit aussi que le matériel est entreposé par terre, à l'air libre, à côté des bâtiments, ce qui représente aussi un risque pour les habitants.
 
Si les fibres d'amiante circulent dans l'air, elles peuvent être inhalées et pénétrer dans les voies respiratoires et se développer dans les alvéoles des poumons. Cela peut provoquer plusieurs maladies et notamment l'asbestose, le cancer du poumon et le mésothéliome.
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