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Les États-Unis doivent arrêter de chercher leurs soldats disparus aux Salomon, demande une médecin

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La bataille de Guadalcanal
La bataille de Guadalcanal s'est déroulée sur et autour de l'île salomonaise, entre le 7 août 1942 et le 9 février 1943. ©John Innes
À Palau, les restes de neuf soldats japonais morts pendant la bataille de Peleliu viennent d'être retrouvés dans une grotte. C'est la visite de l'empereur du Japon et de sa femme, au début de l'année, qui a permis de relancer les recherches.
Le Japon a perdu plus de 10 000 soldats lors d'une bataille sanglante contre les États-Unis sur cette île de Palau, en 1944, et on estime que des centaines de corps n'ont jamais été retrouvés.
 
Aux Îles Salomon aussi, la seconde guerre mondiale a laissé des traces. Lors de la bataille de l'île de Savo, en 1942, l'armée japonaise a coulé l'USS Quincy, un croiseur de la marine américaine. Le jeune Billy Stack, 17 ans, fait partie des centaines de soldats qui ont alors disparu. Sa nièce, Eileen Natuzzi, ne l'a jamais connu, mais elle a dédié sa vie à honorer sa mémoire en travaillant aux Îles Salomon. Chirurgienne, elle a mis en place et participé à plusieurs programmes destinés à améliorer l'offre de soins. Sa famille a lancé le projet Mémorial vivant, un partenariat entre des médecins américains et australiens, dont le but est de rendre hommage aux soldats disparus en aidant ceux qui ont survécu :
 
« Ma famille a accepté le fait que les restes de Billy ne seraient jamais retrouvés. Et en fait, je pense que si quelqu'un décidait d'aller chercher les restes des soldats dans l'épave de l'USS Quincy, on s'y opposerait. Il faut envisager que les personnes reposent éternellement là où elles sont tombées, là où elles sont mortes. »
 
Eileen Natuzzi estime que si d'autres familles de soldats disparus pendant la seconde guerre mondiale partageaient sa vision des choses, cela permettrait de mettre à profit l'argent alloué aux recherches des corps ; des programmes de développement pourraient être mis en œuvre dans plusieurs pays de la région :
 
« Je pense que si l'on s'arrête deux minutes, on prend conscience de l'importance que l'on pourrait donner à cela. Je vois ça comme de l'aide humanitaire. Je comprends que certains voudraient récupérer les restes de leurs proches, mais ça s'est passé il y a 70 ans - combien de membres de la famille vivant aujourd'hui ont connu cette personne ? »
 
Cette proposition crée la controverse. Beaucoup de personnes estiment que cela fait partie du devoir des États-Unis d'aller chercher les corps de ceux qui sont morts pour le pays, quels qu'en soient le prix et le temps qu'on y consacre, affirme John Innes, un Australien, historien amateur qui s'intéresse à la bataille de Guadalcanal depuis des années :
 
« Cette proposition est un énorme affront fait à tous ceux qui sont concernés. Je pense que 90% de la population trouverait cela scandaleux. Ça susciterait un tollé. »
 
Même s'il soutient le travail humanitaire réalisé par Eileen Natuzzi aux Îles Salomon, John Innes pense que son projet n'a aucune chance d'aboutir :
 
« C'est un vœu pieux de la part d'Eileen. Si vous essayer de regarder les choses de manière froide et logique, oui, on peut en faire beaucoup plus avec cet argent pour aider les gens vivants, mais ce serait franchement pénible et inquiétant pour les Américains d'apprendre qu'on arrête de chercher ceux qui sont morts. Les Américains veulent récupérer leurs disparus. Ça coûte cher, mais ils ont promis à ceux qui se battent qu'ils ne seraient pas abandonnés. »
 
Eileen Natuzzi reste optimiste. Elle a rencontré, ce mois-ci, un membre du Congrès américain et a demandé officiellement à être entendue par le sous-comité pour la région Asie-Pacifique.
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