Arrestations de masse en Papouasie: le Vanuatu et les Îles Salomon attaquent l'Indonésie

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Indépendantiste papou
Un manifestant indépendantiste papou s'est peint l'étoile du matin sur la poitrine - c'est le symbole qui figure sur le drapeau indépendantiste. ©AFP/Bay Ismoyo
La question papoue était au centre des débats au Conseil des Droits de l'Homme de l'ONU la semaine dernière. Des représentants salomonais, vanuatais et indonésiens se sont succédés à la tribune. 
La séance du Conseil onusien des Droits de l'Homme a une fois de plus mis en évidence les profondes dissensions entre les pays du Groupe mélanésien Fer de lance, les Fidji et la Papouasie Nouvelle-Guinée restant quasiment silencieuses sur la question des droits de l'homme en Papouasie indonésienne, tandis que le Vanuatu et les Îles Salomon ont dénoncé la politique menée par Jakarta. 
 
La période est cruciale pour l'avenir des provinces papoues indonésiennes, car le Groupe mélanésien Fer de lance décidera en juillet s'il accorde ou non le statut de membre associé au Mouvement uni de libération de la Papouasie occidentale. Cela placerait les indépendantistes à égalité avec l'Indonésie, qui a obtenu son statut de membre associé de l'institution mélanésienne l'année dernière.  
 
L'Indonésie est opposée à cette promotion du mouvement indépendantiste et elle cherche à convaincre les membres du Group Fer de lance de voter contre. 
La semaine dernière, Luhut Pandjaitan, le ministre indonésien qui coordonne les affaires politiques, légales et de securité, a convié les ambassadeurs de la Papouasie Nouvelle-Guinée, des Îles Salomon, des Fidji et de la Nouvelle-Zélande, à une mission de terrain à Jayapura, la capitale de la Papouasie, et Merauke, une ville sur la côte sud. Objectif: observer la politique indonésienne en matière de développement et de droits de l'homme. 
 
Mais le Vanuatu a demandé à ce qu'une mission de terrain concurrente soit mise en place, pilotée non par le gouvernement indonésien lui-même, mais par l'ONU. Setareki Waoanitoga, le représentant vanuatais: 
 
« Nous appelons le conseil des droits de l'homme à se mettre en contact avec le gouvernement indonésien pour permettre au rapporteur spécial sur la liberté d'expression de visiter la Papouasie occidentale afin de se former une opinion objective et indépendante de ce qui se passe sur le terrain dans cette région. » 
 
Les Îles Salomon, elles, ont certes envoyé leur ambassadeur participer à la mission de terrain organisée par l'Indonésie en Papouasie. Mais en parallèle, Honiara ne prend pas de gants pour critiquer la politique indonésienne. Barrett Salato, le représentant salomonais au Conseil des Droits de l'Homme:  
 
« Le gouvernement salomonais continue à recevoir des informations sur des cas d'arrestations arbitraires, d'exécutions sommaires, de torture, de mauvais traitements, et de restrictions de la liberté d'expression, de réunion et d'association, des faits commis principalement par la police indonésienne. » 
 
Les accusations des Îles Salomons ont été étayées par l'Indonésien Budi Tjahjono, représentant de l'ONG Franciscains International: 
 
« Les militants continuent à nous informer de cas d'arrestations arbitraires par les forces indonésiennes, et ce sont particulièrement les Papous mélanésiens qui sont visés, parce qu'ils participent à des manifestations pacifiques pour y exprimer leurs opinions politiques. Dans plusieurs cas, les personnes arrêtées ont été torturées. Ces arrestations de masse ont eu lieu en avril, mai et juin 2016. Entre mai et juin, environ 3000 personnes ont été arrêtées au cours de manifestations pacifiques de masse dans les grandes villes de Papouasie. Et la dernière coup de filet s'est produit le 15 juin, plus de 1000 Papous occidentaux ont été arrêtés, la plupart ont été libérés depuis, mais certains ont été torturés en détention. » 
 
Indonésie. Luhut Pandjaitan
Luhut Pandjaitan, le ministre indonésien qui coordonne les affaires politiques, légales et de securité. © Republika

 

Luhut Pandjaitan, le ministre indonésien, avait fait le déplacement à Genève pour défendre la position de son pays devant le Conseil onusien des Droits de l'Homme: 
 
« Personne n'est parfait. Nous sommes toujours ouverts au dialogue sur les problèmes des droits de l'homme. Mais nous rejetons la politisation de ces problèmes. Nous déplorons la manière dont le Vanuatu et les Îles Salomon ont abusé de ce conseil et des principes universels de de promotion et de protection des droits de l'homme, en soutenant ouvertement le séparatisme."
 
Et le ministre indonésien a suggéré aux deux pays du Groupe mélanésien fer de lance les plus virulents au sujet du traitement des indépendantistes par Jakarta (les Fidji et la Papouasie Nouvelle-Guinée étant toujours plus modérés et plus proches de l'Indonésie), de montrer l'exemple avant de s'attaquer à la politique de Joko Widodo: 
 
« Il faut souligner que le Vanuatu et les Îles Salomon sont loin d'être exemplaires dans l'application et la protection des droits de l'homme. Il y a des problèmes liés aux droits de l'homme dans les deux pays. La corruption y est endémique dans tous les secteurs de la société et du gouvernement, la traite des êtres humains continue. Les enfants subissent des punitions très dures et les violences faites aux femmes sont maheureusement quotidiennes. Il serait bon pour leurs populations que les gouvernements vanuatais et salomonais rectifient les défauts de leur propre politique des droits de l'homme. » 
 
Le ministre indonésien a mis sur pieds une équipe chargée d'enquêter sur les violations des droits de l'homme en Papouasie et de trouver des solutions. 
 
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