Australie: le dingo, croqueur de chèvres et sauveur de l'environnement

monde
Dingo
Avant de les lâcher sur Pelorus, les autorités ont équipé les dingos de colliers GPS... et elles leur ont implanté une capsule de poison, distillée à retardement. ©Ben Allen
Sur Pelorus, une île de la Grande barrière de corail, 300 chèvres sauvages détruisent l'écosystème. Les autorités ont donc lâché des dingos pour tuer les brouteuses. Mais une fois leur mission terminée, les dingos seront abattus, ou empoisonnés. Un détail qui provoque l'indignation. 
Un bon dingo est un dingo mort. C'est l'opinion largement répandue parmi les éleveurs de bétail en Australie qui voient souvent les dingos s'attaquer à leurs troupeaux. Personne ne pourrait les imaginer en sauveurs de l'environnement, et pourtant c'est leur rôle sur l'île de Pelorus, située sur la Grande barrière de corail, à environ 80 km au nord de Townsville. 
 
En juillet, le conseil du comté de Hinchinbrook a lâché deux dingos sur Pelorus. Leur mission: manger les chèvres. Pelorus est toute petite, d'une superficie de 4 km carrés, et elle est infestée de chèvres sauvages, 300 brouteuses qui détruisent l'écosystème, comme l'explique Ray Nias, le responsable de l'ONG Island Conservation pour la zone du Pacifique Sud-Ouest, qui se consacre à l'éradication des espèces invasives sur 52 îles dans le monde. 
 
« Les chèvres sauvages posent un problème énorme sur beaucoup d'îles dans le monde. Elles mangent les plantes endémiques, et elles sont capables de raser ces îles, de les transformer en rochers nus, souligne Ray Nias. En plus, les chèvres peuvent propager les mauvaises herbes, et elles causent l'érosion des sols.» 
Chèvres Pelorus
Pelorus, une île de 4 km carrés, héberge environ 300 chèvres sauvages, qui détruisent l'écosystème. ©Ben Allen

 

 
C'est la solution de dernier recours pour les autorités. Elles ont d'abord tenté de piéger et d'abattre les chèvres, mais c'est quasiment impossible, car elles évoluent sur un terrain très accidenté et très touffu. Finalement, lâcher des dingos serait plus efficace, mais surtout, plus économique. Ray Nias: 
 
« On a déjà réussi à éradiquer les chèvres sauvages de l'île australienne Lord Howe, mais il a fallu mobiliser un hélicoptère pour les abattre, et également, déployer des chasseurs au sol. Évidemment, ça coûte cher. Et s'il y a une méthode meilleur marché, mais efficace, comme lâcher des dingos, on pourrait l'appliquer dans d'autres îles pour les débarrasser des chèvres. » 
 
En 1993, sur l'île de Townsend, des dingos ont aussi été introduits pour éliminer les chèvres sauvages, mais ensuite il a fallu 10 ans aux autorités pour se débarrasser des dingos. Les deux dingos tueurs ont été stérilisés et les vétérinaires leur ont implanté des capsules de poison qui ne deviendra actif que dans deux ans - au cas où les tireurs n'arrivent pas à les abattre. Car quand les dingos auront exterminé les chèvres, il ne s'agirait pas que les dingos meurent de faim, à petit feu, ou deviennent à leur tour une menace pour l'écosystème fragile de l'île de Pelorus. 
Dingo
Le Dr. Lee Allen traite un dingo. Avant d'en lâcher deux sur Pelorus, il les a stérilisés. ©Dominique Schwartz/ ABC

 

 
Le département de la biosécurité du Queensland a donné son feu vert à l'élimination des dingos tueurs, jugeant qu'elle respecte son code éthique. 
Mais Mark Townend, de la RSPCA - l'équivalent australien de la SPA française, n'est pas du même avis. 
 
« Nous n'avons rien contre le contrôle des populations d'animaux sauvages. Il faut bien protéger la faune et la flore, mais nous devons tuer ces animaux de manière humaine, estime-t-il. Et en introduisant ces chiens sauvages pour qu'ils tuent ces chèvres, on expose les chèvres à une mort horrible et douloureuse, car les chiens vont les manger seulement partiellement. Donc ce n'est pas une bonne attitude en 2016. » 
 
La RSPCA va faire appel de la décision des autorités auprès du comité d'éthique du Département de la biosécurité du Queensland. 
 
De son côté, Lyn Watson, une spécialiste des dingos, prédit que le plan va échouer. Elle a ouvert un centre de découverte du dingo dans le Victoria. Et selon elle, les femelles dingos sont bien meilleures chasseuses que les mâles, or ce sont des males qui ont été introduits sur l'île de Pelorus. Et, ajoute-t-elle, les dingos préféreront la solution de facilité, c'est-à-dire chasser des rats ou des oiseaux dans des nids au sol, plutôt que de s'attaquer aux chèvres, qui sont plus grosses et agiles. 
 
Son opinion est contredite par un zoologue du Département de la biosécurité du Queensland, Lee Allen, qui rappelle que les dingos tuent déjà des chèvres et des moutons toute l'année en Australie, au grand désespoir des éleveurs.