Comment l’effondrement du géant chinois de l’immobilier Evergrande pourrait menacer la hausse du nickel

nickel
chine
Constructions du géant immobilier chinois Evergrande en Chine ©Stringer/AFP
Une séance très contrastée au LME de Londres. L’Indonésie est passée par là et le nickel a progressé porté par l'éventualité d’un nouvel embargo sur le minerai. Mais l’info a fait pschitt et le cours du nickel aussi, se rappelant la situation bien plus menaçante d'Evergrande.

L’économie chinoise a pesé cette semaine. Tout d’abord, les craintes d’un risque de contagion entourant la dette d’Evergrande en Chine, ont effrayé le LME de Londres et les marchés asiatiques.

L’effondrement du premier promoteur immobilier chinois pourrait avoir un impact négatif sur la demande de cuivre et de nickel qui devaient composer les infrastructures de plus d’un million de logements.

La possible faillite du groupe Evergrande fait trembler toute la Chine. Ce mastodonte de l'immobilier et de la construction accuse une dette abyssale. Des centaines de milliers de sous-traitants, et notamment des industriels et des métallurgistes, attendent encore d'être payés.

C’est la folie des grandeurs qui a emporté le groupe devenu un conglomérat. Premier promoteur immobilier de Chine, Evergrande s’est diversifié. Il a acheté des parcs d’attractions, un club de footeball, des usines, des mines, il s'est mis à produire de l'eau minérale et des voitures électriques…

Et Evergrande n’est pas le seul dans cette situation. Les dettes cumulées des quatre plus grands promoteurs immobiliers du pays atteignent la somme faramineuse de 851 milliards d’euros.

Je crois qu’il y aura des mesures de soutien de la part du gouvernement central ou même de la banque centrale pour renflouer Evergrande.

Dan Wang, économiste de la banque Hang Sen à franceinfo

chine
Siège du groupe immobilier Evergrande en Chine ©Noel Celis/AFP

La Chine encore

Les regards sont restés tournés vers la Chine avec les commentaires d’une organisation de défense de l’environnement qui a évoqué la question des prix du nickel…

Le Conseil de défense des ressources naturelles (NRDC), qui se déclare indépendant du gouvernement chinois, a estimé que les cours actuels ne devraient pas être aussi élevés et que la situation actuelle n’était pas justifiée. On y revient en fin d’article…

Ces propos venant de la filiale chinoise du NRDC, dont le siège est à New-York, auraient été perçus par les analystes comme un message à peine dissimulé du marché de Shanghai et même potentiellement des autorités chinoises.

Cette analyse, d’une organisation de défense de l’environnement, s’est trouvée confortée, en milieu de semaine, par une information venant du marché de Shanghai (SHFE) : "les autorités chinoises peuvent assurer l'approvisionnement en ressources énergétiques des batteries, elles disposent de suffisamment de nickel pour y parvenir", a rapporté un expert du négociant Marex Spectron.

Venant de Chine, premier consommateur mondial de nickel, ces informations ont entrainé un nouveau recul du métal qui plafonnait autour de 19.400 dollars en milieu de semaine, après avoir culminé à un plus haut de l’année (20.300 dollars) en fin de semaine précédente.

Un rebond "vicieux"

Vendredi, un analyste a qualifié le bref rebond du nickel de  "vicieux". La hausse n’était dûe, selon lui, qu’aux gros titres des journaux indonésiens. La nouvelle de la matinée, selon laquelle l'Indonésie envisage d'interdire ou de taxer les exportations de nickel dont la teneur est inférieure à 40 %, a déclenché une reprise éphémère au LME de Londres.

En 2019 déjà, le gouvernement indonésien avait interdit les exportations de minerai. Cette mesure visait à maintenir les usines et le processus de production de nickel sur place.

Si un nouvel embargo devait intervenir, mais c'est peu probable, il affecterait les exportations de fonte brute de nickel vers la Chine. Or, la situation de l’approvisionnement est déjà tendue vers les ports chinois, et pas seulement pour la fonte brute (NPI).

Ainsi des alliages de ferronickel calédoniens, en raison de l’arrêt de la production de l’Usine du Nord de la Nouvelle-Calédonie, même si la reprise progressive d’un des deux fours de KNS est "prévue dans les prochains jours", a indiqué un métallurgiste du Territoire à Outre-mer 1ère. Tensions aussi pour la SLN qui s’efforce de maintenir sa production dans un contexte difficile dû au Covid.

Bluff indonésien ?

Pour finir avec l’Indonésie, la décision des autorités n’est pas prise. Plutôt qu’un nouvel embargo, il semble probable qu’il y ait un projet, encore flou, pour prélever une nouvelle taxe sur les exportations de minerai. Pas suffisant, en tout cas, pour alimenter une nouvelle hausse des cours, d’autant que la menace d'un naufrage d'Evergrande se profile à l’horizon.

LME Nickel : 19.410 dollars/tonne +0,09% le 17/09/21 à 17 :30 GMT. LME Nickel 5 jours -4,99%