Fermeture du centre de Manus : l'Australie essaie de gagner du temps

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Camp de Manus
Le centre de rétention de Manus. ©ABC
Au lendemain de la fermeture annoncée du centre de rétention de Manus, en Papouasie-Nouvelle-Guinée, le gouvernement australien se montre inflexible : les 850 hommes qui y sont enfermés ne seront pas autorisés à venir en Australie. Parmi les options avancées : Nauru et l'île Christmas.
À quelques semaines des élections, le message du Premier ministre, Malcolm Turnbull est clair, la politique d'immigration de l'Australie ne changera pas tant qu'il sera en poste :
 
« Aucune des personnes résidant en ce moment à Manus, aucun des détenus ne viendra en Australie. C'est tout à fait clair et le gouvernement papou le sait et le comprend très bien. Si on veut que des femmes et des enfants ne se noient pas en mer après avoir été placés dans des bateaux dangereux par des criminels, des passeurs, alors nous devons et nous allons continuer à sécuriser nos frontières tant que je serai le Premier ministre de ce pays. »
 
Son homologue papou, Peter O'Neill, a fait savoir le 27 avril que le centre de rétention allait fermer, puisque la justice a déclaré la détention de demandeurs d'asile « illégale et anticonstitutionnelle ». Le Premier ministre papou invite « immédiatement le gouvernement australien à trouver une solution de rechange », même s'il n'annonce pas de date pour la fermeture du centre.
 
Rien ne presse, assure le ministre australien de l'Immigration, Peter Dutton, qui estime avoir plusieurs mois devant lui pour trouver une alternative :
 
« Je pense qu'il est possible de laisser le centre de rétention en place, dans une autre forme peut-être, en l'ouvrant davantage. C'est le gouvernement papou qui est responsable de ces personnes et on les aidera à les placer ailleurs. »
 
L'ambassadeur de la Papouasie-Nouvelle-Guinée en Australie, Charles Lepani, ne voit pas du tout les choses de la sorte :
 
« On a toujours dit que ces personnes étaient là au titre de l'aide que notre pays apporte à l'Australie en crise, cette crise humanitaire - ces nombreuses personnes qui meurent en mer entre l'Indonésie et l'Australie et le problème des passeurs. C'était notre préoccupation, et notre soutien. »

 

Que faire des réfugiés ?


Le gouvernement australien avance deux solutions de repli : le centre de l'île Christmas, située non loin des côtes indonésiennes, et Nauru. Il y a suffisamment de place dans le centre de rétention de Nauru pour accueillir les 850 hommes du centre de Manus, affirme Peter Dutton. 
 
Aucune de ces deux options n'est souhaitable, estime Gillian Triggs, la commissaire australienne aux droits de l'homme :
 
« Je pense que l'on doit avoir la force politique d'accepter nos responsabilités et de faire venir ces hommes en Australie. »
 
Elle souligne que le centre de Christmas accueille en ce moment des gens dont les visas ont été annulés à la suite de condamnations pour crimes ou délits. Et selon elle, les conditions à Nauru sont épouvantables.
 

Des réfugiés tentent de se suicider


Plusieurs demandeurs d'asile ont tenté de se suicider, cette semaine, à Nauru. L'un d'entre eux, un Iranien de 23 ans, est dans un état critique après s'être immolé par le feu. Il a été envoyé en Australie, à Brisbane, pour se faire soigner. Le ministre de l'Immigration s'est empressé de préciser que les demandeurs d'asile et les réfugiés qui sont soignés en Australie sont tous renvoyés dans les camps offshore dès que leurs conditions de santé sont jugées satisfaisantes.