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Grande Barrière de Corail: l'Australie fait l'autruche

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Blanchissement du Corail
©WWF
Canberra a fait supprimer les paragraphes sur la Grande Barrière dans un rapport de l'ONU sur l'impact du changement climatique. Car selon le gouvernement, écrire que la Grande Barrière souffre du réchauffement planétaire, cela ternit l'image de ce joyau, et cela peut faire fuir les touristes.

Le gouvernement a fait effacer les passages concernant la Grande Barrière de Corail, les forêts tasmaniennes et le parc national de Kakadu, dans un rapport sur les sites naturels menacés par le changement climatique. 
 
Intitulé « Les sites classés et le tourisme dans un climat qui change », le rapport est une production conjointe de l'UNESCO, du Programme des Nations-Unies pour l'environnement et de l'Union des scientifiques inquiets. Il a été publié vendredi. L'Australie est le seul pays qui ait demandé à ce que les paragraphes la concernant soient retirés. 
 
Cette censure intervient alors que la Grande Barrière de Corail connaît le pire épisode de blanchiment de son histoire. Les eaux trop chaudes ont causé le blanchiment de 93% des récifs. Les coraux ont le potentiel de survivre au blanchiment, s'il n'est pas trop violent. Mais selon l'étude de l'Australian Research Council's Centre of Excellence for Coral Reef Studies, publiée lundi, en moyenne 35% des 84 récifs étudiés sont morts ou mourants dans le nord et le centre de la Grande barrière. La seule bonne nouvelle, c'est que seuls 5% des coraux sont morts au sud de Cairns. 
 
Le climatologue américain Will Steffen fait partie du comité scientifique qui a revu le rapport. Il est professeur à l'université nationale australienne et directeur du Conseil du Climat, un centre de recherches indépendant: 
 
« Il n'y a absolument aucun doute que la Grande Barrière de Corail souffre du changement climatique, qu'elle est en danger à cause de l'augmentation des températures, du blanchiment des coraux et de l'acidification de l'océan. Tout cela est connu et très bien documenté. » 
 
Will Steffen se dit surpris de la censure des passages concernant l'Australie dans le rapport. « Ça me rappelle l'Union soviétique », a-t-il déclaré au quotidien The Guardian Australia. 
 
De son côté, le Département australien de l'environnement a publié un communiqué pour s'expliquer. Il confirme qu'il a fait pression sur l'ONU pour qu'elle expurge le rapport des références à la Grande Barrière et aux autres sites naturels menacés par le changement climatique. Mais d'après le Département, cela s'est fait à l'insu du ministre de l'Environnement, Greg Hunt. 
 
« Les commentaires négatifs sur l'état des sites australiens classés à l'UNESCO ont un impact sur le tourisme », souligne le Département dans son communiqué. 
 
« Si nous voulons attirer les touristes sur le long terme, rétorque Will Steffen, nous devons maîtriser les menaces majeures qui pèsent sur la Grande Barrière et d'autres sites naturels classés à l'UNESCO. C'est impossible de dissimuler cet état de faits. La meilleure chose à faire c'est de communiquer sur la question, et de dire que nous faisons tout ce qui est en notre pouvoir, sur le court terme, pour protéger les récifs. Là où on pêche, c'est en essayant de mettre la question de long terme sous le tapis, la menace la plus importante qui pèse sur la Grande Barrière. » 
 
En 2015, l'UNESCO a décidé de ne pas classer la Grande Barrière de Corail sur la liste du patrimoine naturel en danger, estimant qu'elle était suffisamment robuste. Ce nouveau rapport sur l'impact du changement climatique, dans sa version initiale, indiquait au contraire que l'édifice de corail est extrêmement vulnérable au changement climatique. 
 
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