Matière à penser: l’étau se desserre autour du nickel [et c'est bon pour la Calédonie]

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Londres
La City de Londres, siège du LME et de la cotation mondiale du nickel ©BEN PIPE PHOTOGRAPHY / CULTURA CREATIVE/AFP
Cette semaine, le marché du nickel a de nouveau attiré les investisseurs comme un aimant attire le métal. Les chiffres en baisse de deux grands producteurs mondiaux expliquent en partie cette hausse des cours, mais comme toujours c’est la Chine qui a compté le plus, et positivement.

Même en légère hausse, les stocks du LME continuent d’être exceptionnellement bas et la demande est redevenue positive. La peur décroit, et d'autant plus que le récit envisageant une expansion rapide de la production indonésienne de nickel en 2023 reste encore à confirmer. Bien des incertitudes demeurent. Les indonésiens le savent, il n’y a pas qu’en Nouvelle-Calédonie que le métal du diable peut faire des siennes et perturber la montée en puissance des usines.

Moins de nickel produit

Le nickel s’est donc démarqué, rattrapant sa chute de la semaine passée. La raison qui prévalait jeudi soir au LME ? Les chiffres de production mondiaux de deux géants du secteur viennent d’être communiqués. Et ils sont en baisse au deuxième trimestre.

Le groupe anglo-australien BHP, la plus grande entreprise minière au monde, a publié un rapport de production où apparaît une baisse en glissement annuel de 14 % de sa production de nickel, imputée à une panne dans une fonderie, qui semble laisser sceptique Zénon Ho, analyste de Marex au LME de Londres.

CVRD (Vale) annonçait également une baisse de 16,1 % de sa production en glissement annuel, sur la base de ses résultats du deuxième trimestre, à 34.800 tonnes.

BHP et CVRD ont produit moins de nickel que prévu, les investisseurs ont choisi de revenir sur le nickel. Enfin, le dollar est en légère baisse ce qui favorise les achats par les investisseurs et les industriels dotés d’une autre monnaie. Mais la prudence reste de mise : "la demande en ferronickel est encore faible, elle ne s’est pas améliorée", précise encore Zénon Ho dans sa note matinale du vendredi 22 juillet.

La Chine en soutien

Malgré cette fausse note, les cours du nickel ont fortement remonté cette semaine à la bourse des métaux de Londres (LME), profitant d'un soutien venant de Chine, le métal se remettant d'un plus bas depuis près de 10 mois atteint la semaine passée.

Selon Carsten Fritsch, analyste chez Commerzbank, la raison principale de ce nouvel élan est une "reprise générale". Il l'a indiqué à l'AFP.

Lundi dernier, la Chine a appelé les banques à accorder davantage de crédits aux promoteurs, en difficulté en raison du nombre croissant de propriétaires qui refusent de payer leurs mensualités, contribuant à aggraver la crise dans l'immobilier.

"Les marchés chinois semblent interpréter l'appel comme une impulsion pour soutenir le marché immobilier", affirme Jeffrey Halley, analyste chez Oanda.

Les métaux industriels comme le nickel, le cuivre et l'aluminium ont réagi à la hausse, "ce qui suggère que les marchés pensent que l'intervention gouvernementale est sur le point de débloquer le secteur de la construction" en Chine, poursuit l'analyste.

En effet, certains groupes peinent à poursuivre leurs chantiers et à remettre en temps voulu des logements vendus avant leur construction.

Sur le LME, la tonne de nickel pour livraison dans trois mois s'échangeait à 22.373 dollars vendredi soir à Londres contre 19.385 dollars le vendredi précédent à la clôture. Une hausse de +3,52 % sur la journée, de 13 % sur la semaine, que demander de plus pour le nickel ?