Nickel : pourquoi les projets miniers aux Philippines ne devraient pas mettre la pression sur la Nouvelle-Calédonie...

nickel
NICKEL
Mine de nickel du groupe chinois HMC à l'est de Mindanao aux Philippines ©Erwinn Mascarinas AFP

L’inquiétude du marché londonien du nickel est un peu retombée, au moins en ce qui concerne les Philippines. Le pays ne devrait pas pouvoir booster sa production minière, comme annoncé la semaine dernière. Un verrou a sauté, mais un autre moratoire reste en vigueur.

Le nickel a connu une très légère baisse mardi, après avoir chuté de 2,2 % lundi à 16.010 dollars la tonne soit son cours le plus bas depuis début avril.

Levée du moratoire de 2012

Le marché londonien des métaux a joué à se faire peur quand il a appris la levée du moratoire de 2012 interdisant tout projet minier aux Philippines. Il venait aussi de réaliser que les exportations de minerai philippin pourraient atteindre 4 millions de tonnes métriques humides pour le seul mois d’avril, après la saison des pluies.

Enfin, les analystes ont noté que les stocks de minerai de nickel dans les ports chinois ont augmenté de 135.000 tonnes pour atteindre 5,62 millions, a indiqué SMM, un site d’informations sur les métaux en Chine. Finalement, le LME a choisi de relativiser ces informations qui ont tout de même contribué à faire baisser le prix du nickel au grand bénéfice de certains spéculateurs.

NICKEL
Cours du nickel au LME de Londres le 20/04/2021 à 16:00 GMT ©Romain Yaich-France Télévisions

Maintien du moratoire de 2017 

Pourquoi la menace des Philippines est-elle retombée ? Comme le rappelle une expression, "le diable est dans les détails". Certes, le Président des Philippines Roberto Duterte a décidé de lever l’interdiction sur les nouveaux projets miniers.

Mais la mesure aura peu d’impact car l’interdiction de nouvelles mines à ciel ouvert décidée en 2017 demeure, ont rapporté Bloomberg et Marex Spectron. Et les mines des Philippines sont toutes à ciel ouvert…En conséquence, la spéculation baissière sur le prix du minerai de nickel s'atténue, une bonne nouvelle pour les mineurs calédoniens. 

Et puis, les stocks du LME ont reculé en début de semaine, se contractant de 0,1 % à 262.764 tonnes. Ils ont atteint leur plus bas niveau depuis juillet 2018. A cela s’ajoute la baisse du dollar américain qui a relancé les achats chinois et l’appétit pour le risque.

Enfin, le géant russe Nornickel a indiqué s’attendre à une baisse de sa production en 2021. Les nouvelles prévisions s’élèvent à 200.000 tonnes de nickel métal cette année contre 230.000 tonnes en janvier. "Sa production de nickel a chuté de 10 % par rapport au trimestre précédent à 47.000 tonnes, en raison des inondations survenues dans les grandes mines Oktyabrsky et Bystrinsky dont l’activité devraient reprendre fin avril et début juin" a indiqué le négociant britannique Marex Spectron.

Un vent de guerre froide...

Dans ces conditions, le cours du nickel aurait dû repartir à la hausse, et ce fut le cas jusqu'en milieu d'après-midi mardi, mais les fortes tensions politiques et militaires ont fini par peser. Ce vent de guerre froide, oppose chinois et américains en mer de Chine et autour de Taïwan, russes et américains concernant l’Ukraine. Ainsi, les exportations d’acier et de ferronickel de Kiev sont potentiellement soumises à un contrôle par la marine russe. Il peut s'exercer lors du passage vers la Mer Noire pendant la traversée du détroit de Kertch en Crimée. 

Russie
Unités de la marine russe de la flotte de Sébastopol en Mer Noire, à proximité du détroit de Kertch ©Dimitry Kostyukov-AFP