Depuis Boulouparis, le sénateur Pierre Frogier lance un appel à l'apaisement et au dialogue

référendum boulouparis
61a8208e92b51_262515224-430629541972354-1847753651871555970-n.jpg
Déclaration de Pierre Frogier à Boulouparis le 2 décembre 2021, à l'approche de la troisième consultation prévue par l'Accord de Nouméa. ©Louis Perin / NC la 1ère
Déplacement solennel de plusieurs personnalités politiques non indépendantistes, ce jeudi, à Boulouparis où se trouve la stèle d’Yves Tual. Le sénateur Pierre Frogier y a pris la parole pour livrer sa vision du 12 décembre et évoquer des pistes pour l'après-référendum.

Le lieu ne doit rien au hasard : le village de Boulouparis, tout près de la stèle érigée en hommage à Yves Tual. Le 11 janvier 1985, durant les Evénements, le jeune homme de dix-sept ans était assassiné sur la propriété de ses parents. Un événement traumatisant pour les Broussards comme pour les citadins puisqu'une nuit d'émeute s'en était suivie. C'est donc devant un monument empreint de sens et d'histoire que Pierre Frogier a choisi de s'exprimer solennellement, ce jeudi 2 décembre.

"Ce fut un tournant décisif"

"Ce fut un tournant décisif dans la période tragique que nous connaissions. Une réaction violente s'en est suivie et malgré tout la sagesse des hommes l'a emporté", a déclaré le sénateur. "Si nous sommes ici, à la veille du 12 décembre, c'est pour rappeler que les vies d'Yves Tual, James Feels à Thio, Henri Mézières à Ouégoa ne doivent pas avoir été arrachées pour rien."

Et d'adresser aussi des pensées "aux familles du camp d'en face qui ont souffert. Nous n'avons pas traversé toutes ces épreuves et tous ces drames pour faire comme si de rien n'était. Nous n'avons pas choisi l'apaisement pour, plus de trente ans après, rouvrir de vieilles blessures. Nous n'avons pas signé les accords de Matignon et de Nouméa, pour prendre le risque de recréer les conditions de l'affrontement."

61a820e75086f_262499827-1927125204132049-3772138758276391369-n.jpg
Dépôt de gerbes sur la stèle d'Yves Tual, le 2 décembre 2021, à Boulouparis. ©Louis Perin / NC la 1ère

Une échéance à "affronter dans la paix et la sérénité"

Pour Pierre Frogier, "la contestation de la date du troisième référendum, par le FLNKS, au motif de la crise sanitaire, ne doit pas constituer un obstacle de plus, pour ne pas assumer une échéance que nous devons, collectivement, affronter dans la paix et la sérénité."

Ne manquant pas de préciser que "nous communions tous dans une semblable douleur", le parlementaire calédonien a évoqué "l'évolution positive de la situation sanitaire facilitée par les décisions du gouvernement local et la solidarité nationale". Avant de décrire l'échéance du 12 décembre comme une possible "planche de salut".  

Pour un territoire fissuré par une polarisation identitaire exacerbée par les référendums clivants de 2018 et 2020, qui connaît par ailleurs des crises budgétaires, économique et de confiance en son avenir, l'échéance du 12 décembre peut représenter une planche de salut car nous ne trouverons pas le chemin d'un nouveau dialogue en continuant d'attiser les tensions et d'opposer les uns aux autres.

Pierre Frogier, sénateur

L'appel à non-participation a "un caractère positif"

Et de livrer un regard particulier sur ce qui peut sembler une impasse : "En appelant celles et ceux qui veulent exprimer leur amour de la France à se mobiliser massivement, les loyalistes permettront de clore ce processus référendaire, dit l'ancien président du Rassemblement.

"Et les indépendantistes, quant à eux, en prônant une non-participation, éviteront que la campagne de confrontation ne dégénère et ne compromette tout espoir d'un nouvel accord. En ce sens, estime-t-il, cette non-participation revêt un caractère positif parce qu'elle peut être un facteur d'apaisement."

Un modèle à repenser

Le sénateur pose alors la question des conditions à trouver pour créer un environnement favorable au dialogue :

  • "commencer par affirmer (…) que les deux camps n'ont aucune chance d'imposer durablement leur loi sans l'autre et contre l'autre".
  • "admettre que tous les problèmes associés à nos identités plurielles ne peuvent se résoudre sur la base des principes de la majorité".
  • "repenser notre modèle du vivre-ensemble en procédant à un ajustement de nos institutions avec l'éclairage des deux drapeaux".

Ce nouveau modèle sera celui du vivre-ensemble dans la pluralité.

Pierre Frogier

Les provinces "pièces maîtresses du vivre-ensemble"

Selon le sénateur, "cette adaptation donnera à la population de chaque province la possibilité de trouver des solutions aux problèmes les plus élémentaires de la vie quotidienne et le gouvernement local jouera un rôle de régulateur et de cohésion". Affirmant qu"en 1988, la paix civile a été retrouvée grâce à la création des trois provinces", il estime que "demain, elles seront les pièces maîtresses du vivre-ensemble".

Ce discours de deux pages et demi se termine sur une certitude exprimée : "seule la paix intérieure permettra à chacun de faire valoir ses droits et le garant de cette paix ne peut être que la République française."

Faute d'avoir réussi le mariage d'amour, employons-nous à réussir un mariage de raison.

Pierre Frogier
61a83c1363cb6_img-0359-copie.jpg
La stèle érigée en hommage à Yves Tual, au village de Boulouparis. ©Bernard Lassauce / NC la 1ère

Dans l’auditoire, plusieurs personnalités politiques non indépendantistes, notamment maires ou anciens maires : Georges Naturel (Dumbéa), Eddie Lecourieux et Eric Gay (Mont-Dore), Harold Martin (Païta), Alcide Ponga (Kouaoua), Pascal Vittori et Alain Lazare (Boulouparis), Wilfrid Weiss (Koumac) ou Christophe Vakié (île des Pins).

Voyez aussi le reportage de Bernard Lassauce et Claude Lindor : 

©nouvellecaledonie