Nouméa : le musée de la Ville, vingt-cinq ans après

patrimoine nouméa
 façade du musée de la Ville de Nouméa
L'incontournable façade du musée de la Ville. ©Mairie de Nouméa

Le 6 juin 1996, le musée de la Ville ouvrait dans l'ancienne mairie de Nouméa. Un quart de siècle plus tard, lumière sur une institution qui vit par son bâtiment, la recherche, ses collections, ses visiteurs et des événements comme celui organisé samedi, entre nuit des musées et anniversaire.

Voilà vingt-cinq ans que le magnifique bâtiment du 39, rue Jean-Jaurès, vit son existence actuelle : après avoir été une banque, une mairie et un syndicat d’initiative, il sert d’écrin au musée de la Ville depuis le 6 juin 1996. Pour marquer ce quart de siècle, la rédaction radio de NC la 1ere lui a dédié toute une série de reportages. Plongée, dans le passé, et les coulisses.

#1. La naissance

A sa naissance, la mission du musée de la Ville de Nouméa tenait en deux mots : "Etonnez-nous !" Chef du service de la culture de 1989 à 2007, Béatrice Robineau se souvient d’une belle énergie autour de ce projet.

L’[Agence de développement de la culture kanak] et les provinces venaient de se constituer. Tout le monde était en train d’installer son service de la culture, ses activités et sa politique de la culture, surtout.

Béatrice Robineau, ex-responsable du service municipal de la culture


"Naïvement, au départ, on se disait qu’on allait faire des expos", ajoute-elle. "Pour se rendre compte que pour rentrer le plus de choses dans un petit espace, il y avait un savoir-faire…" Et le point de départ de cette aventure reste évidement le lieu. L’ancienne mairie, un bâtiment de type colonial construit en 1874, complètement refait après un incendie en 1990. 

25 ans du musée de la Ville, la naissance

 

#2. La recherche

Derrière chaque exposition, un travail de l’ombre : celui des historiens. Christiane Terrier collabore avec le musée de la Ville depuis 1998 et elle a planché des heures durant sur les catalogues d’exposition. Avec des sujets très variés, comme le rapport au corps, les papiers d’identité des Calédoniens ou un livre sur l’histoire de Nouméa. Pour elle, les expositions du musée ont permis de sauvegarder tout un pan du patrimoine calédonien.

Si ce musée n’avait pas existé, tous ces objets n’auraient pas été collectés, toutes ces productions écrites n’auraient pas été faites. 

Christiane Terrier, historienne

 

Et en parallèle de ce travail de recherche historique, une collecte des mémoires est indispensable pour enrichir une exposition. Un travail délicat, car il faut convaincre les gens de raconter un passé parfois difficile. Marie-José Michel, ancienne consule honoraire du Japon, a travaillé plusieurs fois avec le musée pour faire vivre la mémoire des anciens.

C’est un catalyseur. Il suffit qu’on dise "il y a une exposition sur telle communauté" pour que les descendants cherchent plus profondément ce qu’il s’est passé. Avec souvent de belles récompenses et de vrais moments d’émotion.

Marie-José Michel, ex-consule honoraire du Japon

 

Depuis 1996, 27 expositions ont été portées, à bout de bras, par l’équipe et les collaborateurs des musées de la ville.

25 ans du musée de la ville, la recherche

 

#3. Les collections

Maquette de Nouméa, musée de la Ville
La grande maquette de Nouméa que l'on peut voir au musée de la Ville. ©Stéphanie Chenais / NC la 1ere

Le fonds de collection des deux musées nouméens compte plus de 6500 pièces. Ça n’a pas toujours été le cas. "Quand on a ouvert le musée, on avait une pièce magnifique, un mur extraordinaire et plein d’histoire. Mais on n'avait aucun objet", raconte Véronique Defrance, la conservatrice des musées. "Il va falloir les acquérir peu à peu pour gagner notre titre de musée, en quelque sorte." 

Le premier objet a été un don, une bicyclette des années trente. 

Véronique Defrance, conservatrice

 

Près de 3000 pièces ont été achetées, 3500 sont des dons, collectés petit à petit. Et de nombreux objets ont été fabriqués pour des expositions. Comme cette impressionnante maquette de la ville de Nouméa réalisée par Gilbert Staes. Cinq mois de travail, 24 mètres carrés, 947 petites maisons dont trente éclairées et 1600 arbres. Tout simplement la maquette de sa vie.

Ils ont fait un an de recherches aux archives. Moi, j’avais toutes les cartes postales, tous les plans de l’armée, de l’époque. Et puis j’ai arpenté les rues pendant très longtemps. 

Gilbert Staes, concepteur de la grande maquette

 

La confection à proprement parler a nécessité de longues heures et un travail éreintant, au point de finir par dormir dans le musée. Un travail titanesque toujours visible au premier étage.

25 ans du musée de la ville, les collections

 

#4. Les scolaires

Avec plus de dix mille visiteurs en 2019, une année sans Covid-19, les deux musées de Nouméa s’avèrent une véritable vitrine de l’histoire calédonienne, pour les touristes. Mais depuis un an, ce sont plutôt les scolaires qui remplissent les allées. Un rôle de transmission essentiel pour les équipes. C’est notamment le travail de Linda Atoua-Talbi, médiatrice culturelle. Elle s’assure que les enfants repartent avec le sourire.

On s’amuse énormément dans les musées ! C’est notre challenge au quotidien: pouvoir présenter l’art, l’histoire, toutes les thématiques, qu’on aborde de façon accessible. 

Linda Atoua-Talbi, médiatrice culturelle

 

Alexandra Malrieux est institutrice à Tina, à Nouméa. Elle emmène chaque année ses élèves de CM2 au musée. "Ça reste un moment privilégié où l’élève va pouvoir réinvestir les connaissances qu’on a vues en classe", observe l'enseignante, "et les enrichir parce qu’il y a toujours des petites informations supplémentaires, des anecdotes. Ça leur permet de mieux retenir les leçons."

Et pour séduire les jeunes, le musée développe aussi des outils numériques. En 2020, près de quatre mille élèves ont visité au moins un des deux musées de la ville.

25 ans du musée de la ville, les scolaires

 

#5. La Nuit des musées 

Nuit des musées Avengers
Nuit des musées "Avengers". ©Alix Madec / NC la 1ere

Certains soirs, les musées de Nouméa accueillent des visiteurs pas tout à fait comme les autres. Frédérique Barrière fait partie de l’association Symbiose qui s’efforce de vulgariser les sciences auprès du grand public. Elle a participé à plusieurs Nuits des musées.

"Les deux premières années, on est partis sur la thématique Star Wars. Dark Vador venait chercher des armes pour vaincre la rébellion", relate-t-elle. "L’année dernière, on a voulu se moderniser, on est partis sur la thématique Avengers." Ces animations atypiques permettent de donner une autre image des musées. En phase avec l'époque. 

Notre challenge depuis vingt-cinq ans, c’est qu’un musée n’est pas un lieu plein de poussière mais un lieu très vivant. On le fait avec des jeux dans les expositions mais on a aussi des événementiels merveilleux comme la Nuit des musées, où les arts viennent rejoindre le patrimoine. 

Véronique Defrance, conservatrice

 

Samedi 5 juin, dans l’après-midi et en soirée, comédiens, musiciens et autres danseurs se sont ainsi emparés des lieux pour une Nuit des musées couplée au vingt-cinquième anniversaire. A noter, également, que la Museum week commence lundi 7 juin. Un événement en ligne qui permet de faire connaître les musées, sur les réseaux sociaux, cette fois.

25 ans du musée de la ville, la Nuit des musées

 

#6. Les trésors

C'est une autre série diffusée sur les ondes de NC la 1ere pour marquer cet anniversaire. Véronique Defrance, la conservatrice des musées municipaux, nous y présente quelques trésors des collections.

La Georges-Richard. Il s'agit d'une petite voiture et il n’en reste plus que trois à travers le monde. Le musée l’a achetée en 2002 et elle a été rénovée par les jeunes du lycée Jules-Garnier. 

La petite voiture

L’affiche du centenaire de la présence française en Nouvelle-Calédonie, réalisée par Monique Gras en 1953. 

L'affiche du centenaire

Un chronomètre qui date du début XXe. Il appartenait au Dr Lescour, médecin militaire qui fut l'un des premiers à exercer en indépendant, si l’on peut dire. A son départ, il a emporté l'objet, qui est revenu en Calédonie.

La montre

Une scène de pilou en terre crue datant de la fin XIXe. Elle a été vendue au musée par Serge Kakou. 

Le pilou

Une robe de mariée et pas n’importe laquelle.

La robe de mariée

 

Le musée de la Ville se situe au 39, rue Jean-Jaurès. Il est ouvert du lundi au samedi, de 9 heures à midi et de 13 heures à 17 heures (tél.: 26 28 05). Plein tarif, 300 F, mais l'entrée est gratuite jusqu'au 19 juin.