Que veut Tsingshan, le conglomérat chinois qui entend concurrencer le nickel "électrique" de l’Usine du Sud ?

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Production de batteries au nickel pour les voitures électriques en Chine ©Du Zheyu XINHUA-AFP

Le géant Tsingshan veut transformer le nickel abondant destiné à l’acier inoxydable pour produire à la place des batteries destinées aux voitures électriques. Le conglomérat industriel Chinois entend conquérir le marché, c'est aussi celui de l'Usine du Sud et de la Nouvelle-Calédonie.

Quand Tsingshan dévoile, fin 2018, un projet hydrométallurgique de production de nickel à partir de minerai à basse teneur, le marché reste indifférent. Quand on apprend début mars qu’il compte le faire à partir de fontes de nickel à bas coût, le marché s’inquiète et le prix du nickel dégringole. La route est malgré tout semée d'obstacles. L'Union européenne et les Etats-Unis ont déclaré ne pas vouloir de nickel ou de cuivre produits dans des conditions ne respectant pas les normes environnementales prévues par l'Accord de Paris sur le climat. Une garantie pour l'Usine du Sud et la Nouvelle-Calédonie.

Usine du Sud (nickel et cobalt) Vale Nouvelle-Calédonie
Usine du Sud (nickel et cobalt) Vale Nouvelle-Calédonie

Le prix du nickel avait atteint symboliquement fin février 20.000 dollars la tonne, au plus haut depuis 2014. Il aura suffi de l’annonce de Tsingshan, les 3 et 4 mars -"nous allons produire du nickel pour batteries à partir de fontes et de concentrés de nickel" - pour que la bulle éclate. Le nickel évolue désormais dans une fourchette de 15.650 dollars à 16.300 dollars. La fonte de nickel, appelée "NPI" pour "Nickel Pig Iron", s'est déjà largement imposée dans les usines sidérurgiques chinoises. Ce procédé, mis au point par Tsingshan en 2007, a été l’une des causes de la crise du nickel subie par la Nouvelle-Calédonie en 2016. Le prix de la tonne de métal est passé en quelques années de 50.000 dollars à 10.000 en 2016.

Produite en Chine ou en Indonésie, la fonte de nickel à bas coût revient à 9.000 dollars la tonne. Elle constitue une alternative abondante au nickel-fer premium (ferronickel) des usines calédoniennes dont le coût de production se situe actuellement autour de 15.000 dollars pour la SLN, et au-delà pour KNS. Désormais, de la fonte de nickel "made in China", destinée à l’acier serait utilisée pour produire du nickel destiné aux batteries électriques. La menace est sérieuse...

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Batterie nickel-fer produite en chine pour les voitures électriques. ©Xia Lei AFP

Ce nickel à bas coût, recyclé et transformable, est le nouveau pari du géant Chinois. Le défi n’a rien d’impossible, pour peu qu’on ne soit pas trop regardant sur ses impacts environnementaux. Tsingshan veut disposer d’un atout décisif dans la bataille qu’il compte livrer aux autres producteurs, plus vertueux. On pense à l’Usine du Sud en Nouvelle-Calédonie ou encore à Murin Murin en Australie.

Le géant Chinois, selon les estimations de Bloomberg, pourrait produire son nickel pour les voitures électriques autour de 15.000 dollars la tonne. "Et les Chinois savent faire et en grande quantité, ce sont des gens sérieux" a estimé Philippe Chalmin, économiste et historien du secteur. En inondant le marché, le groupe chinois empêcherait toute hausse du nickel. Indirectement, il limiterait les profits attendus par l’Usine du Sud.

Depuis le début de l’année, le LME doute de la capacité de l'industrie mondiale à fournir suffisamment de nickel pour répondre à la demande des constructeurs de voitures électriques. D’où l’intérêt manifesté par Tesla pour la grande usine hydro-métallurgique calédonienne.

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Nickel produit par hydro métallurgie destiné aux batteries des voitures électriques ©Alain Jeannin

"L'annonce de Tsingshan peut changer la donne. Les risques de pénurie de nickel pour les batteries apparaissent désormais moins importants", explique Andy Farida, stratégiste chez Fastmarkets. Quelles seraient les risques du métal issu de la fonte de nickel ? Andy Farida estime qu’il serait "cinq à six fois plus dommageable pour l'environnement que par hydro métallurgie".

La gestion des déchets est aussi posée. En Papouasie-Nouvelle-Guinée, un concurrent chinois de Tsingshan a trouvé la solution. Certes, il produit le nickel par hydrométallurgie mais il rejette en mer les boues acides du nickel, selon le procédé appelé "Deep Sea Talings", estimant le stockage sécurisé à sec, comme en Nouvelle-Calédonie, trop onéreux.

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Rejet en mer des boues acides par le procédé Deep Sea Tailings (rejet en eau profonde). ©AFP

De son côté, l’Union européenne a réagi. Elle a indiqué qu’elle voulait protéger mieux ses producteurs qui pourraient souffrir du dumping chinois. Bruxelles entend imposer à partir de 2022 des normes environnementales et sociétales d’importation du métal. Elles ont aussi été adoptées par le LME qui affirme avoir besoin du "nickel éthique produit en Nouvelle-Calédonie". Tsingshan, en revanche, ne répondrait pas à ces critères, mais il vise d’abord le marché chinois des voitures électriques. Le négociant Marex Spectron a indiqué le 18 mars que "la Chine a produit 317.000 véhicules électriques en janvier-février, une hausse de 395 % sur un an".

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Production de voitures prêtes à l'exportation en Chine. ©AFP