Un contrat nickel : de la technologie turque et de l'énergie pour la SLN calédonienne

nickel
Turquie
Nouvelle centrale électrique de la SLN sur le chantier naval du leader mondial turc Karpowership à Yalova près d'Istanbul ©Alain JEANNIN
Annoncé comme imminent, le départ de la centrale électrique flottante de la SLN est de nouveau reporté de quelques jours. Il interviendrait désormais le 12 juillet. Des conditions de navigation rendues compliquées par une météo capricieuse et instable expliquent ce retard. Désormais, le navire-usine arriverait le 25 août dans la rade de Nouméa.

Alors que la pandémie et le conflit en Ukraine ont stoppé des pans entiers de l'activité économique ou créé un climat d'incertitude, les mêmes crises ont donné naissance à de nouvelles opportunités pour l'industrie turque, et cette fois avec la Nouvelle-Calédonie.

"Ce premier contrat entre la Nouvelle-Calédonie et la Turquie, est une formidable opportunité pour Karpowership. Il nous permet d'accéder à un nouveau continent, mais c'est aussi une opportunité pour les investisseurs et les entreprises turques en Nouvelle-Calédonie", a déclaré Zeynep HAREZI, directrice commerciale de Karpowership. 

Contrat historique entre la Turquie et la Calédonie pour le nickel ©nouvellecaledonie

Karpowership technologie made in Turquie

La centrale électrique flottante "Orhan Bey", porte le nom d’un grand guerrier Ottoman, dont a hérité le vice-président du groupe Karadeniz, dont fait partie Karpowership.

Associant de la technologie majoritairement turque mais aussi allemande, le navire-usine est destiné à remplacer et à améliorer l'alimentation électrique de la SLN pour mieux produire son précieux ferronickel.

Le port de Yalova, situé sur la rive asiatique de la mer de Marmara, est la base logistique de Karpowership, premier fabricant mondial de ce bijou de technologie. C’est là, contre le quai principal du grand chantier naval, que se trouve encore, pour quelques jours, la future centrale de la SLN.

Sa proue est tournée vers la "Fenêtre de l’Orient", l’un des surnoms d’Istanbul, dont on aperçoit les gratte-ciel, au loin dans la brume. Une vingtaine de marins va composer l’équipage du navire en partance pour Nouméa.

Turquie
Chantier naval de Kapowership prés d'Istanbul en Turquie avec la centrale autonome temporaire (CAT) électrique et flottante de la SLN ©Alain JEANNIN

En attendant les énergies renouvelables

Il s'agit d'une centrale électrique de dernière génération, utilisant du fioul à faible teneur en soufre, une usine flottante spécialement conçue pour tenir sur un navire, et mesurant 140 mètres de long, 50 mètres de hauteur et 45 m de large. Une idée originale récemment conçue et des développée par des ingénieurs turcs.

Si tous ses organes sont plus petits que sur une centrale à terre, ni sa puissance -200 MW- ni son efficacité énergétique – améliorée de 40% par rapport à la centrale SLN actuelle- ni ses performances environnementales - elle émettra 30% de CO2 en moins, et améliorera fortement les performances environnementales de SO2 et poussières, à puissance comparable- ne sont affectés, bien au contraire.

Elle sera également moins bruyante que la vieille centrale, à bout de souffle, qu’elle va remplacer pour une durée envisagée de trois ans.

Des atouts environnementaux essentiels

Véritable atout : cette centrale accostée temporaire (CAT) permettra à la SLN de disposer à nouveau de suffisamment d'électricité stable et fiable pour continuer à produire du ferronickel.

En revanche, cette grande centrale électrique flottante ne permettra pas de réduire le coût de l'électricité qui représente 50% du coût de production du nickel de l'usine de Doniambo.

Le prix de l’énergie fourni restera stable. Ni la SLN, ni Karpowership (KPS) n’ont souhaité communiquer le montant du contrat de location de l’usine flottante avec sa cinquantaine de techniciens.

Turquie
Zeynep HAREZI, directrice commerciale du leader mondial Karpowership et Paul LAWY directeur de projet de la SLN devant la future centrale électrique flottante de l'usine de nickel de Doniambo en Calédonie ©Alain JEANNIN

45 jours de navigation, 6 mers et 2 océans

"Après son prochain départ, il faudra 45 jours à l'usine électrique flottante pour atteindre Doniambo", se félicite Paul Lawi, chef du projet à la SLN, venu assister aux derniers préparatifs à Istanbul. "Le contrat a été négocié et conclu en trois mois, un temps record. C’est le résultat d’un travail collectif qui a mobilisé nos équipes, celles de Karpowership, et tous les responsables du Territoire".

Il reste désormais au navire à naviguer, plein sud et vers l'est, à travers la mer de Marmara, la mer Egée, la Méditerranée, le canal de Suez, la mer Rouge, l'océan Indien, la mer de Timor, la mer de Corail et enfin, l'océan Pacifique en longeant la côte nord-est de l'Australie avant de rejoindre Nouméa. Un très long voyage.

Les "orgues de métal" de la SLN

"Orhan Bey" sera accostée et connectée aux équipements à terre en cours d’installation par la SLN et Enercal, mais aussi reliée à la distribution publique.

Opérée par des spécialistes Turcs et des Calédoniens spécialement formés, la centrale autonome temporaire (CAT) sera mis en service à la mi-septembre. L'usine électrique montera en puissance sur une période prévue de 6 mois pour venir remplacer totalement la centrale actuelle au 1er trimestre 2022.

La CAT vient remplacer, pour trois ans, la centrale actuelle, après 50 ans de service.

La suite: l'installation d'autres outils de production d'électricité intégrant des énergies renouvelables et des moyens de production sur lequel planche le Gouvernement de la Nouvelle-Calédonie, dans le cadre de son grand plan de décarbonation. Partie prenante engagée, la SLN y voit là l'opportunité de produire, à court ou moyen terme, un nickel premium respectueux de l’environnement.

Turquie
"Le pouvoir ou l'énergie de l'amitié" inscrit sur la centrale électrique SLN de Karpowership, leader mondial turc des usines flottantes ©Alain JEANNIN