Rencontre avec Olivier Pollet, réalisateur de « Canning Paradise », prix spécial du Jury au FIFO 2013

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Canning paradise
A moins de 4 mois du FIFO 2014, Olivier Pollet, gagnant du prix spécial du JUry au FIFO 2013, revient sur son aventure intense en répondant aux questions de l'équipe du FIFO.
Faire entendre les voix des populations de Papouasie dans le Pacifique », tel était l'objectif d'Olivier Pollet, réalisateur du film "Canning Paradise", un des documentaires qui a marqué le 10ème FIFO. Ce sujet est méconnu et pourtant ravageur puisqu’il raconte les multiples conséquences des excès de l'industrie mondiale du thon dans les eaux de Papouasie-Nouvelle-Guinée. Une mondialisation qui frappe avec violence cette terre lointaine et reculée. Olivier Pollet, français installé en Australie, signait là son premier film. Premiers extraits de son interview :

Comment est-ce que tu as eu l'idée de ce sujet ?
L’idée de ce sujet m’est venue en regardant une vidéo youtube alors que j’allais terminer mes études de journalisme en Australie. Dans cette vidéo, un homme évoquait le vol de sa terre ancestrale par l’église catholique au début du XXème siècle, qui permet aujourd’hui d’installer une mégapole industrielle pour les investisseurs étrangers afin d’exporter les dernières grandes ressources de thon vers l’Union Européenne. Un véritable vol organisé par le gouvernement et des hommes de pouvoir locaux. Cet homme, qui parlait de manière très humble, dévoilait aussi l’envers du décor, avec l’histoire de ces femmes qui jadis pouvaient pécher le poisson et le vendre sur des marchés et qui se retrouvent aujourd’hui obligées de vendre leur corps pour obtenir ce même poisson, ou encore accepter des conditions de travail déplorables en raison de la course aux ressources, de l’exploitation et du déplacement de la pauvreté que l’on observe non plus seulement entre les pays du nord et du sud mais aussi entre pays émergeants. Il se dégageait aussi une question que je trouve essentielle : comment est-ce que des politiques de « développement » peuvent amener plus de pauvreté en lieu et place d’une amélioration générale des conditions de vies ?
Très vite, en faisant quelques recherches, je me suis rendu compte qu’il y avait là une problématique qui allait bien au delà de la Papouasie-Nouvelle-Guinée. A l’époque, c’est sans vraiment me poser de questions que j’ai pris mon billet d’avion afin d’aller vivre avec ces communautés et essayer de comprendre ce qui se passe vraiment sur le terrain. J’ai vraiment découvert petit à petit l’étendue du problème.
La Papouasie se trouve aujourd’hui à un croisement de son histoire… C’est devenu un véritable terrain de jeu où l’on observe une course folle aux ressources menée principalement par la Chine et les États-Unis. De ce point de vue, le monde de la pêche n’est vraiment qu’un exemple car on retrouve des histoires très similaires dans l’industrie minière et forestière.
Au cours des dernières années, plus de cinq millions d’hectares de terres coutumières ont été acquises frauduleusement par des entreprises étrangères en Papouasie-Nouvelle-Guinée. De véritables crimes qui ne sont malheureusement que trop peu dénoncés.
Dans mon film, d’un point de vue environnemental, il s’agit de la destruction de ce qui est peut être l’endroit à la biodiversité marine la plus importante au monde (c’est comme si on construisait une mégapole industrielle en plein centre de la grande barrière de corail en Australie). D’un point de vue social, il s’agit de la véritable fracture que l’on observe au sein même s’une société millénaire où coexiste plus de 850 langues et une culture extraordinaire. D’un point de vue économique, il s’agit des limites de notre propre société de consommation et des politiques menées par l’Union Européenne ou encore la banque mondiale, avec un véritable appauvrissement de populations sous l’égide du mot « développement ». Sans parler de l’héritage colonial qui joue toujours un rôle prépondérant. Autant de problématiques différentes qui m’ont poussé à continuer à travailler sur le sujet bien au-delà du film lui même.
 
Il s'agit de ton premier documentaire : techniquement, logistiquement, financièrement, tout a du être très complexe ?
Oui, c’était effectivement une aventure assez extraordinaire mais aussi très difficile, car avant de réaliser et produire son premier film sans soutien financier, on n’a pas forcément une idée précise du travail et de l’investissement que cela demande ! C’est quelque chose que j’ai découvert petit à petit d’autant plus que je n’avais aucune idée que cela deviendrait ensuite un long-métrage documentaire. On suit juste son instinct qui nous pousse à nous accrocher et à croire en l’histoire que l’on raconte. Lorsque l’on tourne avec des communautés, il y a une relation de confiance qui s’installe car on ne fait pas un film « sur » des gens ou des populations mais bel et bien « avec » eux. Et c’est grâce à cette relation privilégiée et à la rencontre de gens extraordinaires, qui se battent sur le terrain depuis des années, que l’on puise l’inspiration et les ressources pour continuer à avancer, à apprendre et surtout croire en son projet et essayer de leur rendre ce qu’ils nous ont donné.
Le travail d’écriture a été le plus long et difficile car il s’agissait de structurer une myriade de problématiques, toutes importantes, mais qui nécessitent un énorme travail de recherche. Ensuite, il y a bien évidemment le côté financier qui est tout aussi compliqué lorsque l’on débute et que l’on n’a pas de financement. On découvre par exemple les prix exorbitants pour l’utilisation d’images d’archives, ce qui pose bien des problèmes pour des productions avec peu de moyens. Cela dit, je suis très content d’avoir tout de même réussi à réaliser ce premier film en arrivant à le financer grâce à des petits boulots dans la restauration, qui m’ont permis de survivre pendant le projet, sans oublier le soutien de ma famille et de proches passionnés qui se sont joints à l’aventure à des moments divers. Je n’aurais jamais pu réaliser ce film sans eux. C’est, j’imagine, l’expérience que beaucoup de réalisateurs ont connu lors de leurs premiers projets. C’est un chemin certes très compliqué mais tout aussi passionnant.
 
Pourquoi avoir inscrit ton film au FIFO, comment connaissais-tu l'événement ?
Après avoir fini le film, j’ai là encore découvert le monde de la distribution. Pour moi, il était essentiel que le film soit surtout vu dans le Pacifique et j’avais beaucoup entendu parler du FIFO par le biais d’une amie calédonienne qui m’a poussé à l’envoyer au comité de sélection. Le FIFO ainsi que le Festival des Droits de l’Homme de Papouasie, entre autres, faisaient partis des endroits les plus importants où envoyer le film dans le Pacifique. J’étais absolument ravi lorsque j’ai appris qu’il était sélectionné, d’autant plus en compétition !

Qu’est-ce que cela t'a apporté de remporter un prix spécial du Jury ?

C’était d’abord une surprise extraordinaire car il y avait quantité de productions avec de beaux sujets et des budgets incomparables. J’étais surtout ravi que le film puisse être vu dans le Pacifique car ce qui était important, c’était que les voix des personnes présentes dans le film puissent être entendues dans le Pacifique. D’ailleurs, je dois remercier le FIFO car la sélection et le prix ont ensuite permis au film d’être diffusé en France et en Outre-mer sur les réseaux France Télévisions. Au festival, je ne savais pas comment le public allais réagir et j’aurais adoré pouvoir échanger avec lui. Il y avait aussi un jury impressionnant avec Yves Jeanneau, Julia Overton et puis Joe Berlinger, qui est pour moi l’un des plus grands réalisateurs aujourd’hui. Son film « Crude » reste une référence dans le monde du documentaire. Savoir que Joe Berlinger allait « juger » mon film, c’est un peu comme si un jeune réalisateur de fiction savait que Spielberg allait passer une soirée avec son travail. J’étais plus que surpris mais ravi que ce prix FIFO puisse permettre à l’histoire racontée dans le film de voyager.

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Lisez l'interview complète en cliquant ICI

Comment est-ce que tu as eu l'idée de ce sujet ?

L’idée de ce sujet m’est venue en regardant une vidéo youtube alors que j’allais terminer mes études de journalisme en Australie. Dans cette vidéo, un homme évoquait le vol de sa terre ancestrale par l’église catholique au début du XXème siècle, qui permet aujourd’hui d’installer une mégapole industrielle pour les investisseurs étrangers afin d’exporter les dernières grandes ressources de thon vers l’Union Européenne. Un véritable vol organisé par le gouvernement et des hommes de pouvoir locaux. Cet homme, qui parlait de manière très humble, dévoilait aussi l’envers du décor, avec l’histoire de ces femmes qui jadis pouvaient pécher le poisson et le vendre sur des marchés et qui se retrouvent aujourd’hui obligées de vendre leur corps pour obtenir ce même poisson, ou encore accepter des conditions de travail déplorables en raison de la course aux ressources, de l’exploitation et du déplacement de la pauvreté que l’on observe non plus seulement entre les pays du nord et du sud mais aussi entre pays émergeants. Il se dégageait aussi une question que je trouve essentielle : comment est-ce que des politiques de « développement » peuvent amener plus de pauvreté en lieu et place d’une amélioration générale des conditions de vies ?

Très vite, en faisant quelques recherches, je me suis rendu compte qu’il y avait là une problématique qui allait bien au delà de la Papouasie-Nouvelle-Guinée. A l’époque, c’est sans vraiment me poser de questions que j’ai pris mon billet d’avion afin d’aller vivre avec ces communautés et essayer de comprendre ce qui se passe vraiment sur le terrain. J’ai vraiment découvert petit à petit l’étendue du problème.

La Papouasie se trouve aujourd’hui à un croisement de son histoire… C’est devenu un véritable terrain de jeu où l’on observe une course folle aux ressources menée principalement par la Chine et les États-Unis. De ce point de vue, le monde de la pêche n’est vraiment qu’un exemple car on retrouve des histoires très similaires dans l’industrie minière et forestière.

Au cours des dernières années, plus de cinq millions d’hectares de terres coutumières ont été acquises frauduleusement par des entreprises étrangères en Papouasie-Nouvelle-Guinée. De véritables crimes qui ne sont malheureusement que trop peu dénoncés.

Dans mon film, d’un point de vue environnemental, il s’agit de la destruction de ce qui est peut être l’endroit à la biodiversité marine la plus importante au monde (c’est comme si on construisait une mégapole industrielle en plein centre de la grande barrière de corail en Australie). D’un point de vue social, il s’agit de la véritable fracture que l’on observe au sein même s’une société millénaire où coexiste plus de 850 langues et une culture extraordinaire. D’un point de vue économique, il s’agit des limites de notre propre société de consommation et des politiques menées par l’Union Européenne ou encore la banque mondiale, avec un véritable appauvrissement de populations sous l’égide du mot « développement ». Sans parler de l’héritage colonial qui joue toujours un rôle prépondérant. Autant de problématiques différentes qui m’ont poussé à continuer à travailler sur le sujet bien au-delà du film lui même.

 

Il s'agit de ton premier documentaire : techniquement, logistiquement, financièrement, tout a du être très complexe ?

Oui, c’était effectivement une aventure assez extraordinaire mais aussi très difficile, car avant de réaliser et produire son premier film sans soutien financier, on n’a pas forcément une idée précise du travail et de l’investissement que cela demande ! C’est quelque chose que j’ai découvert petit à petit d’autant plus que je n’avais aucune idée que cela deviendrait ensuite un long-métrage documentaire. On suit juste son instinct qui nous pousse à nous accrocher et à croire en l’histoire que l’on raconte. Lorsque l’on tourne avec des communautés, il y a une relation de confiance qui s’installe car on ne fait pas un film « sur » des gens ou des populations mais bel et bien « avec » eux. Et c’est grâce à cette relation privilégiée et à la rencontre de gens extraordinaires, qui se battent sur le terrain depuis des années, que l’on puise l’inspiration et les ressources pour continuer à avancer, à apprendre et surtout croire en son projet et essayer de leur rendre ce qu’ils nous ont donné.

Le travail d’écriture a été le plus long et difficile car il s’agissait de structurer une myriade de problématiques, toutes importantes, mais qui nécessitent un énorme travail de recherche. Ensuite, il y a bien évidemment le côté financier qui est tout aussi compliqué lorsque l’on débute et que l’on n’a pas de financement. On découvre par exemple les prix exorbitants pour l’utilisation d’images d’archives, ce qui pose bien des problèmes pour des productions avec peu de moyens. Cela dit, je suis très content d’avoir tout de même réussi à réaliser ce premier film en arrivant à le financer grâce à des petits boulots dans la restauration, qui m’ont permis de survivre pendant le projet, sans oublier le soutien de ma famille et de proches passionnés qui se sont joints à l’aventure à des moments divers. Je n’aurais jamais pu réaliser ce film sans eux. C’est, j’imagine, l’expérience que beaucoup de réalisateurs ont connu lors de leurs premiers projets. C’est un chemin certes très compliqué mais tout aussi passionnant.

 

Pourquoi avoir inscrit ton film au FIFO, comment connaissais-tu l'événement ?

Après avoir fini le film, j’ai là encore découvert le monde de la distribution. Pour moi, il était essentiel que le film soit surtout vu dans le Pacifique et j’avais beaucoup entendu parler du FIFO par le biais d’une amie calédonienne qui m’a poussé à l’envoyer au comité de sélection. Le FIFO ainsi que le Festival des Droits de l’Homme de Papouasie, entre autres, faisaient partis des endroits les plus importants où envoyer le film dans le Pacifique. J’étais absolument ravi lorsque j’ai appris qu’il était sélectionné, d’autant plus en compétition !

 

Qu’est-ce que cela t'a apporté de remporter un prix spécial du Jury ?

C’était d’abord une surprise extraordinaire car il y avait quantité de productions avec de beaux sujets et des budgets incomparables. J’étais surtout ravi que le film puisse être vu dans le Pacifique car ce qui était important, c’était que les voix des personnes présentes dans le film puissent être entendues dans le Pacifique. D’ailleurs, je dois remercier le FIFO car la sélection et le prix ont ensuite permis au film d’être diffusé en France et en Outre-mer sur les réseaux France Télévisions. Au festival, je ne savais pas comment le public allais réagir et j’aurais adoré pouvoir échanger avec lui. Il y avait aussi un jury impressionnant avec Yves Jeanneau, Julia Overton et puis Joe Berlinger, qui est pour moi l’un des plus grands réalisateurs aujourd’hui. Son film « Crude » reste une référence dans le monde du documentaire. Savoir que Joe Berlinger allait « juger » mon film, c’est un peu comme si un jeune réalisateur de fiction savait que Spielberg allait passer une soirée avec son travail. J’étais plus que surpris mais ravi que ce prix FIFO puisse permettre à l’histoire racontée dans le film de voyager.

 

Peux-tu nous parler du « week-end » FIFO au Museum d’Histoire Naturelle National de Paris ? Comment ton film a-t il été perçu par le public français ?

C’était un très beau moment car je n’avais pas pu voyager à Papeete pour le festival, et je ne peux donc pas vraiment juger par rapport au public de Papeete. Il y avait une table ronde très intéressante où j’ai pu rencontrer d’autres gens passionnés par le Pacifique. Je me souviens d’interventions fortes dans la salle, notamment d’un autre cinéaste français, Damien Faure, qui a réalisé des films remarquables sur la tragédie qui se passe à l’heure actuelle en Papouasie Occidentale. Je n’avais pas pu mesurer à quel point mon film avait pu toucher certaines personnes en Polynésie. J’en garde un très bon souvenir car j’ai vu dans certaines personnes l’espoir de pouvoir naître en eux une certaine révolte qui provoque des débats autour de ces enjeux. Car demain, on sait qu’avec le réchauffement climatique, les stocks de thons vont se déplacer vers l’est…vers la Polynésie. Les problèmes auxquels sont confrontés les communautés papoues aujourd’hui peuvent aussi devenir de vraies problématiques pour d’autres peuples du pacifique dans un futur très proche. Et il est primordial d’en parler.

 

As-tu de nouveaux projets de documentaires ?

Oui, je travaille sur plusieurs projets à divers stades de développement. Je suis retourné pendant plusieurs semaines en Papouasie afin de continuer à enquêter sur le monde de la pêche industrielle, l’accaparement des terres et les évictions forcées, d’autant plus que l’acquisition de terrain pour le projet pourrait être encore plus grande que ce qui était évoqué dans « Canning Paradise » (on parle de 20 000 hectares). Ce projet devrait prendre une forme multimédia. J’ai également réalisé un court-métrage documentaire dans les hautes terres papoues. Enfin, je prépare un nouveau long-métrage sur le Pacifique et nous sommes actuellement à la recherche de financement pour faire avancer tous ces projets.

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Dernier appel pour les productions océaniennes.

Les inscriptions pour le FIFO 2014 seront bientôt closes. Il ne reste que quelques jours aux réalisateurs et producteurs intéressés pour inscrire leurs films, documentaires ou courts-métrages, traitant de l’Océanie.

Si votre film traite d’une thématique océanienne (sociale, économique, historique, environementale etc.) qu’il a été produit à partir de janvier 2010, inscrivez-vous en vous rendant sur notre site : www.fifo-tahiti.com. Les documentaires de 15 à 90 minutes doivent impérativement être inscrits avant le 15 octobre.

Plus d'infos sur le site du FIFO : http://www.fifo-tahiti.com/2013/10/dernier-appel-pour-les-productions-oceaniennes/
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