Tubuai : Tuhaapae, lien vital

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Tuhaapae
©Heidi Yieng Kow

Dans la vie des îles, il est un événement qui a une importance certaine : l’arrivée de la goélette de ravitaillement. Pour Tubuai, c’est aussi le moyen principal qu’ont les agriculteurs, d’acheminer leurs récoltes vers Tahiti.

Le Tuhaapae tient le rôle de connexion vitale pour l'archipel des Australes. Pour assister à l'entrée du bateau dans le lagon de Tubuai, il faut souvent se lever tôt, et se rendre à la plage Tavana. Une belle petite plage de sable blanc et rose, qui se trouve juste devant la passe "Te Ara Moana", la plus grande qui est située au nord de l’île.

Au petit matin, la goélette peut soit attendre les premiers rayons du soleil pour entrer, soit descendre une baleinière ou une barge pour l’aider à naviguer notamment quand la marée est basse. Le spectacle est magique : si le Tuhaapae IV est un gros bateau, il se glisse sans encombre grâce au savoir des hommes qui le dirigent dans les fonds marins du lagon. Une fois entré, le Tuhaapae doit naviguer quelques minutes pour se rendre au quai de Mataura, le chef-lieu de l’île et capitale administrative des Australes. Il faut une demi-heure au bateau pour accoster et s’amarrer.

Sans perdre de temps, les matelots procèdent au déchargement des marchandises. Denrées alimentaires, agrégats ou matériaux de constructions, voitures et engins agricoles, il y’a de tout dans les cales profondes de ce cargo-mixte de la Société de Navigation des Australes Tuhaa Pae. En ce mercredi matin, le bateau arrive de Rapa-Iti, l’île la plus méridionale de la Polynésie française. Après son escale à Tubuai, il repartira directement pour Tahiti. Un trajet sans escale pour que les produits frais arrivent le lendemain sur Tahiti. Et, la population de Tubuai le sait, elle est donc préparée...

Tuhaapae
©Heidi Yieng Kow

 

En face du quai, de l’autre côté de la route de ceinture, les hangars qui abritent les chambres froides gérées par la coopérative Tuhaa Pae Frais. Maima Hauata est responsable des lieux, elle veille au bon déroulement de la pesée et de la mise en containers des glacières, sacs et autres bacs que les producteurs ont confiés à la coopérative pour la mise au frais. "C’est un balai continu de véhicules, de personnes mais aussi de couleurs et de senteurs, surtout en ce moment avec les litchis" confie-t’elle tout en gardant un œil sur le chargement qui se déroule à l’entrée des hangars. 

En effet, en ce mois de décembre, les cartons de litchis envahissent les bennes de pickup et les abords des hangars et du quai. Certaines familles finissent d’ailleurs de peser et de répartir les fruits rouges dans les cartons à destination de la clientèle de Tahiti. Devant l’unique guichet de l'île, la file d’attente est déjà longue. "On peut attendre trois voire quatre heure, quelques fois… Pas le choix, c’est comme ça !", explique une mamie tout sourire. La trentaine de personnes qui patiente stoïquement a l’habitude : il n’y a pas qu’aux Marquises qu’il n’est pas de mise de gémir.

’ici, vous savez, tout pousse, ça veut dire ça Tupua’i, là où tout pousse !"

Mamie Naua

 

Pendant ce temps, à quelques centaines de mètre de là, à l’ombre d’un aito, Naua, une dame de plus de 70 ans assise sur une caisse en plastique vide. Elle attend. Près d’elle, trois énormes sacs de citrons, des cartons de litchis et des caisses de tomates et de patates douces. "Sans le Tuhaapae, la vie ne serait pas la même ici dans nos îles. C’est notre seul moyen d’expédier nos produits agricoles vers Tahiti vous savez ?", interroge-t'elle, le sourire en coin malgré un visage marqué par le travail dans les champs. "Je me souviens avant quand on devait aller vers Tahiti, c’était toute une histoire. Et, on ne pouvait pas expédier beaucoup de choses. Ce grand bateau est moderne. On peut gagner un peu mieux notre vie parce qu’on envoie plus de choses. Parce qu’ici, vous savez, tout pousse, ça veut dire ça Tupua’i, là où tout pousse !". 

Sur le quai, les chariots élévateurs ont entamé le chargement des containers pleins. Le bateau peut convoyer jusqu’à 800 tonnes de marchandises. Sur le quai toujours, on retrouve Tubuai bois, la seule scierie de l’île. Elle a aussi déposé son chargement du jour, d'énormes poutres pour un client à Tahiti. Quelques fois, il y’a aussi de "big bag" avec le chargement des agrégats produits sur place à Mahu. Mais comme d’habitude à Tubuai, ce sont les produits de la terre qui sont les plus importants. "Après les carottes, ce sont les litchis puis les pastèques puis les choux et les pommes de terres, et les autres tubercules ! C’est souvent de Tubuai que nous repartons le plus chargé" admet Ken Tetaronia, le capitaine du Tuhaapae IV qui, protégé du soleil de plomb par son casque de chantier, surveille le chargement de son navire.

Tuhaapae
©Heidi Yieng Kow

 

Les aller-retour des chariots et des containers continuent, jusqu’à ce que tout le chargement soit effectué. Il est presque 14h. Le guichet voit enfin le dernier client. Un dernier pick-up arrive pour décharger trois gros sacs de maniocs. Le Tuhaapae largue les amarres juste avant 15h. La barge, qui l’aide à appareiller sans encombre, sera la dernière à être chargée à bord. Avec la marée haute de fin de journée, le Tuhaapae passe lentement devant un groupe de jeunes masqués debout sur leurs nouveaux vélos électriques devant la mairie de Mataura. Encore quelques dizaine de minutes et il rejoint la haute mer. Cap vers le nord ! Cap sur Tahiti. Il sera de retour dans le lagon de Tubuai la semaine prochaine.

 

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