Emmanuel Kasarhérou : "Le FIFO permet une vision d’aujourd’hui avec une expression océanienne"

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Emmanuel Kasarhérou
Emmanuel Kasarhérou est le président du jury du 19e FIFO. ©SULIANE FAVENNEC
Il n’en est pas à son premier FIFO, loin de là… Emmanuel Kasarhérou participe à son quatrième festival dont trois fois en tant que membre du jury. Cette année, le président du musée du Quai Branly endosse le rôle de président du jury. Rencontre.

Vous êtes le premier président du jury océanien depuis 2014, comment abordez-vous ce rôle ?

Avec beaucoup d’humilité. Être président du jury est une responsabilité et en même temps on se sent tellement bien dans le FIFO qu’on a l’impression d’être à la maison. Je constate aussi qu’une très grande majorité du jury sont des océanien(ne)s avec des parcours très différents. Ce qui m’intéresse est de voir comment on va fonctionner avec le jury. Ces moments de mise en commun tressent progressivement quelque chose de commun à des gens qui ont des vies, des perceptions et des histoires très variées. Ce sont ces moments de rencontre qui sont importants car on confronte. On verra ce que cela donne sur les ressentis.

C’est un jury 100% océanien mais il est aussi composé en majorité de femmes…

Je vais me retrouver en minorité (rires) mais je trouve cela intéressant. J’essaye de ne pas avoir d’à priori, ce qui m’intéresse justement c’est d’avoir des gens avec des sensibilités différentes. On verra si le fait que ce soit en majorité des femmes ça va tirer plutôt vers certains types de films, de thématiques, de manière d’aborder les choses… C’est assez stimulant, finalement.

L’année dernière le FIFO s’était fait uniquement sur numérique, cette année il est hybride…

C’est très fort de la part de l’organisation de maintenir contre vents et marées le festival, mais aussi de savoir innover en utilisant les nouvelles technologies pour exister de manière différente. Je salue le tour de force des équipes d’avoir réussi malgré tout à organiser le festival, chapeau bas ! Ce que je trouve aussi très bien finalement avec le covid est que le FIFO est devenu en grand partie délocalisé. Ce qui permet à plus de gens en Nouvelle-Calédonie, par exemple, de profiter de cet événement qui n’existe pas là-bas. Et donc d’avoir accès, aussi, à cette richesse de production océanienne. C’est une dimension nouvelle qui est vraiment importante.

Le lien entre le quai Branly et le FIFO n’est pas nouveau. Stéphane Martin, l’ancien président du Quai Branly, a lui aussi été président du jury. C’est votre tour maintenant. Ce lien se perpétue ?

Oui, car le quai Branly c’est quatre continents dont l’Océanie. Le FIFO permet une vision d’aujourd’hui avec une expression océanienne. C’est important pour le quai Branly à la fois d’être présent dans le jury, et c’est une grande responsabilité, mais aussi d’être invité car cela permet d’avoir toujours un œil sur la région et de nourrir cette relation forte. Le Quai Branly accueille le FIFO hors les murs, pour un public parisien c’est important de voir l’Océanie autrement que par des gravures du XIXe siècle ou des objets anciens. Mais aussi de voir que c’est une humanité qui est vivante et qui aborde les problématiques avec une forme de singularité qui lui est propre.

Qu’est-ce qui va faire qu’un documentaire va particulièrement vous toucher ou vous interpeler ?

Ça peut être le thème, la manière dont il est traité, ça peut aussi être sa forme. C’est un rapport contenant-contenu, la manière de montrer et de dire, la manière de sentir… J’aime aussi quand les choses sont suggérées et pas forcément démontrer, quand on arrive à faire en sorte que les conclusions se tirent par le regardeur et qu’on n’a pas besoin de l’exprimer, je trouve cela encore plus fort. Mais je suis assez éclectique et curieux de choses diverses comme des films moins techniquement aboutis où il y a une expression, un message, quelque chose de fort qui est dit. La force du FIFO est aussi de pouvoir mettre ensemble à la fois des films qui proviennent de grandes régions comme l’Australie, la Nouvelle-Zélande ou Hawaï, avec des structures de productions et de la formation, avec des productions plus modestes d’îles qui n’ont pas accès à toute cette infrastructure mais qui racontent quelque chose et disent quelque chose de fort.