Est-il devenu risqué d’informer ?

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Est-il devenu risqué d’informer ?
©Shutterbug75/pixabay
Les médias polynésiens publient une tribune commune.

Il ne se passe plus un jour sans que des journalistes ne reçoivent des menaces. Ils seraient les complices des politiques, de Bill Gates, voire du Diable. Et dans ce monde fantasmé, certains fouillent la vie personnelle des journalistes et les menacent, sur Internet, et physiquement.

Depuis le début de l’épidémie, et plus encore depuis l’hécatombe qui frappe la Polynésie, la violence ne se cache plus dans les commentaires sur Facebook, et même dans le monde réel.

Le principal reproche adressé aux journalistes ? Ils transmettraient de fausses informations, en particulier sur l’épidémie. Pour le “prouver”, certains internautes nous inondent de liens complotistes ou de déclarations de médecins très isolés, mais qui ont un fort retentissement sur les réseaux sociaux.

Mais notre travail, ce n’est pas cela. C’est relayer des informations vérifiées, scientifiquement étayées. Oui, parfois la science doute. Parfois elle se trompe, et se corrige, au contraire de certains internautes pétris de certitudes.

Et aujourd’hui, que cela leur plaise ou non, le consensus scientifique plaide en faveur du vaccin. Ceci n’est pas une opinion, ni une posture politique. C’est la position des meilleurs chercheurs mondiaux. Et lorsque nous interrogeons la directrice de l’hôpital, la médecin-chef de la réanimation, la médecin-chef de l’accueil des urgences, le médecin-chef du SAMU ou l’épidémiologiste Henri-Pierre Mallet, qui tous disent la même chose, nous n’exprimons pas notre opinion. Nous relayons ces informations médicales.

Il est donc inacceptable qu’une internaute fouille dans le profil privé d’une journaliste pour la décrédibiliser. Inacceptable d’apostropher des journalistes en leur criant qu’ils « paieront pour leurs crimes ». Inacceptable qu’un journaliste soit menacé de mort, ou qu’une lectrice mécontente souhaite à un rédacteur en chef de mourir du Covid. Inacceptable aussi d’être traité de « journalopes », de « merdias » à longueur de journée, parce que l’information donnée ne va pas dans le sens souhaité par le lecteur, l’auditeur ou le téléspectateur.

C’est une question de respect, mais pas seulement. Lorsque les journalistes sont menacés, l’information l’est aussi. Au risque de laisser la place aux rumeurs et aux fake news, qui pullulent sur Internet, et sont en partie responsable du drame sanitaire que nous vivons tous. Les injures ainsi que les menaces sont punies par la loi, et les plus graves seront poursuivies en justice. Notre priorité est d’informer la population, notre volonté est de sortir tous ensemble de cette crise.