Procès Sarah Nui 2 : l'homme de confiance présumé d'Alfonsi à la barre

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©Polynésie la 1ère
2e jour de procès dans l’affaire dite Sarah Nui 2. Ce 29 septembre, les proches de Tamatoa Alfonsi ont été entendus à la barre. Les débats mettent en avant les quantités importantes de drogue et la violence lorsqu’une transaction se passe mal.
Gilles Morat s’exprime en premier à la barre, ce mardi. Longiligne et posé, il est surtout un consommateur d’ice soupçonné d’être un important revendeur pour Tamatoa Alfonsi et son homme de confiance sur Tahiti. A la demande de Tamatoa Alfonsi, il raconte comment il a tenté de récupérer une dette de stupéfiants de 6 millions de Fcp auprès de Nikis Calmajis.

Une conversation houleuse entre les deux hommes, que Gilles Morat avait enregistrée pour en rendre compte à Tamatoa Alfonsi, basé au Mexique. "Tama m’avait dit que Calmajis l’avait e... de 6 millions Fcp. Je devais m’en occuper et récupérer un million dessus," raconte celui qui se décrit comme un partenaire fiable et digne de confiance. Déjà condamné dans la Hawaian Connection en 2008, il dit avoir rencontré Tamatoa Alfonsi à cette occasion, "et on est restés amis".
 

Le colis avec numéro de suivi plus fiable que l’avion


Gilles Morat raconte d’abord l’envoi d’un colis depuis Las Vegas contenant 190 g d’ice, 2 grammes de MDMA (une forme d’ecstasy) et du cannabis, intercepté par les douanes néo-zélandaises. "J’avais peur de prendre la drogue sur moi dans l’avion, donc j’ai envoyé un colis Fedex" explique-t-il simplement à la barre. L’ice, qu’il dit avoir acheté 3 000 Fcp le gramme sur le strip auprès d’un transsexuel, aurait été dissimulé dans des salières.
 
Le destinataire présumé, Maretia Hong, lui aurait également adressé des colis depuis Tahiti, pour Huahine, où résidait Gilles Morat. "Des boutures de cannabis pour ma consommation personnelle" explique-t-il à la barre. Le président s’étonne : "Pourquoi ? C’est difficile de trouver du cannabis sur Huahine ? –Huahine, c’est petit. Je n’avais pas envie que ma femme, qui est infirmière, ait des problèmes avec son métier."

Sa compagne, Soria Anouilh, est également poursuivie dans cette affaire. C’est elle, l’expéditrice du colis, mais "elle ignorait ce qu’il y avait dedans" assure Gilles Morat. Elle est aussi soupçonnée d’avoir récupéré une nourrice présumée, Catherine Marcantoni, au milieu de la nuit au Morrison’s alors que celle-ci sortait de garde-à-vue. Soria Anouilh l’aurait alors amenée à Gilles Morat pour "débriefer" cette garde-à-vue, en violation de son contrôle judiciaire qui lui interdisait de rentrer en contact avec les mis en cause.
 

Un taser, une matraque, des gants abritant des couteaux et des munitions


Suite à l’échec de l’envoi de ce colis, Gilles Morat et Tamatoa Alfonsi auraient organisé le voyage de deux mules. Arava Boyer d’abord. Un sac à dos rempli de 10 millions Fcp emballés dans du cellophane, lui aurait été remis à son départ, à Tahiti. Arava Boyer aurait ainsi récupéré 1,2 kg d’ice auprès de Tamatoa Alfonsi au Mexique, dissimulé dans une planche de surf. Placé en détention provisoire dans cette affaire, il doit être entendu par la cour le 5 octobre.

"Une importation réussie" résume Gilles Morat qui aurait remis 200 g à Arava Boyer à son retour à Tahiti dans un hôtel en face de l’aéroport, pour le "rémunérer". Sauf que quelques jours plus tard, Gilles Morat se serait fait voler ce kilo lors d’un deal qui tourne mal. Il raconte alors qu’il aurait poursuivi le voleur en moto, que les deux véhicules se seraient tamponnés plusieurs fois et que lui-même, aurait chuté plusieurs fois sur la chaussée.

Sur le front de mer de Papeete, Gilles Morat aurait sorti une paire de gants abritant des couteaux, "comme Wolverine" ironise le président, et aurait brisé la vitre arrière du véhicule. Ceinturé par des passants, Gilles Morat aurait alors vu son voleur lui échapper. Quelques jours plus tard, une expédition aurait été montée pour récupérer la drogue au domicile du voleur, mais ce dernier n’en aurait restitué que 200 g.

"J’avais merdé, je voulais gérer seul sans faire de blessé" raconte Gilles Morat qui pense se refaire. "Les gens ont peur de moi sur l’île, raconte-t-il. Ils savent que quand je viens, je ne viens pas les mains vides. –c’est-à-dire que vous venez avec des armes ? demande le président. –Oui, mais là, j’avais besoin de rentrer pour me soigner après mes chutes à moto." Les enquêteurs retrouveront un taser, une matraque, les fameux gants abritant des couteaux et des munitions de 9 mm "je n’ai jamais eu d’arme à feu", assure-t-il.
 
Un deuxième voyage aurait alors été organisé pour rembourser Tamatoa Alfonsi. Cette fois, c’est Atea Paofai qui aurait servi de mule. Gilles Morat aurait réuni 14 millions Fcp auprès de Jérémy Tchen (incarcéré dans une autre affaire), Tamanui Fatuma et Arava Boyer poursuivis tous les deux dans cette affaire. Même quantité, même procédé. Mais la mule est arrêtée à son départ de Los Angeles.

Face aux enquêteurs américains, Atea Paofai se serait montré très prolixe : le chauffeur et l’ami "hispaniques" qui devaient le récupérer à l’aéroport de Los Angeles, Alberto "le garde du corps du cartel"... "C’est un copain", répond Tamatoa Alfonsi depuis le box des accusés. Pourtant, lors de ses premières auditions, Tamatoa Alfonsi conteste avoir vu Atea Paofai. "Pourquoi avez-vous nié le connaître ? demande le président. –J’avais peur" répond-il. "Peur de quoi ? parce qu’il avait raconté tout ce qui se passe au Mexique ?" Tamatoa Alfonsi hausse les épaules. Aucun des prévenus présents ne sait ce qu’est aujourd’hui devenu Atea Paofai depuis son incarcération aux Etats-Unis.
 

"La violence n’est pas l’objet du débat"


Une autre expédition aurait été montée avec le taser et la matraque pour "impressionner" le surnommé "Torino". "Il était venu emmerder Raiani Nena chez elle, raconte Gilles Morat. Sa mère et sa fille avaient eu peur. […] Au final, ça s’est bien passé, on a même sympathisé et je lui ai donné 1 g à travailler, mais il m’a e... car Tamatoa Alfonsi lui devait des sous." "La violence n’est pas l’objet du débat aujourd’hui, rappelle Me Laurent Curt, son avocat, à la sortie de l’audience. Nous sommes ici sur des problèmes de détention, importation et vente de stupéfiants, mais pas de violence. C’est la première chose que j’écarterais lorsqu’on me donnera la parole."
 
Tamatoa Alfonsi aurait organisé le voyage d’une troisième mule, cette fois, au départ de l’Espagne "plus discret qu’une mule polynésienne ou mexicaine". Elle devait effectuer un vol Madrid-Los Angeles-Tijuana-Los Angeles-Tahiti, "mais elle avait trop peur, ça se voyait" explique Tamatoa Alfonsi à la barre. Elle est arrêtée à son arrivée à Tahiti et condamnée à 2 ans de prison.
 

Le rôle de Maitai Danielson


Difficile de cerner le rôle exact de Maitai Danielson, surnommé "Dooggy". L’ancien rameur de Huahine nie toujours toute implication dans ce trafic présumé. Bénéficiant de la nationalité franco-américaine, il était installé à San Diego. "Il faisait tout le temps la fête au Mexique avec Tamatoa" raconte Gilles Morat. "J’ai entendu dire qu’ils s’étaient pris la tête en 2018, l’un avait entubé l’autre dans une histoire de deal."

A la question de savoir qui de Tamatoa Alfonsi ou de Maitai Danielson aurait pu nouer des liens avec les cartels mexicains, Gilles Morat répond : "Si cela devait être l’un des deux, je penche plus pour Dooggy, car il avait la double-nationalité, habitait San Diego et faisait la fête au Mexique. Tamatoa ne connaissait personne à  la base".Et puis, il y a un nouveau numéro de colis retrouvé sur Maitai Danielson au moment de son interpellation au Mexique : un colis contenant 800 g d’ice dissimulés dans des savons et intercepté par les douanes australiennes. "J’ai noté un numéro de colis sans savoir ce que c’était et pris ce bout de papier dans mon porte-feuille à la demande de Tamatoa" se défend Maitai Danielson.
 
Tamatoa Alfonsi et Maitai Danielson devraient être longuement entendus à la barre, la semaine prochaine. Au total, 25 prévenus sont soupçonnés d’avoir participé, à des degrés divers, à l’importation et l’écoulement de 40 kg d’ice au total, en Polynésie. Ce qui en fait à ce jour, le plus important trafic démantelé. Le premier volet qui concernait le marché local, avait été jugé en octobre 2019 et avait vu la condamnation de 14 personnes.
 
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