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Rencontre avec Wallès Kotra et Heremoana Maamaatuaiahutapu, les pères du FIFO

Ils sont à l’origine du FIFO, les pères fondateurs de cet événement désormais incontournable dans le paysage océanien.

  • FIFO - Suliane Favennec
  • Publié le
Hier acteurs de la manifestation, aujourd’hui, les deux hommes confient les rênes aux plus jeunes. Pour le FIFO, ils ont bien voulu se confier sur ces seize années de festival et donner leur vision de l’avenir… Rencontre.

Quel regard portez-vous sur ces 16 années du FIFO ?

Wallès Kotra : Dans nos îles du Pacifique, qu’une manifestation perdure 16 ans après sa création, cela veut dire que nous avons réussi à créer et garder des partenariats, à travailler avec des équipes, à répondre aux besoins de la population qui est de plus en plus présente. Quant à l’aspect contenu, on sent qu’au fil des ans il s’est amélioré. On voit aussi que le FIFO a réussi à créer un écosystème : autour de nous, il y a des débats, des rencontres, des médias… Tout cela, c’est la vitalité du FIFO. J’ai, donc, une grande satisfaction.

Heremoana Maamaatuaiahutapu : Le fait d’avoir créé un festival où les gens découvrent à nouveau leur histoire, parfois plus proche qu’on ne le pense, cela a permis de démocratiser pleins de sujets. On le voit avec la question du nucléaire ou de Pouvanaa a Oopa. La manifestation, aujourd’hui, est installée et ancrée dans la vie des Polynésiens, elle fait partie du calendrier culturel. Le festival n’est plus une surprise, on sait qu’il aura lieu en février. Mais il faut mieux se faire connaître à l’international.

Après 16 ans de FIFO, quels sont justement les enjeux pour demain ?

Wallès Kotra : Il faut tenir à la fois les fondamentaux, c’est-à-dire la visibilité de l’Océanie, et en même temps être attentif au paysage qui est en train de bouger. On doit maintenir la légitimité et la force de parole tout en étant sensible à ce qui bouge. Même si, ce qui nous importe, ce n’est pas tant le visage visuel car on peut s’adapter, mais le contenu.

Heremoana Maamaatuaiahutapu : Aujourd’hui, notre position à Wallès et moi a évolué. Avant, nous étions au cœur de l’action, on impulsait les choses, on réfléchissait à nos choix pour l’avenir de la manifestation. Désormais, on est en retrait mais on ne va pas mourir avec le festival. Il doit nous survivre et pour cela on doit accepter de lâcher le bébé et préparer les choses avec la relève. Le festival a 16 ans, il est un adolescent qui doit aussi s’émanciper et trouver sa voix. On laisse la jeune équipe gérer l’événement et son avenir.

Comment le FIFO va-t-il pouvoir évoluer dans le numérique incontournable aujourd’hui ?

Wallès Kotra : Le FIFO accueille une réflexion autour de cela. Les acteurs du numérique se rencontrent pour savoir comment porter le message à l’intérieur et comment exister. La difficulté mais aussi l’avantage du numérique est que cela évolue très vite : aujourd’hui on ne sait pas ce que sera demain. Alors, les gens doivent continuer à se rencontrer pour partager leur expérience et porter le message : celui de l’importance du contenu qu’on transporte et ce qu’on porte comme contenu. Si on ne le fait pas, personne ne le fera à notre place.

Heremoana Maamaatuaiahutapu : La question du numérique est présente dans nos discussions depuis des années. A une époque, nous avons créé les rencontres du numérique pour davantage réfléchir sur les avancées et les dangers du numérique. Aujourd’hui, nous avons des connexions entre nous grâce au câble, on a les tuyaux mais il faut réfléchir au contenu et à l’échange du contenu. Plus que jamais. Car soit on se positionne à l’extérieur comme consommateur soit on essaye d’exister, de mettre en place et partager des choses. On ne doit pas subir, on a un outil aujourd’hui mais on doit l’utiliser à bon escient.

Certaines îles du Pacifique sont peu représentées encore au FIFO, comment faire pour les attirer au sein du festival ?

Wallès Kotra : Il y a deux choses. D’abord, on essaye d’intéresser les acteurs à ces pays. Les producteurs et diffuseurs peuvent raconter les histoires de ces pays. La seconde chose est que certaines îles ne sont pas visibles car il n’y a pas d’économie pour produire du documentaire. Donc, la question est de savoir comment on aide ces pays à se doter de moyens pour qu’ils produisent leur propre regard sur eux-mêmes. Car, l’intérêt du FIFO est qu’il faut parler de nous mais peut-on apporter notre regard sur nous-même ? Au fil des ans, on s’est rendu compte que c’est très difficile quand on n’a pas les moyens. En Nouvelle-Calédonie et en Polynésie française, on a pu créer des fonds d’aide à la production audiovisuelle. Mais dans ces petits pays, il n’y a pas de structure alors on tourne en rond. On a bien essayé avec la communauté des pays du Pacifique de créer un fond pour ces pays mais on n’a pas réussi car ils ont d’autres enjeux de développement économique ou de santé, mais il ne faut pas baisser les bras. Les enjeux d’identité et de culture sont aussi des enjeux de santé, mais pour l’instant, on prêche un peu dans le vide. Néanmoins, on reste attentif à cela. Car, n’oublions pas, c’est parfois dans l’infiniment petit qu’on trouve des choses essentielles.

Heremoana Maamaatuaiahutapu : La question des fonds de soutien se pose, en effet, pour ces petits pays du Pacifique qui ne sont justement pas soutenus. Le fonds de soutien qu’on a tenté de créer au niveau régional n’a pas fonctionné. C’était très ambitieux mais nous n’avons pas réussi à trouver la bonne formule, on a été confronté à une certaine réalité du terrain. En revanche, sur les jeux du Pacifique ou le festival des Arts, on a réussi à monter des Pool de télévisions pour que ces événement soient visibles partout. C’est une avancée notable grâce au FIFO.

Est-ce que la mission du FIFO, notamment de montrer l’Océanie ailleurs, a été remplie ?

Wallès Kotra : Oui mais le chemin est long encore. Dans 20 et 30 ans, d’autres générations porteront ce flambeau. Avec Heremoana, on a l’impression d’avoir essayé de faire avancer les choses. Nos enfants et arrières petits-enfants continueront le combat. On se dit que pour ce qui est de notre temps, on a essayé de faire ce qu’on a pu. Ce qui est important est que les acteurs continuent de se rencontrer pour s’entraider. Le FIFO a permis d’impulser cette dynamique, il faut poursuivre. 

Heremoana Maamaatuaiahutapu : Je pense que cette mission a été remplie. La première mission était qu’on se voit et qu’on partage entre nous. La première étape est que le FIFO voyage dans nos îles, et c’est réussi. Ensuite, c’était de le faire voyager plus largement dans le Pacifique, c’est le cas même si c’est moins régulier. La troisième étape est bien sûr d’aller plus loin comme en Australie, en Europe, etc.

Comment faire mieux ?

Wallès Kotra : Il y a une chose qu’il ne faut pas minimiser : c’est ce que le FIFO fait entre deux FIFO. Ici, en Polynésie, on attend que le prochain centre culturel soit fait car on n’a plus de places pour accueillir le public. Le FIFO aujourd’hui a une image positive, il est porté par la population polynésienne, on doit le maintenir. Ensuite, entre deux FIFO, il y a plus de 400 représentations de films du festival, c’est énorme ! Les paroles de l’Océanie portées par le FIFO circulent un peu partout. On doit continuer à être attentif à cela et aller à la rencontre des gens. Car finalement, le FIFO c’est beaucoup plus qu’un festival de documentaire.

Heremoana Maamaatuaiahutapu : Tous les ans, on se pose cette question. Après chaque début du FIFO, pendant que tout le monde est dans les salles ou en atelier, nous on en profite pour réfléchir au prochain. Qu’est-ce qu’on peut améliorer ? Qu’est-ce qu’on arrête ? Est qu’on reste dans la continuité ou on change tout ? Je pense qu’il y a un danger à tout vouloir changer brutalement car nous avons un public qui est habitué. Un public qui ne se lasse pas car, cette année, rien qu’avec les scolaires on a explosé les chiffres. Le FIFO doit évoluer au fur et à mesure. A la nouvelle équipe de nous dire comment ils voient les choses et réfléchir à la suite.

 

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