Assises : le bébé a subi de nombreuses maltraitances

faits divers tahiti
Assises ils tuent leur bébé
©polynésie.la1ère
2 ème jour de procès aux assises pour juger des parents accusés de maltraitances sur leur bébé de 1 an, ayant entraîné son décès en 2015. Une audience très importante aujourd’hui, avec les différents rapports d’autopsie.

 
Une audience difficile, mais nécessaire pour comprendre les causes du décès. Et les deux experts sont formels : le bébé a été violemment secoué. L’équivalent d’un véhicule qui rentre dans un mur ou d’une chute de plusieurs étages.
Le petit garçon est décédé « d’un hématome sous-dural aigu et d’un œdème pulmonaire massif, 12 heures maximum avant l’intervention des secours », conclut le professeur Caroline Rambaud, Anatomo-cyto-pathologiste pédiatrique et médecin légiste à Garches (France).
 

Un secouement violent


Les veines-ponts qui amènent le sang au cerveau ont été arrachées et l’expert constate de petites hémorragies dans les yeux « caractéristiques d’un secouement violent de la part d’un adulte, d’avant en arrière » et le cerveau de l’enfant qui cogne dans la boîte crânienne », le syndrome du bébé secoué. 

Dans le box des accusés, les parents expliquent que leur enfant a pris « involontairement » des coups lors d’épisodes de violences conjugales. « Impossible » répondent catégoriquement les deux experts. Des coups de poings ou même une chute des bras entraînent, au pire, une fracture du crâne, mais pas d’hématome sous-dural.  L’enfant a « beaucoup souffert », conclu le professeur Rambaud.
 

Deux fractures peu expliquées et un retard de croissance


Les experts notent aussi des hématomes, deux fractures ressoudées, une morsure de langue, un autre hématome sous-dural plus ancien d’au moins une semaine, ce qui signifie plusieurs épisodes violents.
Le nourrisson a une première fracture à 2 mois à la jambe. Selon les parents, il est « tombé de sa poussette alors qu’il n’était pas attaché. » « Peu compatible » répondent les experts au vu de la faible hauteur d’une poussette, du peu de mouvement d’un bébé de 2 mois et de la fracture au milieu d’un des os les plus solides du corps humain. L’enfant a bénéficié d’une chirurgie par traction ce qui démontre « une fracture importante ».
Autre fracture ressoudée décelée cette fois lors de l’autopsie, au bras gauche. A la barre, les parents expliquent qu’ils ont tiré le bébé lors d’une dispute. Mais pour les experts, là encore, c’est « peu probable ». Cette fracture équivaudrait à une ITT supérieure à 8 jours et, comme la précédente, est « évocatrice de mauvais traitement ». Et le Dr Hoang-Oppermann, légiste, s’étonne :

personne, ni la famille, ni le médecin du CPI n’a remarqué un enfant qui souffre et est impotent d’un bras pendant plusieurs semaines. 


Des fractures, sans suivi ni questionnement. Et des douleurs qui auraient pu expliquer ses pleurs incessants.
 

Un signalement sans suite


A partir de ses 5 mois, l’enfant présente un retard de croissance et des acquisitions. Il y a des manquements dans son suivi médical et vaccinal. L’expert légiste explique à la barre que :

ne pas s’occuper des cycles de sommeil de l’enfant, de son alimentation et de son suivi médical sont déjà des négligences lourdes.


Le médecin du Centre de Protection Infantile effectue pourtant le seul signalement au cours de l’année de vie de l’enfant, en août 2014, pour des suspicions de maltraitance (une fracture dont les circonstances exactes « restent floues »), défaut de santé et d’hygiène. Par la suite, les services sociaux effectuent deux visites à domicile. Leur rapport est rendu post-portem, selon eux « décédé de mort subite ». Ils écrivent « attitudes et déficiences éducatives repérées. Enfant souvent délaissé ». 
La mère leur explique qu’elle n’a pas l’argent pour se transporter aux visites médicales obligatoires.
Par la suite, le même médecin du Centre de Protection Infantile écrit cette fois « bonne prise en charge globale, bonne relation mère-enfant ».
L’enfant décède quelques mois plus tard.

Regardez ce reportage de Lucile Guichet-Tirao et Mirko Vanfau :
©polynesie
Les Outre-mer en continu
Accéder au live