Affaire Boiron-Barbion : un réquisitoire semblable aux peines prononcées en première instance

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Thierry Barbion arrive au tribunal avec l'un de ses avocats, Me Arcus Ussang. Marc Ramel (à droite du banc) comparaît libre également. ©LUCILE GUICHET-TIRAO/POLYNESIE LA 1ère
La procureure a requis des peines de prison allant de 4 à 7 ans de prison ferme, ce vendredi 24 janvier, dans l'affaire dite "Boiron-Barbion". Des peines similaires à celles prononcées en première instance, à l'encontre de Sabine Boiron, Marc Ramel et Thierry Barbion.
Dernier jour du procès en appel de l’affaire dite « Boiron-Barbion », ce vendredi 24 janvier. La procureure a requis des peines similaires à celles prononcées en première instance : 4 ans de prison ferme avec mandat de dépôt à l'encontre de Thierry Barbion et Marc Ramel. 7 ans de prison avec maintien en détention à l'encontre de Sabine Boiron.
L’ancien gérant de bar, Marc Ramel, poursuivi pour atteintes sexuelles sur mineur de moins de 15 ans et cession de stupéfiants (cannabis), pourrait aussi écoper d'une amende de 3,5 millions de Fcp et d'une interdiction d'exercer une activité professionnelle en lien avec des mineurs et l'exploitation d'un établissement de nuit pendant 10 ans.
L’homme d’affaires Thierry Barbion, poursuivi pour corruption de mineurs et recours à la prostitution de mineurs, pourrait également écoper d'une amende de 6 millions de Fcp.
L’ex-institutrice Sabine Boiron, poursuivie pour proxénétisme aggravé et cession de stupéfiants (ice), pourrait également écoper d'une amende de 2 millions de Fcp.

La procureure a, en outre, demandé l'inscription des trois mis en cause au FIJAIS, le Fichier Judiciaire Automatisé des Auteurs d'infractions sexuelles ou violentes informatisé.

"Il est très affecté par un réquisitoire aussi sévère, explique Me Gilles Jourdainne, l'avocat de Marc Ramel, à la sortie de l'audience. Avec l'idée de devoir, potentiellement, être incarcéré à la suite de ce procès. Ce n'est pas justifié, tant sur le plan factuel que juridique."
 

Derniers témoignages tendus

La matinée a été tendue avec les témoignages de deux jeunes filles, parties civiles, donnant lieu à des échanges verbaux parfois cinglants. Toutes les deux étaient en fugue au moment des faits : "On vivait de rien, on nous hébergeait, on voulait faire la fête, mais on n'avait pas à faire ça..."

"Je pensais qu'on allait boire encore chez lui, mais ils ont fait leur partouze. J'ai été dégoûtée et choquée." - Une des jeunes filles

L'une d'elles, 17 ans au moment des faits, raconte comment elle a assisté, malgré elle, aux parties fines organisées chez Thierry Barbion : "Je pensais qu'on allait boire encore chez lui, mais ils ont fait leur partouze. J'ai été dégoûtée et choquée." Tout en précisant "ne pas avoir été forcée". Elle raconte aussi comment Sabine Boiron l'a "initiée" à l'ice, en la faisant fumer pour la première fois "dans les toilettes, chez un ami".

L'autre avait 13 ans au moment des faits, c'est la plus jeune. Elle explique avoir été consentante pour sa relation avec l'ancien gérant du bar Ute Ute, "j'étais amoureuse, je ne demande pas de dommages et intérêts." Mais la procureure rétorque : "Le Code Pénal ne reconnaît pas les sentiments lorsqu'une jeune fille de 13 ans a des relations sexuelles avec un homme de 43 ans."
Elle aussi a été initiée à l'ice par Sabine Boiron : "on ne dormait pas, on buvait tout ce qu'on voulait sans vomir." Sabine Boiron, dans le box des accusés nie, la jeune fille s'emporte et pleure de colère : "Moi, ça me fatigue. Pourquoi on chipote sur des détails ? Qu'elle assume ! Moi, elle ne m'a rien fait. Mais faut voir ce qu'elle a fait à ma copine ! Elle l'a larguée au bord de la route, toute maigre, tous les mecs lui passaient dessus, défoncée. Elle a encore des séquelles ! Tu ne lui a même pas demandé pardon !"
 

La convention entre avocats s'invite dans les débats

Il a été aussi question de la convention passée entre l'avocat des parties civiles, Me Thierry Jacquet, et un des avocats de Thierry Barbion, Me Marie Eftimie-Spitz. "J'ai trouvé bizarre qu'on aie toutes la même somme alors qu'on n'a pas toutes subi les mêmes choses. L'avocat m'a dit que c'était une indemnisation par rapport à tout ce qui s'était passé. Je ne savais même pas que j'avais un avocat," s'étonne l'une d'elles.
Cette convention fait l'objet d'une enquête actuellement pour subornation de témoins. En attendant, les sommes versées par Thierry Barbion sont donc bloquées et les jeunes filles n'ont encore rien perçu.
 

"La rencontre de l'argent et du vice"

En fin de matinée, Thierry Barbion revient à la barre, "pour expliquer cette situation qui a duré quelques mois. J'avais une vie normale avant et après." "J'ai été choqué d'entendre hier Sabine Boiron à propos de sa cousine, Thérèse [Moke, ndlr]. Thérèse ne s'est jamais droguée et n'a jamais eu de partenaires multiples. Elle était suicidaire depuis l'enfance." Sabine Boiron rétorque "Je maintiens mes propos : je comprends aujourd'hui pourquoi ma cousine est comme ça, parce que j'ai vécu la même chose qu'elle."

"On peut avoir des accidents de vie." - Thierry Barbion


Thierry Barbion affirme avoir traversé un moment difficile à cette époque avec les graves problèmes de santé de sa femme et une situation économique compliquée "On peut avoir des accidents de vie. C'était quatre jeudis soirs où je suis sorti...Ca a eu des conséquences dramatiques pour tout le monde, mais ça correspond à un moment de ma vie qui est largement derrière." Les échanges avec Sabine Boiron se tendent et plongent dans le glauque et le sordide... "Je l'ai quittée, car je la trouvais envahissante et malsaine," explique-t-il. Et Sabine Boiron de répondre "Je n'en pouvais plus : j'étais sa marchandise, son esclave sexuelle."

Dans sa plaidoirie, Me Thierry Jacquet, l'avocat des parties civiles, rappelle que c'est ici "la rencontre de l'argent et du vice : des gens qui ont de l'argent pour payer leurs vices et des gens qui vont se servir de leurs vices pour obtenir de l'argent." Il regrette avoir eu l'impression d'être lui-même sur le banc des accusés, suite à la convention passée avec la partie adverse : "Je ne l'ai pas très bien vécu. J'ai prévu 1 million de Fcp chacune car sinon, on m'aurait reproché d'avoir demandé plus pour l'une que pour l'autre."

Dans son réquisitoire, la procureure a rappelé ce qu'est le consentement libre et éclairé : "au regard de l'état de la personne, de son âge et du statut social." Et "une jeune femme a le droit d'être belle, joliment vêtue, même sexy et s'amuser, sans que ce soit une autorisation sexuelle. Dirions-nous la même chose pour des hommes ?"

La Cour d’appel rendra sa décision le 12 mars prochain.