6 ans de prison pour le père qui a poignardé involontairement le petit ami de sa fille

justice polynésie française
Assises
Hubert a été reconnu coupable d'avoir involontairement tué le petit ami de sa fille, en 2016, à Outumaoro. ©Jacques Damour/Polynésie la 1ère
Hubert a été condamné à 6 ans de prison ferme ce 23 février pour avoir involontairement tué Manava, 21 ans, le petit ami de sa fille, en 2016, à Punaauia. Il a demandé pardon à la famille. Mais son argument de la légitime défense n'a pas été retenu par la cour.

Hubert a été condamné à 6 ans de prison ferme ce mercredi 23 février, par les assises de Papeete, après le verdict rendu tard dans la soirée. La cour l'a reconnu coupable d'avoir tué involontairement Manava Tiapari, 21 ans, le 28 décembre 2016, à Outumaoro. La légitime défense, plaidée par son avocat, n'a pas été retenue. Juridiquement, la légitime défense doit être proportionnée. "Ce qui occasionne la mort, c'est ça, a déclaré l'avocat général en brandissant le couteau de 26 cm devant les jurés. Et ça, c'est disproportionné," a-t-il martelé juste avant de requérir 10 ans de prison ferme et en fustigeant "le comportement d'un autre siècle de l'accusé envers ses enfants adultes."

Un accusé diabétique

Les experts psychiatres et psychologues n'ont relevé aucune pathologie ni aucune altération du discernement au moment des faits. L'hypoglycémie, un temps évoquée par la défense, a été balayée : l'accusé a été hospitalisé 2 ans après les faits, pour le remettre dans les mêmes conditions que le soir des faits, soit une prise d'insuline supérieure aux prescriptions médicales et après le dîner. Mais l'accusé, diabétique, avait une glycémie "parfaite" à l'aube. Le psychiatre a toutefois temporisé en précisant que "cela dépend du repas pris, de l'activité et d'une foule d'autres petits facteurs. Les résultats de son hospitalisation ne sont donc pas absolument transposables à la nuit des faits."

L'expert psychologue a noté "un homme attentif à la réussite sociale de ses enfants, quoique possessif." L'accusé interdisait à ses trois enfants d'entretenir une relation sentimentale avant d'avoir un diplôme et un emploi. Sa fille cadette, Heiroti, fréquentait donc secrètement la victime, Manava, depuis 7 ans, jusqu'au matin des faits, où l'accusé les a surpris.

Pour l'avocat de la défense, Me James Lau, il s'agissait tout simplement "d'un père de famille normal", "d'un dossier où on parle d'amour".

 

Le rapport du légiste très attendu

Le médecin légiste a relevé plusieurs traces de coups sur la victime : une fracture du nez, un hématome au thorax et au coude gauche. Mais aucune trace de coup n'a été relevée sur l'accusé. En revanche, c'est bien le seul et unique coup de couteau, dans la cuisse, qui a sectionné l'artère fémorale et entraîné le décès "en moins de 10 minutes, faute de soins rapides". La plaie, longue de 30 centimètres, a sectionné 7 muscles. Pour l'expert, "il faut une résistance pour tenir l'arme et qu'elle pénètre sur 30 à 35 cm alors que la lame n'en fait que 26." La version de l'accusé, maintenant que la victime se serait "empalée" accidentellement sur la lame, vacille. En effet, le coup de pied circulaire de la victime n'a ni fait chuter l'accusé, ni fait tomber le couteau : "il faut donc être solide sur ses jambes et tenir fermement le manche pour sectionner 7 muscles tendus d'un jeune homme sportif" a résumé l'avocat général.

 

La relation du couple mise en accusation par les parties

Toute cette deuxième journée de procès, les débats ont tenté de rejeter la faute tantôt sur la victime, Manava, parfois décrite comme un "homme violent" et "excessif"...tantôt sur sa petite amie, la fille de l'accusé, Heiroti, "menteuse" et "jalouse", selon certains témoins. "Manava se retournerait dans sa tombe !" a plaidé l'avocate de la famille de Manava, Me Esther Revault. Si la famille de Manava avait connaissance de sa relation, ce n'était pas le cas des parents de Heiroti. La cause de leurs disputes, selon la sœur aînée de la victime : "Il m'a montré une égratignure qu'elle lui avait faite au visage et une morsure au bras. Ils se tapaient dessus parce qu'ils n'avaient pas la même liberté. Heiroti ne comprenait pas que Manava puisse sortir avec ses copains. Mais ce n'était pas de sa faute à lui. C'était à cause de son éducation à elle." Après le décès de Manava, Heiroti avait préparé ses affaires pour quitter le domicile familial. Elle est restée trois jours chez une tante de Manava qu'elle ne connaissait pourtant pas, "elle en avait marre" raconte la sœur de la victime. L'avocate de la famille s'interroge donc sur ses revirements et ses accusations de violences. L'avocat général ira même jusqu'à parler "de mensonges et d'accord de la famille sur une version pour sauver le papa."

"C'était son unique amour", résume à la barre la mère de Manava, rappelant que les deux jeunes avaient commencé à se fréquenter dès le collège. A cet instant, l'accusé, visiblement ému, demande pardon à la famille de la victime : "que la paix et l'amour règnent en nous. Tous les jours, je n'oublie pas Manava dans mes prières. Je n'oublierais jamais, jusqu'à ma mort."

L'avocate des parties civiles, Me Esther Revault, a balayé les accusations portées contre la victime : "Monsieur Tchen, Manava n'est pas mort par sa propre faute. Si vous n'aviez pas pris ce couteau, on n'en serait pas là."