La Dépêche de Tahiti expulsée de Fautaua

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©Pol.1
Les derniers occupants des locaux de La Dépêche de Tahiti à Pirae ont été priés de quitter les lieux. Lundi 13 septembre, un huissier est intervenu pour faire appliquer une décision d'expulsion du Tribunal de première instance, exécutoire au 3 septembre 2021.

Depuis 2014, l'immeuble « vétuste » du journal n'est plus assuré et les loyers n'ont pas été réglés depuis 2016. Les derniers occupants ont dû quitter les lieux ce lundi. 

Ils avaient un délai de huit jours pour partir à compter de la signification du jugement, le 3 septembre, explique Christophe Borderie, mandaté par Mme Mazellier pour l'aider dans les démarches judiciaires :

Deux jours après la date fatidique, ils sont encore là. 


 

Vétusté des lieux


Ce matin, Victoria Mazellier, veuve du fondateur du journal, a donc réinvesti les lieux. Des lieux « saccagés », a-t-elle décrit. Elle y a trouvé des tas de matériel abandonné et des poubelles gisant au sol.

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"Restes" abandonnés dans les locaux de La Dépêche de Tahiti. ©Pol.1


Son désarroi est visible : 

Je suis veuve, j’ai deux enfants. (...) On n’a plus rien. (...) On démarre à zéro avec l’immeuble saccagé. Ils laissent même leur poubelles. Je n'ai que ça, alors que [Dominique Auroy] a vécu là sans gêne, sans honte. Et on le laisse faire ? On le laisse continuer à monter société sur société. J’ai honte pour ce genre de personnes.


Six ans que la société rencontre des problèmes judiciaires. En cause, des impayés de la part de son principal actionnaire, Dominique Auroy. 57 millions cfp de créances sont dues, sans compter celles datant d'avant la mise en redressement. 

Les seuls contacts qu’on a pu avoir [avec lui ou son exécutant] ont été faits de reproches et de menaces.  

Christophe Borderie, mandaté par Victoria Mazellier. 

 

Déficit


La Dépêche serait en déficit sur tous ses comptes bancaires et vivrait sur la limite de son déficit autorisé, « donc il est impossible de prendre de l’argent sur ces comptes là. Mais au moins on récupère l’immeuble et c’est déjà une bonne chose », a annoncé Christophe Borderie.

Les deux intéressés s'attendent à ce que l'avocat d'Auroy face appel de la décision du tribunal de payer les créances dûes. « C’est leur jeu, ils nous baladent depuis des années », témoigne Christophe Borderie.

Ce dernier a également exprimé ses incertitudes quant à l'avenir de La Dépêche de Tahiti, qui continue d'exister et d'employer plusieurs journalistes. 

D'après nos informations, les salariés de La Dépêche auraient déménagé depuis trois mois déjà dans de nouveaux locaux à Arue.

 

Précisions de la direction de la Dépêche de Tahiti 

 

"1) Contrairement à ses affirmations, ni Madame MAZELIER, ni son défunt mari, ne sont propriétaires
du terrain et de l'immeuble, c'est une SCI FAUTAUA qui affirme être propriétaire.
Une première société SCI FAUTAUA a bien été fondée en 1971 entre M. Alban COWAN ; M. Serge
LEGRAS ; M. Michel ANGLADE ; M. Philippe MAZELLIER, celle-ci n’ayant toutefois jamais été
immatriculée.
Une nouvelle société SCI FAUTAUA a été créée en 2017 entre Madame Chantal COWAN ; M. Frederic
LEGRAS ; M. Philippe LEGRAS ; Madame Victoria MAZELLIER ; M. Michel ANGLADE. Aucun transfert de
propriété n’a eu lieu au bénéfice de cette société.
L'existence et la propriété de cette nouvelle SCI FAUTAUA sur l'immeuble était tellement sujet à
caution, que lors de première procédure en référé "clause résolutoire du bail", le Président du Tribunal
avait débouté cette société de ses demandes de résiliation du bail et d’expulsion de LA DEPECHE, ce
pour difficulté sérieuse.
Si la situation de la SCI FAUTAUA avait été claire, elle n'aurait pas perdu son référé et la procédure au
fond n'aurait pas duré 6 ans comme le déclare Mme MAZELIER, qui a changé 3 fois d'avocat et tenté 4
actions différentes, devant plusieurs juridictions et n'en n'a gagné qu'une, qu'elle fait à présent
exécuter.
2) Mme MAZELLIER se déclare ruinée et se plaint de l'état de l'immeuble. Ces affirmations sont osées,
car de 1986 à 2014, soit durant 28 ans, la SCI FAUTAUA aurait perçu un loyer de 14,4 millions par an,
soit plus de 403 millions FCFP.
Or sur cette même période, alors que le bail et les articles 606 et 1719 du Code civil mettent à la charge
du bailleur toutes les grosses réparations, la SCI FAUTAUA n'a jamais entretenu l'immeuble, jamais
exécuté son obligation de réaliser à ses frais toutes les réparations, jamais dépensé le moindre argent
dans ces gros travaux qui lui incombaient et elle a donc laisser l'immeuble dépérir et se dégrader, ce
qu'elle fait toujours, d'ailleurs.
Et encaisser 403 millions, sans débourser le moindre franc pour entretenir le patrimoine de la SCI
FAUTAUA, lui a donc procuré un joli pactole de 403 millions FCFP.
Curieusement, les loyers étaient payés à Paris, sur le compte d’une personne physique, et sans aucune
déclaration fiscale en Polynésie.
Pendant ce temps-là, la société LA DEPECHE, du temps du Groupe HERSANT, comme de MEDIA
POLYNESIE, puis des dirigeants actuels, n'a pas cessé de faire des travaux d'entretien, même certains
qui étaient juridiquement à la charge du propriétaire.
Lorsque les dirigeants actuels ont pris les rênes de LA DEPECHE, ils ont pris contact avec la personne
qui s'affirmait gérante de la SCI FAUTAUA, M. LEGRAS (et non Mme MAZELLIER, qui n'avait aucun rôle),
afin de lui demander de faire les travaux à la charge du propriétaire, tels qu'ils étaient constatés à ce
moment-là.
Après des rendez-vous tenus à Paris, dans des conditions rocambolesques (qui ont fait naître des
doutes sur la légalité et l'existence même de cette SCI), ce gérant a proposé une réduction de loyer,
car il déclarait que la SCI FAUTAUA n'avait pas les moyens d’assumer les travaux.
Il s'agissait uniquement de couvrir les précédents travaux de sécurité déjà payés par LA DEPECHE
depuis 1986 et ceux détectés à la date de l’accord, ce qui a été accepté et fait par les deux parties, de
bonne foi par les dirigeants de la DEPECHE.
Mais peu de temps après, les dirigeants de LA DEPECHE ont découvert qu'il y avait de nouveaux travaux
à faire, pour des montants très importants, notamment sur la toiture, ainsi que sur la nécessité de
désamianter le bâtiment, donc légalement à la charge du propriétaire.
Ils ont donc demandé à M. LEGRAS, soit que la SCI FAUTAUA prenne en charge ces nouveaux travaux,
soit qu’il accepte une nouvelle réduction de loyer, mais M. LEGRAS n'a jamais donné suite, ne
répondant même plus à des demandes de rendez-vous.
C'est à partir de ce moment-là qu'est né le litige sur les loyers, avec tout d'abord le référé de la SCI
qu’elle a perdu ; puis une longue période de silence de la SCI ; jusqu'à ce qu'elle soit ressuscitée en
2017 et lance, cette fois, une action au fond et non plus en référé, ce qui montre qu'elle avait
conscience de l'existence de difficulté sérieuse, sinon elle aurait fait un nouveau référé, comme il est
d'usage pour les baux commerciaux impayés, quand la situation est claire.
Mme MAZELIER, qui n'est apparue dans le litige, que lorsque la SCI FAUTAUA a été ressuscitée en 2017,
est donc fort mal venue à se plaindre des délais de la justice et encore plus de l'état de l'immeuble, ce
d'autant que LA DEPECHE n'a jamais cessé de réaliser l'entretien courant, jusqu'à son départ, alors que
la SCI n'a jamais réalisé les travaux qui sont à la charge du propriétaire.
L’immobilisme du propriétaire présumé pour rendre les locaux salubres a amené la direction à
déménager la totalité du personnel de la DEPECHE depuis le mois d’avril 2021.
Seuls restaient dans ces locaux le personnel de la société RPP, sous-traitant régie de la DEPECHE, et
dont le déménagement avait commencé la semaine dernière.
Concernant le non-paiement des loyers à Madame MAZELLIER, il s’agit de bonne gestion de la part de
la direction, compte tenu d’une part de la non-réalisation par le propriétaire de ses obligations, et qui
plus est de l’incertitude sur la réalité de son titre de propriété."

précisions direction Dépêche de Tahiti