Placentas irradiés : quand la culture prend le dessus sur le covid

hôpital polynésie française
Hinatea Rooarii a pu récupérer le placenta de sa fille grâce à ce dispositif. ©Polynésie la 1ère
Depuis septembre 2021, les placentas des mamans atteintes du covid sont irradiés par le biais des machines de radiothérapie, qui servent normalement à traiter les cancers. Une initiative des médecins, conscients de la forte symbolique culturelle donnée au pūfenua… Des mamans contaminées ont ainsi pu récupérer le placenta de leur enfant pour le rendre à la terre, comme il est de coutume.

En Polynésie, la tradition veut que le noyau nourricier du bébé soit rendu à la terre. Une pratique ancestrale qui permet de créer un lien entre l’Homme et sa terre. Au bloc obstétrical du CHPF, cette singularité culturelle fait partie intégrante du processus de mise au monde. À l’accouchement, le placenta est récupéré par les sages-femmes puis remis aux familles. Trois couples sur quatre le réclament.

Singularité culturelle

Mais la crise sanitaire a failli rompre le lien. Les mamans atteintes du covid se retrouvent privées du placenta de leur enfants pour éviter de propager le virus. Un déchirement pour les familles  "Cela a provoqué beaucoup de déception, de colère. Les gens étaient très déçus de ne pas pouvoir récupérer leur placenta, et très en colère" témoigne Michaël Vongue, sage-femme au CHT de Taaone.

Pointés du doigt, les médecins se saisissent du problème. Au bout de plusieurs mois d'expérimentations, ils parviennent à trouver une solution. Avec l’accord du gouvernement local, les placentas sont irradiés deux fois par semaine. C'est le personnel du service radiothérapie qui s'en charge, lorsque les machines sont encore en marche après le traitement des personnes atteintes de cancer. Les rayons X permettent de retirer le covid des placentas, sans trop les abîmer. 

Cette méthode, aussi inédite soit-elle, ne présente aucun risque de contamination radioactive, rassure les médecins. 

Lien restauré

Hinatea Rooarii a été l'une des premières à bénéficier de ce dispositif. Elle a pu planter le placenta de sa fille, comme elle l'a fait avec ses trois autres enfants, au pied d'arbres fruitiers. Un geste qui lui tient à cœur, d'autant qu'il s'agit de sa toute première fille. Ce n’était pas évident, on me disait que ce n’était pas sûr que je le récupère. Mais finalement, si. Ils ont pu faire le traitement. Tant que j’ai pu récupérer, ça va. Le lien y est toujours !

D’un point de vue légal, l’hôpital ne devrait même pas conserver ces déchets organiques, et encore moins les confier aux familles. Pourtant, entre septembre 2021 et mars 2022, 77 placentas ont été irradiés. Depuis, le dispositif a été pérennisé. Le cycle de la vie ma’ohi peut ainsi se poursuivre…