Rapport du Civen : les doutes des potentielles victimes et de l'association 193

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Hinamoe Cross, militante anti-nucléaire, atteinte d'une leucémie qu'elle attribue aux essais nucléaires. ©Polynésie la 1ère
Le comité d'indemnisation des victimes des essais nucléaires a rendu son rapport d'activité. Les nouvelles demandes affluent, signe d'un bon fonctionnement selon son président...217 demandes d'indemnisation reçues en 2021. Mais les cas des contaminations inter-générationnelles ne sont pas prises en compte, faute d'études à ce sujet. L'association 193 met en doute ce rapport.

C’est un des visages du traumatisme du nucléaire en Polynésie. Hinamoe Cross se bat contre une leucémie depuis près de 10 ans. Son traitement et sa chimiothérapie lui permettent de garder sa maladie en sommeil. "En 2013, je suis tombée malade, on m'a décelé une leucémie myéloïde chronique, j'avais 24 ans à l'époque. A ce moment-là, je n'ai pas tout de suite percuté sur le fait d'être peut-être victime des essais nucléaires. Et c'est en 2018 que j'ai commencé à m'intéresser au sujet parce que j'avais vu qu'Oscar Temaru avait publié une communication pour crimes contre l'humanité devant la cour pénale internationale...Si j'arrête la chimio [thérapie], elle va évoluer et ça peut terminer en leucémie aiguë, et là, on peut parler de mort certaine en quelques mois...Aujourd'hui, 9 ans plus tard, je suis fatiguée", explique la jeune femme, fervente militante anti-nucléaire.

Hinamoe prépare son dossier d’indemnisation car son cancer figure sur la liste des maladies potentiellement radio-induites du Civen.

Dans son dernier rapport, le Comité d'indemnisation des victimes des essais nucléaires a accordé en Polynésie 49 demandes d’indemnisation sur 119. Un ratio de moins d’un sur deux dont son président se félicite. Selon les associations anti-nucléaires, ce ratio, trop bas, est causé par le fameux critère du millisievert inscrit dans la loi Morin.

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Les associations anti-nucléaires se battent pour obtenir réparation des années après la fin des essais atomiques aériens ou souterrains. ©Polynésie la 1ère

A cela s’ajoutent les cas de contaminations inter-générationnelles, sujet sur lequel un vide juridique persiste. "Le CIVEN n'est pas une institution chargée de faire des études, des recherches et finalement de démontrer telle ou telle chose. Son rôle est d'indemniser les victimes des essais nucléaires...Pour rendre nos décisions, nous nous appuyons sur les rapports qui existent. Mais il n'en existe pas à ce jour qui apporterait la preuve de l'existence d'un effet trans-générationnel", indique le président du Civen.

L’association 193 dresse pourtant un constat opposé. Les contaminations dépassent la période de décembre 1998, date butoir prévue par loi Morin. Elle demande la modification de cette partie de la loi. "Il y énormément de personnes qui sont au-delà de cette date butoir et qui présente une des 23 maladies radio-induites. Donc c'est en ce sens qu'on n'est pas du tout d'accord avec ce qu'ils disent. Déjà que les personnes qui remplissent les 3 conditions légales ont leur demande d'indemnisation rejetée. Pour eux la période où il y a eu des conséquences et des retombées, c'est uniquement la période atmosphérique. Donc jusqu'en 1974. Il y a une grande incohérence", estime Lena Normand, 1ère vice-présidente de l'association 193.

L’association 193 s’est déplacée en juin en Autriche. Là-bas, elle a fait appel à la communauté internationale pour qu’une étude sur les contaminations intergénérationnelles soit menée sous l’égide de l’ONU.