Réactions du Tapura suite aux déclarations de l'Eglise Protestante Maohi

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Communiqués du Tapura et de l'Eglise Protestante Maohi ©Polynésie la 1ère
Suite à son 137ème synode, l'Eglise protestante maohi a rendu ses travaux. Parmi ses thèmes de réflexion : le fait nucléaire, l'augmentation du coût de la vie, l'immigration et l'exploitation des océans, qui ont fait réagir le parti majoritaire...

Le 137ème synode de l’Église Protestante Maohi a tenu ses travaux dans la commune de Faaa du samedi 23 au dimanche 31 juillet 2022. Les travaux de réflexions se sont déroulés à la salle polyvalente de Piafau du 25 au 30 juillet. Suite à ces discussions, le synode a publié un communiqué listant ses "recommandations" sur 13 points abordés. 

Visiblement, certaines de ces "résolutions" n'ont pas été au goût du parti majoritaire, qui réagit à son tour dans un communiqué.

Nucléaire

L'Eglise protestante maohi rappelle en tout premier lieu que "la bombe atomique est nocive. Notre pays a été contaminé par les essais initiés par la France. Notre océan, nos terres, notre atmosphère ainsi que tous les éléments qui y gravitent sont contaminés. (...) Ce qui est actuellement présenté par le gouvernement polynésien dans les ouvrages scolaires n’est que du saupoudrage destiné à endormir les consciences. Le synode tient à confirmer son refus de reconnaître ces ouvrages comme référence dans la découverte et l’étude du fait nucléaire dans les écoles. Des supports existent déjà, notamment ceux élaborés par « Moruroa e tätou » (Bruno Barrillot). Le Synode demande à ce que ces ouvrages soient utilisés dans toutes les structures scolaires du pays, dans l’enseignement public comme dans les enseignements confessionnels.

Pourtant, Tapura souligne que "c’est bien le Président Fritch qui a fait revenir, en août 2016, Monsieur Bruno Barrillot en Polynésie. Cette volonté du Président Fritch, dès 2016, envers M. Barrillot s’inscrit dans une démarche de vérité sur le fait nucléaire", précisant le souhait du gouvernement local d'offrir un enseignement objectif sur le fait nucléaire. "C’est à l’initiative du ministère polynésien de l’éducation qu’a été développé depuis 2018 [ce] programme. L’ambition est de former des citoyens polynésiens capables de distinguer les faits de l’interprétation de ces mêmes faits, et ainsi de se forger leurs propres opinions sur ce sujet sensible et douloureux" pose le communiqué.

Cherté de la vie

Dans un deuxième temps, l'Eglise protestante maohi relève que "les dettes engendrées par le gouvernement local auprès de l’Etat ont favorisé l’augmentation inconsidérée du coût de la vie. Aujourd’hui, cette situation est devenue une dette du peuple envers l’État alors [que] c’est la France qui est redevable d’une dette irrécouvrable au peuple Mäòhi. Aussi, le Synode exhorte le gouvernement à arrêter de faire endosser au peuple Mäòhi ses propres créances.

Des déclarations "incomplètes" aux yeux du parti majoritaire. S'il admet que "l’augmentation des prix depuis le début de l’année 2022 est un phénomène préoccupant", il se défend : "cette hausse généralisée provient essentiellement de l’extérieur, que ce soit le prix du pétrole ou encore le prix des matériaux et des matières premières ou de la nourriture importés, sans oublier les tarifs de fret maritime qui ont quasiment triplé sur la période. Face à cette situation, le Gouvernement a mis en œuvre, dès janvier 2022, un ensemble de mesures-bouclier pour limiter les effets de la perte du pouvoir d’achat."

Selon le Tapura, les deux emprunts de 2020 er 2021 garantis par l’Etat étaient indispensables pour faire face aux conséquences financières de la crise, le produit intérieur brut (la création de richesse) ayant chuté de 8 % et la fréquentation touristique de plus de 70 %. "Sans ces financements, la crise économique aurait été bien plus grave et des milliers de polynésiens se seraient retrouvés à la rue."

Par ailleurs, le gouvernement précise que le remboursement de ces prêts, qui débutera dans deux ans, ne fera pas augmenter le coût de la vie.

L'immigration

Le troisième point concerne l’immigration et l’idée que le gouvernement aurait instauré un dispositif pour le contrôle des naissances et pour favoriser l’arrivée des étrangers. "Il semble exister une forme de doctrine programmée pour faciliter la venue des personnes extérieures à Mäòhi Nui. Elle aurait pour but de faire venir plus de 8 000 personnes non résidentes dans notre pays et cela pendant 10 ans." prétend l'Eglise protestante maohi.

"Cette affirmation n’a pas de sens" répond le gouvernement. "Le Pays a tout intérêt à promouvoir la natalité, ne serait-ce que pour soutenir la croissance économique ou encore rendre soutenable à long terme l’équilibre de notre modèle de protection sociale, et en particulier de celui de la retraite." Selon le Tapura, les raisons de la baisse de la natalité sont ailleurs. Peut-être "dans l’évolution de la société et de sa perception de l’avenir. (...) Les nouvelles générations [qui] ne souhaitent plus, pour des raisons économiques, sociétales voire culturelles, avoir autant d’enfants que leurs ainés."

Et de poursuivre : "quant à l’idée que le gouvernement favorise une politique migratoire propice à l’arrivée de personnes extérieures, elle est bien évidemment erronée (...), depuis quelques années, le recensement de la population fait apparaître des soldes migratoires négatifs."

Exploitation des océans

Le dernier point concerne l'exploitation des océans. L'Eglise protestante maohi dénonce la mainmise des multinationales "avec le soutien de la France" sur les 5 kilomètres de zone économique exclusive polynésienne. "Ils sont prêts à exploiter ces ressources rares dans les profondeurs de l’océan. Ce patrimoine (...) appartient au peuple Mäòhi [et doit lui être rendu]."

Une décision qui revient aux élus du Pays. Le Tapura précise qu'il veille à la protection de l'océan. "Le Président Fritch est favorable à un moratoire sur l’exploitation minière des fonds sous-marins. Il proposera très prochainement un texte à l’adoption de l’Assemblée de la Polynésie française confirmant ce moratoire sur l’exploitation des fonds sous-marins."