Procès Sarah Nui 2 : Danielson et Alfonsi à la barre

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tribunal / affaire Sarah Nui 2
©Polynésie la 1ère
7e jour du procès Sarah Nui 2, une journée consacrée aux auditions très attendues des deux têtes de réseau présumées : Maitai Danielson et Tamatoa Alfonsi. Si l’ancien rameur continue de tout nier en bloc, Tamatao Alfonsi reconnaît en partie les faits et dit vouloir changer.

Maitai Danielson : quitte ou double


Dans une salle d'audience pleine à craquer, les deux derniers prévenus de l'affaire Sarah Nui sont appelés à la barre. Maitai Danielson, ancien rameur de Huahine, gabarit sportif et voix qui porte, est interrogé toute la matinée. L'homme continue de nier les faits. Le président et le procureur tentent de le mettre face à ses contradictions. Les nombreuses écoutes téléphoniques accablantes ? "Des inventions". Les déclarations de son ex-compagne ? "C’est son addiction qui parle". Ses nombreux passages de la frontière mexicaine correspondant à l’arrivée des mules ? "Des suppositions qui me mènent en prison". "Quiconque se faisait arrêter au Mexique avec Tamatoa était considéré comme son bras droit, ça aurait pu être n’importe qui. J’étais au mauvais endroit, au mauvais moment."

Avec aplomb, l’ancien sportif assure être fermement opposé à l’ice. "No ice in paradise" écrit-il au juge d’instruction pendant sa détention. Quant à ses soirées avec des dealers présumés et les photos où il brandit des sachets de methamphétamine, "vous avez passé plusieurs nuits avec des trafiquants, c’est dangereux et contre votre éthique", ironise le président. "C’est pas sur moi, j’en ai rien à foutre", répond-il toujours.

Dans un courrier retrouvé par la justice, Tamatoa Alfonsi demande à ses proches de dédouaner Danielson: "tu dis rien sur ce qu’on t’a envoyé […] ils n’ont rien, sauf ce qui sort de vos bouches, ça va foutre en l’air tout ce que je fais pour qu’il s’en sorte." C’est quitte ou double prévient le président : "soit vous êtes innocent, soit vous êtes impliqué plus que Tamatoa Alfonsi", prédisant une peine pouvant aller de la relaxe au maximum.
 

"Mais si j’étais malveillant, je dirais que vous passez la frontière pour amener l’argent au Mexique."

Procureur


 
Maitai Danielson a la nationalité franco-américaine, il s’installe à Los Angeles "pour changer d’air", surfe avec Adam D’Esposito (retrouvé mort sur une plage du Mexique en septembre 2018). Face au juge d’instruction, il affirme d’abord n’avoir passé qu’une seule soirée à Tijuana, au Mexique, à l’occasion de son anniversaire et aller surfer directement à Puerto Vallarta, à 4 000 km.

"C’est du pipeau", reprend le président. Les autorités américaines enregistrent 38 passages de frontière, rien qu’à San Isidro. "Je me suis emmêlé dans les dates, concède Maitai Danielson. En fait, j’y allais tous les week-ends pour faire la fête. C’est pas interdit de se bourrer la gueule ?". Maitai Danielson explique ses présences régulières à Tijuana par les visites à sa copine mexicaine également. "Mais à chaque passage de frontière, j’étais fouillé, car j’avais déjà été arrêté pour conduite sous l’emprise de cannabis", tient-il à préciser. " Vous vous défendez, c’est votre droit, répond le procureur. Mais si j’étais malveillant, je dirais que vous passez la frontière pour amener l’argent au Mexique."

Maitai Danielson sait pourtant être très précis et énumère par cœur les grammages, les mules, les voyages, les appareils électroménagers, "tout ça, ce sont des inventions, des trucs entendus dans la rue." Tout juste reconnaît-il du bout des lèvres avoir sniffé de la coke chez lui, à San Diego, à l’occasion du Nouvel An, avec des amis tahitiens. Des "amis" qui déclarent ensuite aux enquêteurs : "Maitai m’a demandé de faire la mule avec des appareils de karaoké." "C’est faux. En garde-à-vue, les gens disent plein de choses pour tourner le projecteur sur quelqu’un d’autre."

Tout comme le rameur à qui il demande de ramener une valise d’ice : "il veut se sentir intéressant, je le connais à peine. Avec cette drogue, tu entends et tu vois des choses" répond Maitai Danielson. Ou encore un revendeur qui affirme avoir été menacé par Maitai Danielson pour lui envoyer 5 millions Fcfp. "Maitai est en contact avec des gars de Vaininiore, il a menacé de me les envoyer pour me rosser et rosser ma petite famille. » « Je devais être bien alcoolisé car je ne m’en souviens pas", répond l’intéressé depuis le box des accusés. L’avocat de Maitai Danielson, Me James Lau, ne posera aucune question et ne fera aucun commentaire à la sortie de l’audience, se réservant pour les plaidoiries de la défense, prévues ce jeudi.
 
 

Tamatoa Alfonsi, du "parrain de Tahiti" au "bon père de famille"


Dans le box des accusés, Tamatoa Alfonsi semble plus abattu que son voisin, il murmure presque ses réponses. Déjà condamné 7 fois pour des faits de stupéfiants, le président relève "rien ne vous a fait arrêter, même pire, ni les sursis, ni la prison." A la barre, celui qui est surnommé "Sana", reconnaît avoir exporté 4 kg d’ice vers la Polynésie. La justice lui en reproche dix fois plus… Il assure aujourd’hui être sevré et vouloir changer "j’ai 42 ans, quand je sortirais, je serais à la fin de ma vie […] mon projet, c’est de reconstruire ma famille".

Mais Tamatoa Alfonsi n’explique pas tout pour autant. Interdit de séjour aux Etats-Unis après une arrestation avec du cannabis, il parle de sa vie "défoncée" au Mexique, mais l’assure, sans les cartels. "C’est un délire les cartels. Tahiti, ça ne les intéresse pas, c’est trop petit." "Petit, mais c’est fois mille" répond le président qui précise que la meth s’achète 1 dollar le gramme, au Mexique (revendu plus de 100.000 Fcp à Tahiti).
 
tamatoa alfonsi
©Polynésie la 1ère

Des gélules conditionnées en bleu, avec un sticker "Sana", qui rappelle la trame de la série Breaking Bad, et des photos prises un pistolet 9 mm à la main ou kilos d’ice en évidence "c’était pour faire le malin". Tamatoa Alfonsi balance les mules et les intermédiaires, mais ne dit rien sur ses proches. "Soit vous avez peur, soit vous ne voulez pas compromettre vos rendez-vous futurs au Pérou" résume le président.

 

"J’ai jamais été sevré aussi bien que maintenant, j’ai jamais été aussi bien dans ma tête."

Tamatoa Alfonsi - prévenu dans l'affaire Sarah Nui 2



Arrêté au Mexique en novembre 2018 et extradé vers la France, il écrit dans sa cellule que "la cocaïne, c’est l’avenir. […] J’ai toujours su que je serais le boss, le parrain de Tahiti. Me voilà à Villepinte après une année de folie à Tijuana, j’ai plein de projets."  A la barre, il minimise la portée de ses écrits : "J’ai écrit dans mon carnet, j’étais seul en France, entouré de boss de la cocaïne, au lieu d’écrire que j’étais un pauvre petit con de Tahitien tout seul à Villepinte". 

Tamatoa Alfonsi, né dans une famille bien insérée socialement, raconte avoir commencé le trafic de cannabis en 5e, déscolarisé en 2nde "le proviseur m’avait confisqué mon CD Player qui était à un copain. Je l’ai frappé,  j’ai récupéré le CD Player et je ne suis plus jamais revenu à l’école." Aujourd’hui, il dément avoir fourni tout Tahiti en ice entre 2014 et 2017, "une exagération" et assure avoir dépensé les 100 millions de Fcfp qu’il en aurait perçu. "J’ai jamais été sevré aussi bien que maintenant, j’ai jamais été aussi bien dans ma tête."
 
Les réquisitions du ministère public sont prévues dans la matinée du mercredi 7 octobre 
 
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