Le tabagisme touche de plus en plus de jeunes

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©Polynésie la 1ère
A la veille de la journée mondiale sans tabac, on s'interesse au tabagisme au fenua, qui reste un problème de santé majeur... Malgré les hausses successives des taxes, et donc des prix, les Polynésiens auraient tendance à fumer plus jeunes. 
Le tabac fait plus de 8 millions de morts dans le monde chaque année, c’est bien plus que le covid-19. En Polynésie française, la consommation de tabac reste stable explique Yves Osselez, qui tient un bureau de tabac au centre-ville. Après 31 ans passés dans ce métier, Yves connait bien les consommateurs. "Au fenua, s’ils veulent fumer il feront tout pour pouvoir s’acheter leur tabac à rouler ou leur paquet de cigarettes, confit-il. Ici, malgré les hausses successives des prix avec les taxes, on vend et ça reste stable."

Lorsqu'on pose la question dans la rue, on se rend bien compte que beaucoup de fumeurs ont commencé à la cigarette tôt. "J’ai commencé à 14 ans avec des copains. On se laisse entrainer et on tombe dedans", confie Teva, une cigarette perchée sur son oreille. Vaeva, elle, fume depuis qu’elle a 16 ans. Elle a commencé "comme ça avec des copines, je savais que c’était mal mais j’ai fumé quand même et aujourd’hui je ne peux plus m’en empêcher". Tetoea, la trentaine, a commencé aussi vers 16 ans, et elle aussi s’est laissée entrainée par des fréquentations parce qu’il fallait faire comme tout le monde.
 

Des fumeurs de plus en plus jeunes


Cette addiction touche des Polynésiens de plus en plus jeunes, comme l'explique le docteur Pablo Ferrer, pneumologue. Le spécialiste, qui combat les cancers du poumon et la BPCO, s’inquiète de recevoir désormais des patients fumeurs de 12 ans à peine. Le pneumologue pense qu’il y a un énorme travail à faire pour éduquer et informer non seulement les plus jeunes mais surtout les familles.

Selon une étude de l’OMS réalisée en 2016, sur les comportements de santé des jeunes de 13 à 17 ans en milieu scolaire, 25% ont fumé au moins une fois dans les 30 jours précédant l’étude. C’est moins qu’en France où on compte plus de 60% des moins de 17 ans qui fument régulièrement, dont 45% utilisent la cigarette électronique, selon une autre étude de 2014. Mais selon Pablo Ferrer, il y a urgence car ces fumeurs sont des futurs malades potentiels, qui risquent non seulement des cancers mais aussi d’autres pathologies comme les maladies cardiovasculaires. Des maladies qui ont un coût pour l’individu mais aussi pour la société, et souvent sur le long terme. 
 

Un budget annuel conséquent 


"Le traitement d’un cancer c’est très cher et c’est de longs mois voire de longues années pour le malade. Et, lorsqu'un individu commence à fumer très tôt, le corps qui n’est pas encore bien développé, qui n’a pas encore atteint sa maturité ne peut que sur le long terme développer des pathologies plus ou moins graves", explique Pablo Ferrer. 

Mais tous les fumeurs qui ont accepté de nous parler aujourd’hui le disent : l’addiction est là, et c’est difficile d’arrêter. Tetoea a même essayé de calculer qu’à un paquet par jour depuis qu’elle a 16 ans, elle pourrait aujourd’hui avec cet argent acheter une voiture voire un terrain ou une maison. C’est, en effet, au minimum 300 000 Fcfp par an de dépenser pour un paquet de cigarettes acheté par jour. Une facture qui peut s’avérer encore plus salée si l’on tombe malade : 95 à 98% des personnes atteintes du cancer sont ou ont été des fumeurs.
 
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