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Tourisme : un rapport très critique

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La cour des comptes vient d’établir un rapport sans concession sur la politique touristique outre-mer. La Polynésie y est épinglée. Les actions de promotion sont qualifiées d’inefficaces.
Développé depuis une cinquantaine d’années, le tourisme représente un levier de croissance pour les économies insulaire d’outremer
qui, le plus souvent, connaissent un chômage élevé. Or, si ce secteur a connu une expansion durant la décennie 90, il est en crise depuis le début des années 2000. L’importance du secteur touristique dans les économies d’outremer a ainsi conduit les chambres régionales et territoriales des comptes à engager un contrôle des politiques touristiques conduites par les principaux acteurs locaux sur la période 2006-2012 dans trois départements – la Guadeloupe, la Martinique et La Réunion – et en Polynésie française, où le tourisme est un atout fondamental eu égard aux caractéristiques économiques et à l’importance de la population .Il ressort de ces contrôles que le dynamisme des îles concurrentes relativise la portée des explications qui rendent la crise économique internationale responsable de cette situation. La cause est davantage à rechercher dans les difficultés structurelles de l’outre-mer, en particulier des interventions peu dynamiques des collectivités et, de façon générale, une action publique souvent inefficace.
 

16% des emplois en Polynésie

Le tourisme représente 7 % du produit intérieur brut (PIB) de la Guadeloupe (2012), 9 % de celui de la Martinique (2011) et 7,7 % (2011)
de celui de la Polynésie française. En Polynésie française, le chiffre d’affaires du tourisme représente un peu moins de 13 % du total des activités marchandes en 2012, soit plus du double du total des exportations de biens. Le tourisme a contribué à l’emploi en 2012 pour 16 % du total des emplois en Polynésie française. L’essor du secteur touristique observé durant la décennie 1990-2000 s’est arrêté de façon nette lors de la décennie suivante. La baisse de la fréquentation aux Antilles et en Polynésie française et la stagnation à La Réunion se révèlent des tendances de fond, même si un rebond récent peut être observé en 2011 et 2012. Dans la zone Océanie, la Polynésie française apparaît de plus en plus distancée par les grandes destinations de la région comme Hawaï (plus de sept millions de touristes), Guam ( plus d’un million de touristes) et Fidji (661 000) ou les nouvelles destinations que sont les îles Cook (122 000 touristes en 2012), Samoa (126 000) ou encore le Vanuatu (108 000).
 

Des avantages de compétitivité

Le succès des îles concurrentes témoigne d’une offre touristique plus adaptée aux attentes de la clientèle internationale qui profite de
charges d’exploitation moins élevées, de normes de construction meilleur marché, de parités de change plus favorables et d’un accueil jugé
souvent de meilleure qualité. Par ailleurs, la volonté de ces îles de trouver une source endogène de développement économique se traduit par une mobilisation forte de l’ensemble des acteurs publics et privés, inscrivant le tourisme au coeur des stratégies de développement. En Polynésie française, la fréquentation des croisiéristes est en diminution constante. Entre 2003 et 2011, leur nombre a ainsi baissé de 48,2 %. L’explication conjoncturelle de la crise économique ne peut à elle seule être déterminante pour expliquer les faibles résultats de l’outre-mer français. Le dynamisme touristique mondial, particulièrement celui des îles tropicales, renvoie aux raisons d’ordre structurel de la désaffection à l’égard de l’outre-mer français que les actions publiques ne parviennent pas à surmonter. En Polynésie française, la collectivité de Polynésie devrait également s’affirmer comme le pilote de l’action touristique.
 

Des stratégies touristiques peu offensives

 
En Polynésie française, des études et des schémas pluriannuels plus ou moins détaillés ont été réalisés à un rythme soutenu depuis 2005
sans réelle validation et sans mise en application. Les stratégies adoptées valorisent insuffisamment les atouts indéniables de ces destinations, au nombre desquels figure l’existence de garanties importantes en termes de stabilité politique et de sécurité sanitaire, particulièrement recherchées par les clientèles familiales et les seniors. La richesse du patrimoine culturel des destinations d’outre-mer, qui s’exprime dans la diversité des populations et dans la variété des manifestations culturelles et festives qui rythment la vie de ces îles, n’est pas suffisamment valorisée. La qualité exceptionnelle de leur patrimoine naturel n’est pas suffisamment prise en compte.

 
Un manque d’articulation avec les autres acteurs

L’articulation nécessaire entre l’action des régions et de la collectivité de Polynésie française et celle des autres collectivités territoriales est défaillante. Les acteurs privés de la filière éprouvent également des difficultés à s’inscrire dans des orientations stratégiques dont ils ne saisissent pas les
tenants et les aboutissants. En Polynésie française, la collectivité dispose de bases de données statistiques mais, au-delà des informations liées à la fréquentation et aux indicateurs de dépenses, elle n’a que peu d’enquêtes de satisfaction permettant d’adapter son offre touristique à la demande réelle.
L’offre touristique en outre-mer est confrontée à des problèmes récurrents : propreté de la voirie, organisation des transports dans des îles
souvent embouteillées, manque de parking à proximité des sites touristiques, collecte d’eaux usées, aménagements des espaces littoraux
(qualité des plages, maîtrise du foncier, etc.) et défaut de signalisation des sites. Ces aménagements touristiques nécessitent l’intervention de
nombreux acteurs publics (État, conseil régional, conseil général, collectivités d’outre-mer, communes et groupements de communes), la collectivité d’outre-mer pour la Polynésie française. Les régions et la collectivité de Polynésie Française, qui devraient contribuer à rassembler les énergies des acteurs publics, interviennent peu ou pas sur ce champ. En Polynésie française, la politique touristique et les politiques d’aménagement s’ignorent. Des travaux récents ont été entrepris au mépris des aspects touristiques : le point de vue de Taharaa et le trou du souffleur ont été rendus difficiles d’accès par les travaux routiers réalisés. L’aménagement des plages et des sites culturels et naturels a été effectué de manière disparate par les services du pays et par les communes.
 

La promotion : un échec

Les économies touristiques des Antilles et de La Réunion sont largement orientées vers la métropole, au risque de devenir des produits méconnus du marché mondial. La clientèle métropolitaine représente plus de 80 % des touristes. En revanche, la clientèle touristique accueillie en Polynésie française est plus diversifiée avec une ouverture sur les marchés asiatiques et américains, la part métropolitaine représentant une moyenne de 20 % du total des touristes accueillis entre 2006 et 2012. Dans certains cas, l’intrusion du pouvoir exécutif local dans la promotion se traduit par des opérations inefficaces sur la clientèle touristique visée. Ainsi, la participation de la Polynésie française à l’exposition universelle de Shanghai, en 2010, apparaît en décalage avec les clientèles touristiques ciblées dans la stratégie promotionnelle du groupement d’intérêt économique (GIE) Tahiti Tourisme. Au vu de la faible importance de la clientèle chinoise, qui représentait moins d’un millier de touristes, Tahiti Tourisme a proposé, en vain, d’orienter vers d’autres marchés, notamment américains, le financement de 80 millions de F CFP237 retenu.

 
Offre aérienne inadaptée

En Polynésie française, les touristes étrangers de la zone sont confrontés à une offre aérienne en recul. Le trafic passager est essentiellement centré sur Paris (39 % du trafic en 2012) et Los Angeles (31 %). La compagnie régionale Air Tahiti Nui, dont le capital est détenu majoritairement par la collectivité de Polynésie française, est le principal transporteur à destination de l’île de Tahiti. Les difficultés financières d’Air Tahiti Nui, liées notamment au maintien d’une flotte aérienne en surcapacité, ont conduit la compagnie à fermer les lignes fortement déficitaires de New-York et de Sydney. En maintenant une flotte aérienne composée de cinq avions avec un plan de charge conçu pour quatre, Air Tahiti Nui a une surcapacité qu’elle évalue à 600 M FCFP241 par an (5 M€) et qu’elle justifie par la nécessité de dimensionner sa capacité en fonction des périodes de pointeLes liaisons entre la métropole et l’outre-mer sont jugées d’un coût trop élevé par les professionnels du tourisme. Aucune étude exhaustive des tarifs pratiqués par les compagnies aériennes sur une longue période n’étant réalisée, il est difficile d’apprécier la réalité de cette cherté et, surtout, de comparer le niveau des tarifs avec ceux pratiqués sur les
destinations concurrentes, le coût du billet étant un des éléments du choix des destinations. Outre le niveau des tarifs aériens, l’existence d’écarts de prix
pouvant aller du simple au double en période de vacances scolaires est un autre inconvénient. Calculés par la méthode du yield management (en
fonction des taux de remplissage), les prix peuvent atteindre des niveaux dissuasifs lors de ces dates pour les touristes d’agrément. Les dispositifs de continuité territoriale (aide au transport en faveur des résidents) et de congés bonifiés (prise en charge des frais de voyage des fonctionnaires tous les trois ans) peuvent avoir un caractère inflationniste sur les tarifs aériens.


L’offre touristique : des aides inopérantes

Des enveloppes financières importantes sont mobilisées par les régions et la Polynésie française pour soutenir l’offre touristique, que ce
soit en direction des investissements publics ou des entreprises privées. Les interventions financières restent cependant très largement
orientées vers les dépenses engagées par les comités du tourisme pour la promotion de la destination (campagnes de publicité grand public, présence dans les salons internationaux, actions en direction des professionnels qui commercialisent la destination, les tours opérateurs et
les agences réceptives). Par ailleurs, la qualité du parc hôtelier à La Réunion, à la Guadeloupe et à la Martinique est jugée insuffisante. En Polynésie
française, le cadre réglementaire et la procédure de classement sont de la compétence de la collectivité. Conçu de manière rigide en 2000, le
classement est limité aux hôtels de classe internationale et ignoré par près des trois-quarts des petits établissements. En Polynésie française, des financements assez importants mais concentrés sur un nombre relativement limité d’établissements ont été engagés pour soutenir la création et la rénovation des hébergements touristiques (près de 277 M FCP245 entre 2005 et 2011).
 

Conclusions et recommandations

 La cour des comptes souligne que ;es atouts indéniables de la Polynésie française font du tourisme un secteur d’avenir. Pour autant, les résultats ne sont pas à la hauteur des potentiels. La baisse des fréquentations s’explique notamment par des raisons structurelles et par le manque de dynamisme des politiques publiques mises en oeuvre. Ces îles n’ont pas su mettre en place une stratégie touristique innovante. Les régions et la Polynésie française ne jouent pas leur rôle de coordonnateur d’un secteur dans lequel interviennent tous les niveaux d’administration locale. Les actions de promotion sont
privilégiées mais largement inefficaces, tandis que l’offre n’est pas adaptée aux attentes de la clientèle internationale.

Source : rapport de la Cour des Comptes sur le tourisme outre-mer

 

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