Un tifaifai en mémoire des Polynésiens décédés du VIH

sida tahiti
1er décembre 2020 - commémoration de la lutte contre le sida
©Polynésie La 1ère
La date du premier décembre marque la journée mondiale de la lutte contre le sida. En Polynésie, l’association Agir contre le sida a marqué l’événement par une commémoration, la faute au Covid 19. 
Depuis 1985, 92 polynésiens sont décédés du VIH, dont un homme de 23 ans cette année. Pour eux, l’association Agir contre le Sida a tout de même réalisé une petite célébration : l’exposition d’un tifaifai où sont arborées 92 fleurs d’hibiscus, en mémoire aux disparus. Chaque année, une dizaine de nouveaux cas sont recensés en Polynésie, et pourtant, encore trop peu de personnes en sont informées. 


Méconnaissance ou désintérêt ? 


Sur le nombre total de personnes dépistées chaque année, 75% d’entre-elles affirment ne pas porter de préservatif lors d’un rapport sexuel. Des jeunes ou des plus âgés, il n’y a aucune différence d’âge. C’est bel et bien la raison principale de la propagation de la maladie. En 1998 déjà, une enquête sur les "comportements sexuels et prévention du sida en Polynésie Française" avait mis en évidence "l’absence d’utilisation de préservatifs ou son utilisation occasionnelle avec des partenaires non réguliers chez près de la moitié des personnes concernées". La situation n’a pas évolué 22 ans plus tard.

Aujourd’hui, on dénombre 146 personnes infectées par le VIH. « Je m’en fous, parce que cela ne me concerne pas », peste un jeune homme. D’un autre côté, les jeunes gens, chez qui les infections sexuellement transmissibles sont en progression alarmante, ont une réelle méconnaissance de la maladie. Certains confondent parfois la différence entre pilule contraceptive et préservatif. 


Sida ? 


Selon santé publique France, le VIH ou Virus de l’Immunodéficience Humaine est un rétrovirus humain sexuellement transmissible. Il affaiblit le système immunitaire, et en l’absence de traitement, est responsable du sida. Il détruit progressivement certaines cellules immunitaires des personnes infectées. L’infection peut rester asymptomatique pendant plusieurs années. Dans ce cas, seul un test sérologique, qui détecte dans le sang les anticorps dirigés contre le virus, permet de diagnostiquer l’infection. La personne est dite séropositive.

Avec le temps, et l’absence de traitement, le système immunitaire est de moins en moins efficace. Des maladies peuvent alors survenir. Certaines d’entre elles sont appelées “maladies opportunistes” car elles profitent de la diminution de l’immunité pour se développer. Lorsqu’une personne a une ou plusieurs maladies de ce type, elle a le sida (Syndrome d’Immunodéficience Acquise).
Le VIH se transmet par voie sexuelle ou par voie sanguine. Il existe aussi une transmission verticale, de la mère à l’enfant, à l’occasion d’une grossesse. En Polynésie, la transmission du VIH est principalement sexuelle. 
 
 

Peut-on guérir du sida ? 


Aucun médicament ne permet de guérir du SIDA. Mais des traitements sont disponibles, même en Polynésie. Les traitements dits antirétroviraux sont des médicaments qui permettent de bloquer la réplication du virus et ainsi diminuer la charge virale. Les traitements permettent aussi de renforcer le système immunitaire de la personne qui vit avec le VIH et empêchent la phase sida de se développer. 

« Si l’on prend un seul comprimé tous les soirs, on contrôle la maladie. Et on peut vivre sa vie normalement. On peut avoir des enfants, on peut avoir des projets de couple, et on a une espérance de vie quasiment similaire à une personne non infecté »

Lam N’Guyen, épidémiologiste


Lorsque le traitement diminue la charge virale et que celle-ci devient indétectable, il n’y a aucun risque de transmission sexuelle du virus. Les avantages de prendre le traitement sont très nombreux, mais ils permettent surtout de vivre en santé et d’avoir une espérance de vie semblable aux personnes non porteuses. Depuis plusieurs décennies, les chercheurs tentent de trouver un vaccin contre le VIH, mais en vain. La recherche a cependant  porté ses fruits. Selon le docteur Lam N’Guye :

« Au niveau préventif, on est à l’orée d’une révolution au niveau médicale, parce que jusque-là, on a des capotes ou l’abstinence. Maintenant, on va avoir des traitements que l’on peut injecter et qui vous protège du VIH même si vous n’utilisez pas de capotes. On a des anneaux vaginaux, imprégnés de produits, qui tuent le virus du SIDA, et donc pour protéger les femmes. On a des gels mycovicites qui sont en cours d’évaluation. Et enfin, on a aussi une sorte d’implant, que l’on peut insérer sous la peau, que ce soit chez un homme ou chez la femme, et qui permet de délivrer à faible dose, des antirétroviraux qui bloquent l’entrée du virus dans le corps pour protéger les gens. »  


Prise en charge en Polynésie  


La Polynésie est l’un des rares pays où la prise en charge est optimale, à condition d’être affilié à la Caisse de Prévoyance Sociale. Un traitement coûteux : 1, 2 millions FCFP par mois, et par malade, pris en charge à 100% par la CPS. Mais encore faut-il savoir qu’on est infecté, il faut donc se faire dépister. A Tahiti et Moorea, en théorie, tous les dispensaires sont des centres de dépistage anonymes et gratuits. Les îles ne sont pas oubliées, Raiatea, Bora Bora, Rangiroa et Taiohae en possède. Si seulement 146 personnes sont suivies en Polynésie, le nombre pourrait être plus important, la faute à la sérophobie.


Discrimination des malades 


Aujourd'hui encore, les représentations du VIH/sida peuvent amener à préjuger que le sida est une « maladie de putes », « maladie de raerae », « maladie des travailleurs sexuels », une « maladie de gay » renforçant ainsi stéréotypes et fausses croyances. Pour toutes ces raisons, ou par peur du regard des autres, ils sont encore nombreux à ne pas se faire dépister. 

« Pour beaucoup de personnes atteintes du VIH, il y a la stigmatisation. Elles doivent déjà affronter la peur, le fait d’avoir cette maladie qui est difficile à gérer. On a peur que sa famille, ses amis apprennent que l’on est atteint, donc c’est compliqué », regrette Karel Luciani, le président de l’association Agir contre le Sida, et de l’association Cousin-Cousine.