Vahine Rurua, première polynésienne docteur en archéozoologie

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Vahine Rurua, première polynésienne docteur en archéozoologie
©FB Puna Reo Piha'e'ina

Vahine Rurua a soutenu aujourd'hui sa thèse de doctorat sur la biodiversité et l'exploitation des ressources marines en Polynésie française.

 

Après avoir obtenu un master en "Environnement Insulaire Océanien" à l'Université de la Polynésie française, Vahine Rurua a poursuivi ses études en doctorat.

Aujourd'hui, elle est la première polynésienne a avoir le titre de docteur en archéozoologie, qu'elle a obtenu ce jeudi 10 décembre 2020 en soutenant sa thèse (par visio conférence) à l'Université de Polynésie. Son sujet : "Biodiversité et exploitation des ressources marines en Polynésie française sur la longue durée : étude comparative des archipels des Marquises et des Gambier". 

Le jury était composé des personnes suivantes :

  • Pr. Éric Conte, CIRAP, Maison des Sciences de l'Homme du Pacifique, UPF, directeur de thèse
  • Dr. Philippe BÉAREZ, CNRS, UMR AASPE, MNHN, Co-directeur de thèse
  • Pr. Frédérique CHLOUS, Dépt Homme & Environnement, MNHN, Examinatrice
  • Dr. Clara LORD, UMR BOREA, Sorbonne Université, Examinatrice
  • Dr. René GALZIN, EPHE, CRIOBE-PSL Université, Examinateur
  • Dr. Guillaume MOLLE, Australian National University, Examinateur
  • Pr. Christine LEFEVRE, Direction des collections, MNHN, Rapporteure
  • Pr. Patrick KIRCH, University of Hawaii, Rapporteur

Résumé de la thèse

La pêche a toujours eu un rôle essentiel pour la subsistance des communautés Polynésiennes. La fouille des sites archéologiques dont les stratigraphies remontent jusqu’aux premières installations humaines, livrent en effet de nombreux témoins de l’activité halieutique. Parmi les vestiges, des engins de pêche (hameçons en nacre, poids de pêche, etc.) associés à un riche dépôt de restes de faune marines (poissons, coquillages, échinodermes, tortues et quelques rares mammifères) sont fréquemment recueillis. Dans notre étude, il s’agit d’aborder la dimension historique de la pêche en Polynésie centrale à partir des assemblages de poissons.
L’analyse systématique des vestiges de faune est une démarche encore peu courante dans la région, il existe néanmoins plusieurs travaux archéo-ichtyologiques conduits en divers archipels depuis l’année 1970. Cependant, le manque de standardisation des méthodologies liées aux recensements des restes minimise toute approche comparative à partir des inventaires de poissons. Pourtant, les profils environnementaux varient d’une île à l’autre et la distribution des espèces peut changer suivant les archipels. Dans ce cadre, nous cherchons à définir les stratégies mises en œuvre par les communautés humaines pour adapter leurs méthodes de capture à la disparité des ichtyofaunes rencontrées dans les différentes îles mais également leurs évolutions sur le long terme. Pour aborder cette problématique, nous nous sommes intéressés aux développements de la pêche dans deux types d’environnements : un milieu sans lagon (île de Ua Huka aux Marquises) et un avec lagon (aux îles Gambier avec les îlots d’Agakauitai et de Kamaka). Nous y avons développé trois objectifs :

- le premier consiste à recenser la diversité exploitée suivant les sites d’études (en termes de taxon et de poids reconstitué des poissons au moment de la capture) ;

- le second, concerne l’analyse écologique de la pêche par la détermination des micro-environnements ciblés ;

- le troisième, implique l’interprétation des méthodes de capture par l’application des données ethnographiques des pêches traditionnelles. Les collections archéologiques sont analysées indépendamment et les résultats font l’objet d’une discussion visant à distinguer les points communs des aspects spécifiques.

A l’issue des inventaires, 15 000 restes de poissons sont identifiés à plusieurs niveaux de précisions : au rang de la famille au mieux au genre et très rarement à l’espèce. La comparaison de la diversité exploitée entre les deux archipels démontre que malgré l’opposition environnementale des îles un résultat commun apparait : le proche littoral est le premier lieu d’approvisionnement en poisson. Plusieurs méthodes de captures ont été réalisées durant les époques avec l’utilisation de multiples engins de pêche. Nous avons ainsi relevé des captures supposées quotidiennes effectuées le long du rivage à pied ou à l’aide d’embarcation et des captures potentiellement saisonnières ou séquentielles qui auraient pu être opérées non loin du rivage ou dans le proche large pour les Marquises. Finalement, l’interprétation de l’analyse diachronique autorise à dire que la pêche de proximité perdure depuis les premières installations jusqu’au contact Européen et au-delà.
La démarche innovante développée lors de cette thèse apporte d’ores et déjà de nouveaux éléments de discussions au cadre interprétatif de la pêche en Polynésie centrale jusque-là peu étudié avec un corpus de poissons aussi riche.

Félications à Vahine Rurua pour ce magnifique parcours !