Le lynchage à mort de trois hommes par une foule de 4000 justiciers vue par la presse malgache

faits divers
Trois morts à Nosy-Bé
Les trois hommes clamaient leur innocence quand ils ont été jetés vivants sur le bûcher. ©DR
4000 personnes massacrent deux touristes, un français et un franco-italien, et un malgache à Nosy-Bé. Les européens en escale et leur présumé complice étaient suspectés de tuer des enfants pour prélever leurs organes et les vendre. 
Les trois principaux titres de Madagascar relatent le lynchage de Nosy-Be, jeudi matin. Tous expliquent que l’affaire a débuté, en fin de semaine dernière, avec la disparition d’un jeune garçon de 7 ou 8 ans. Le neuvième en quelques semaines selon, la rumeur.
Dans les différents journaux, il est question d’une famille qui a livré aux gendarmes un malgache responsable de l’enlèvement du garçonnet. Selon la presse locale, l’homme aurait expliqué avoir découpé le corps et l’avoir congelé à la demande de deux touristes européens. Vers 5 heures du matin jeudi, une foule assoiffée de vengeance s’est donc livrée à une véritable chasse à l’homme. Sans vérifier, la moindre information, juste sur la foi de la rumeur, elle s’est emparée d’un français, dénommé Thierry et d’un franco-italien, Roberto Gianfalla, comme l’explique ce ressortissant de l’hexagone qui témoigne dans La Tribune de Madagascar : « ils ont été promenés dans les villages, puis tabassés, et ensuite brûlés vifs sur la plage d’Ambatoloaka. Un troisième vazaha est recherché, ainsi que le Malgache qui aurait été libéré, et le chef de ce réseau qui serait à Tanà… ».
 
La gendarmerie attaquée 
 
Cette scène tragique fait suite selon la presse de la grande-île à une soirée, mouvementée. 
La veille (mercredi), les « justiciers » se sont rendus devant la gendarmerie pour réclamer vengeance.
La manifestation a tourné à l’affrontement. Les militaires ont utilisé une grenade et tiré à plusieurs reprises pour disperser les assaillants. Le bilan est lourd : un mort et six blessés selon Midi-Madagaskar et L’express-de-Madagascar. Dans cet article paru la veille du drame, il est précisé : « des incendies criminels ont été allumés à l'extérieur de la caserne. Six logements de gendarmes et une épicerie dont la propriétaire est l'épouse d'un élément de la brigade de Nosy Be, en ont été les cibles. Dans la foulée, le fokonolona a mis le feu à un camion appartenant à un gendarme ». Par ailleurs, dans la soirée le responsable de la gendarmerie a souligné qu’aucune plainte pour disparition n’avait été déposée, ni le moindre signalement.
 
Le quai d’Orsay réclame une enquête
 
Ce coup de colère collectif aurait pour origine la découverte du corps d’un enfant sur la plage de Nosy-Bé. Le corps atrocement mutilé selon « la rumeur » et tristement mort noyé selon les européens contactés par les journalistes. Toujours selon les journaux malgaches, la foule aurait alors désigné le bateau ancré dans la baie et jugée,
que les occupants, étaient les auteurs de ce crime abjecte.
Ce fait-divers dramatique a provoqué de nombreuses réactions. Les médias locaux ont relayé l’appel au calme du président de la transition, Andry Rajoelina : « a présenté ses condoléances aux familles des victimes ainsi qu’à toutes les personnes blessées lors du drame survenu à Nosy Be. Il condamne l’usage de la violence et l’acte de barbarie qui y ont été perpétrés ». 
Le quai d’Orsay a de son côté lancé un appel au calme. Il demande aux français installé dans la région de Nosy-Bé d’éviter les sorties et aux touristes qui voulaient se rendre dans la région de différer leur voyage.  

L’État français souhaite que la Justice de Madagascar mette au clair ce drame qui a coûté la vie à deux citoyens français présumés trafiquants d’organes. Un trafic qui n’a d’autre source que la rumeur dans la ville de Nosy-Bé.