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Enfants de la Creuse : La responsabilité l'état sera reconnue ce mardi

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réunionnais de la creuse au foyer de gueret
©Alix Hoair
Mardi 18 février, l'Assemblée nationale votera une résolution mémorielle pour sortir de l'ombre cet épisode méconnu hors de la Réunion. Entre 1963 et 1982, plus de 1.600 enfants réunionnais avaient été transférés en métropole et "accueillis" dans 64 départements pour repeupler les zones rurales.
Jean-Jacques Martial avait été placé en famille d'accueil dans le département de la Creuse en 1966. En 2001, juste après avoir redécouvert qu'il avait une famille à la Réunion, il avait porté plainte contre l'Etat et demandé un milliard d'euros de réparation pour son "enfance volée".
 
"Un milliard, c'est comme un euro, c'était symbolique. Ca vaut combien l'enfance d'un enfant? La trahison des adultes, la déraison de l'Etat, les larmes des parents?", demande celui qui débarqua dans l'Hexagone à l'âge de 7 ans, dans "un convoi de 250 marmailles qui allaient du nourrisson à l'adolescent".
 
"Il faut bien avoir le contexte de l'époque en tête", met toutefois en garde Philippe Vitale, sociologue à l'université d'Aix-Marseille et spécialiste de cette affaire, "car c'est une histoire terriblement compliquée". "Le but de Michel Debré, qui avait une vision très jacobino-nationaliste, était de déplacer le trop plein vers le trop vide. Pour lui un Corse, un Breton ou un Réunionnais, c'était la même chose", explique ce chercheur, qui rappelle qu'"à cette époque on ne s'embarrassait pas de psychologie infantile".
 
"Ces enfants-là sont le pur produit d'une affaire d'État et d'un abus de pouvoir: on a menti aux familles et rien demandé aux enfants, alors qu'on avait promis des nouvelles et des retours possibles", poursuit Philippe Vitale.
 
"Il est grand temps en 2014 de faire ce travail de mémoire et d'en parler sans être dans un esprit revanchard ni de victimisation", explique quant à elle la députée PS réunionnaise Ericka Bareigts, à l'initiative de la résolution.