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Le boeuf Moka...riche de son histoire !

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boeuf Moka
©APPER
Valoriser et promouvoir le bœuf Moka, mais aussi ses produits sans oublier les hommes qui l’élèvent, telle est l’action engagée par l’Association Promotion du Patrimoine et de l’Ecologie à la Réunion (APPER). 
Avec moins de 600 mères recensées, elle est une race à faible effectif. Mais le Moka, c’est aussi une histoire.
Durant de longues années, elle s’est façonnée à l’image de son terroir, entretenant avec lui des liens très forts qui, aujourd’hui, peuvent représenter un obstacle à son expansion. En effet, l’élevage moderne axe son développement prioritairement sur l’accroissement de la productivité et des performances génétiques de production en lait ou viande qui ne correspondent pas forcément aux qualités de cette race mixte. Le concept de race dépasse aujourd’hui le cadre génétique « mesurable » et doit prendre en compte des éléments qualitatifs et culturels. 
 
Le bœuf moka est à l’image de la population réunionnaise. Elle est issue d’un métissage d’animaux liés aux différentes communautés composant notre île qui ont introduit des animaux provenant de leurs pays d’origine. Les premiers bœufs de la Réunion ont été amenés de Madagascar et laissés en liberté dans la nature. Etienne de Flacourt gouverneur de Fort-Dauphin y avait fait passer des génisses et des taureaux en 1649 et en 1654. Jacob de Lahaye se félicitait d’en avoir introduit une quarantaine en 1671. Tout ce bétail, abandonné à lui-même, s’était rapidement multiplié, surtout vers la Rivière Saint-Etienne, « le pays des vivres », et métissé. 
 
Aux bêtes à cornes de Madagascar s’étaient rajoutées, vers 1690, des vaches rapportées de Surate par le capitaine Houssaye. D’autres races de gros bétails furent introduites à cette époque de France, d’Angleterre, de l’Inde et de la Chine. Au début du XVIIIème furent introduits des animaux de Moka en même temps que l’importation de plants de café. A cette époque au Yémen le café moka était exploité en zone de montagnes avec l’utilisation de bœufs porteurs. Jusqu’à cette période à la Réunion, la majeure partie des animaux divaguait dans la nature et faisait l’objet de chasse avec des meutes de chiens ; c’était alors la seule ressource en viande. Quelques habitants se sont astreints à domestiquer des bœufs pour le portage. De nouvelles concessions ont été accordées sous condition d’élever des bœufs pour l’approvisionnement des navires de passage et pour satisfaire les besoins en lait et beurre de la population. 
 
Le bœuf porteur dit Moka a permis l’installation des familles du battant des lames au sommet des montagnes. Grâce sa robustesse il a également participé au développement de l’industrie sucrière comme bœuf de trait pour les charrettes et bœuf de pressage du jus de canne par rotation des moulins. Grâce à son agilité, il a servi à ravitailler, à travers les sentiers, tous les Hauts de l’île par portage ; notamment les cirques difficilement accessibles par les transports à moteur. Deux petites régions se sont spécialisées en lait à la fin du XIXème siècle, la Plaine des Palmistes pour la production de fromage et la Plaine des Grègues pour le beurre. Il était également appelé « bœuf fumier » très utile pour les cultures vivrières et « bœuf tirelire » vendu en cas de besoin financier.
 
Le Moka est une race « Rustique » : Race de montagne qui a laissé des noms à très haute altitude notamment le Col des bœufs à 1958m, situé entre les cirques de Salazie et de Mafate, le Nez de bœuf 2136m situé dans les hauts du Piton de la Fournaise entre les communes de Saint Joseph et du Tampon. C’est une race qui a produit dans des conditions très difficiles (sols pentus et nourriture limitée). Elle s’est très bien adaptée aux aléas climatiques de son milieu ; notamment en zone sèche dans la savane de l’Ouest mais aussi dans les cirques, les plaines.
 
Race « Mixte » : Elle faite partie d’une minorité de races bovines mixtes, sachant marier des qualités naturelles exceptionnelles sur tous les plans. Elle a été capable d’effectuer le travail de trait et de portage des chevaux, de produire du fromage à la Plaine des Palmistes et du beurre à la Plaine des Grègues.
 
Le Moka est difficilement reconnaissable à ses couleurs car on retrouve des animaux à robe uniforme ou tachetée allant du noir au rouge et du gris foncé au clair. Son profil de zébu présente une bosse au garrot plus ou moins marquée et parfois inexistant surtout chez les vaches.
 
Le bétail a suivi les mouvements de population, et dans chaque région la race a connu des fonctions particulières. Le bœuf moka était souvent le seul moyen de transport des familles modestes et était un signe indicatif de leur statut social. Même aujourd'hui le Moka est resté présent surtout chez les éleveurs non propriétaires de terrain qui n’ont pas pu bénéficier des aides pour développer leur activité. Ancienne race de travail aux aptitudes multiples (bœuf de trait, bœuf à panneaux, bœuf de selle), le Moka représentait depuis le début de la colonisation jusqu’aux années 1970 une source d’indépendance et de richesse pour les paysans réunionnais.

Elle est aujourd’hui essentiellement utilisée par des paysans sans terre et intéresse de plus en plus les agriculteurs bios, les écologistes pour le fumier et le lait, et certains acteurs touristiques. Elle pourrait bien retrouver d’autres utilisations notamment être attelée pour des travaux agricoles, des promenades de loisirs ou touristiques.


Max FONTAINE
Président de l’APPER
boeuf Moka
©APPER

 


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