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Requins : Faut-il poursuivre le programme CHARC ?

attaques de requins
Requin
©Réunion 1ère
Faut-il poursuivre le programme CHARC ? Cette question est posée par le chercheur de l’IRD en charge de l’étude. Après l’attaque mortelle de l’Etang-Salé, Bernard Seret se dit favorable au développement de la réserve marine.
Samedi, Talon Bishop, 22 ans, meurt suite à une attaque de requin. Elle se baignait au couché du soleil en bordure de plage à l’Etang-Salé. Depuis le 19 Février 2011, début de la crise La Réunion compte 15 attaques dont 6 mortelles. 
 
Comme un pied de nez aux efforts des autorités et des politiques réunionnais, cette tragédie a eu lieu deux jours seulement après l'annonce par la région du déblocage de 10 millions d’Euros pour sécuriser les activités nautiques.

Quatre jours après ce drame, le magazine Challenges publie sur son site internet un long article consacré aux attaques de requin et à leur impact sur le tourisme.

Le responsable du programme Charc favorable à la réserve marine

Deux camps s’opposent. Les adeptes du tourisme vert, et les partisans du tourisme bleu. Ces derniers, installés sur la côte ouest ne vont pas apprécier la vidéo attachée à l’article signé Pierrick Pédel.
 
Sur ce document, Bernard Seret, océanographe-biologiste, chercheur pour l’IRD et surtout responsable du programme CHARC (Connaissance de l’écologie et de l’habitat de deux espèces de requins côtiers), explique : « Est-ce qu’il ne faudrait pas mieux développer la réserve marine à La Réunion pour développer un écho-système sain, plustôt que trouver une solution immédiate qui va satisfaire la vindicte populaire et peut être, diminuer temporairement le risque requin, mais qui ne sera pas une solution à moyen et long terme ». Il justifie cette position en s’appuyant sur l’échec, partiel, des filets et des drumlines en Afrique-du-Sud.
 
Commencé en 2011 par l’IRD, le programme CHARC vient de s’achever. Ses conclusions seront restituées mercredi 25 février à l’université de la Réunion, et notamment les trois facteurs clés qui influent sur la présence et la répartition spatiale des requins bouledogue autour des côtes réunionnaises. 

Une partie de la réponse à cette crise requin est également contenue dans l’article de Challenges qui donne la parole aux restaurateurs et aux hôteliers. Ces derniers signalent qu’ils ont perdu 80% de leur chiffre d’affaire en 20 ans. Après le chikungunya a surgi le problème requin.
 
Les Mauriciens et les Seychellois moins sentimentaux  
 
Deux fléaux qui ont eu raison du tourisme et de rappeler qu’après l’éradication des moustiques, il faudrait envisager de traiter la prolifération de ces poissons.
 
Avant 1999, le requin faisait parti de la carte des restaurateurs réunionnais. Cette année-là, un arrêté préfectoral, unique au monde, a interdit sa commercialisation. L’un des témoins souligne : « avant cette date, un squale était pêché par jour sur tous les ports de l’île ». Depuis plus rien. Les pêcheurs n’ont pas le droit de le vendre.

Enfin, les dirigeants des îles touristiques voisines  ne s’embarrassent pas de préjugés. Si un surfeur ou un baigneur est attaqué, la chasse aux requins est ouverte. Lors des derniers jeux des îles, un véliplanchiste avait été mordu au large de Mahé aux Seychelles. Le lendemain, les pêcheurs sortaient 40 squales de l’eau…

Communiqué
L'IRD signale que Bernard Seret est désormais retraité et que la vidéo date de 2014

Bernard Seret était jusqu’à récemment chercheur à l’IRD (il est depuis peu retraité) et étudiait effectivement les requins.
Il n’a par contre pas participé au programme CHARC, qui est coordonné par Marc Soria.
Pourriez-vous svp modifier la phrase « Bernard Seret, océanographe-biologiste, chercheur pour l’IRD et surtout responsable du programme CHARC » ?
Les informations exactes sont « Bernard Seret, chercheur de l’IRD retraité ».
 
Par ailleurs, vous reprenez des propos de Bernard Seret  issus d’une vidéo réalisée par Thinkovery et mise en ligne en juin 2014. Le lecteur de votre page pourrait donc croire que cette interview de Bernard Seret vient d’être réalisée, ce qui n’est pas le cas.
 
Je vous remercie par avance pour votre retour et reste à votre disposition pour tout complément d’information.
Cordialement.

Les conclusions du programme CHARC
Le suivi acoustique et satellite des requins bouledogue indique qu’ils ne sont pas présents de façon permanente sur la côte ouest de La Réunion. Les requins suivis ont été capables d’explorer l’ensemble des côtes de l’île, et aussi de parcourir plusieurs kilomètres dans le milieu pélagique océanique. Ils ne semblent donc pas être assujettis aux zones littorales , même si ces dernières représentent un de leurs habitats majeurs.

Par ailleurs, ils sont davantage présents sur la côte ouest entre Saint-Paul et Saint-Pierre pendant la période de transition été/hiver austral , c’est-à-dire de mars à juin.

Enfin, ils changent d’habitat au cours de la journée, alternant une occupation diurne au large (zones de repos) et nocturne près des côtes . Plus précisément, ils semblent se rapprocher des côtes en début d’après-midi (à partir de14h) et migrer dans la partie supérieure de la colonne d’eau, se rapprochant ainsi de la surface. Ils augmentent alors leur activité exploratoire, laissant supposer un comportement de chasse au crépuscule.

Comportement de reproduction :

L’analyse des gonades (organes reproducteurs) des requins bouledogue indique que leur période de reproduction à La Réunion s’étalerait de mars à août . En 2013 et 2014, les chercheurs ont constaté la présence de plusieurs mâles et femelles autour de sites particuliers, qui correspondraient à des sites d’accouplement : Etang du Gol et port de Saint-Gilles. De plus, les analyses génétiques effectuées sur une même portée ont montré l’existence de deux géniteurs mâles, pouvant indiquer une compétition accrue entre mâles à cette période.

Comportement alimentaire :

L’analyse des contenus stomacaux et des prélèvements sanguins effectués sur les requins étudiés a révélé un régime alimentaire composé de ressources issues de milieux côtiers (essentiellement du poisson). Les chercheurs ont ensuite confronté les données concernant la présence des requins marqués avec les indices de richesse en poissons, estimées à partir des données de débarquement fournies par les professionnels de la pêche. Il ressort de ces comparaisons que l’état des ressources disponibles près des côtes influence la présence des requins bouledogue . Ainsi, les chercheurs ont constaté une corrélation entre abondance en poissons et présence des requins marqués au large. Lorsque les ressources disponibles diminuent, les requins se rapprocheraient davantage des côtes pour se nourrir.

Les chercheurs ont également observé que des variables environnementales favoriseraient la présence des requins bouledogue près des côtes réunionnaises : hauteur de houle, pluviométrie, turbidité des eaux de surface.

Enfin, l’analyse génétique des échantillons de muscles de requins bouledogue provenant de La Réunion, du Mozambique et d’Afrique du Sud a révélé que ces requins partagent des gènes communs . Ainsi, ils interagissent entre eux et forment une seule et même population, ce qui n’était pas connu jusqu’à présent. Le taux d’échange entre individus reste toutefois à déterminer.

Voir l'intégralité de la restitution du programme CHARC
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