Chiens perdus : entre vol et disparition, les maîtres s'interrogent

océan indien
Chien errant
©Outre-mer 1ère
Chaque année, environ 100 000 chiens sont volés en France métropolitaine. A La Réunion, nombreux sont les propriétaires à perdre leur animal. Une fin pas toujours heureuse. Pour certains maîtres et certaines associations, il pourrait s’agir d’un trafic de chiens de race.
Anissa a perdu son labrador "Praline" en février dernier. Âgée de 11 mois, la chienne n’est jamais revenue de sa balade. "J’ai constaté que je l’ai perdu lorsque Praline n’est jamais revenue de sa sortie. Ce qui m’a alarmé c’est que derrière son collier, on avait laissé notre numéro de téléphone" explique-t-elle. Pour retrouver sa chienne, la Saint-Gilloise a placardé des affiches dans les commerces, les vétérinaires et même devant les écoles. Elle n’a jamais abandonné les recherches et a même créé une page Facebook entièrement dédiée au Labrador. "Cette chienne a changé ma vie pour le mieux, et son importance à mes yeux est beaucoup trop grande pour que je perde espoir et que j’abandonne" écrit-t-elle sur le réseau social.

 

De plus en plus de chiens volés à La Réunion

La jeune femme qui habite à Grand fond soupçonne qu’il y ait un trafic de chiens de race sur l’île. "Beaucoup de personnes ont témoigné en me disant qu’un Labrador était un type de chien très recherché ici", en ajoutant "qu’il est fort possible qu’elle soit détenue par une personne bienveillante qui pensait bien faire de la recueillir ou bien qu’elle ait été volée pour des reproductions illégales de chiots de Labrador".

Ecoutez le reportage d'Harini Mardaye :
 

Praline, toujours portée disparue


Si elle n’a toujours aucune nouvelle, Anissa ne baisse pas les bras. "J’ai vu des témoignages touchant de personnes ayant retrouvées leur animal de compagnie. Je demande aux personnes ayant Praline d’avoir une once d’humanité" conclut-elle. Pour retrouver Praline, Anissa a déposé une main courante à la gendarmerie. La jeune femme garde espoir de pouvoir retrouver un jour sa chienne. De son côté, Elodie* (prénom d’emprunt) avait perdu sa chienne Patate en septembre 2019, avant de la retrouver. Cependant, elle n’a jamais pu la récupérer.

 

"En 10 jours, ma chienne a été stérilisée et vaccinée"

"C’est un croisé Spitz. C’était une procédure très longue qui n’a débouché sur rien. En 10 jours, ma chienne a été stérilisée et vaccinée. Elle avait déjà son passeport et était prête pour voyager" confie Elodie. "Quand je l’ai perdu, elle n’était pas stérilisée et elle était en chaleur. Je suis dans le flou, je ne sais pas ce qu’il s’est passé et je n’arrive pas à avoir de réponses. Quand j’ai su où elle était, à savoir à la fourrière, je me suis présentée pour la récupérer. On m’a annoncé qu’une personne s’était déjà présentée à la fourrière en tant que maître et a récupéré ma chienne" déclare-t-elle. Aujourd’hui, Elodie n’a aucune nouvelle de sa chienne et n’a jamais pu la récupérer, après un long combat. "Je me suis rapprochée de différentes associations animales et il y a même une pétition en ligne qui a circulé. On a refusé de me rendre ma chienne car on m’accuse d’être en faute, sous prétexte que je n’avais pas eu le temps de l’identifier. Pour ces associations, il n’y a aucune raison de me rendre ma chienne" soupire-t-elle. "Elle serait apparemment en métropole, dans une famille. Mais je ne sais pas si elle se porte bien, ni si elle a vraiment été adoptée".

 

"Quand on aime son chien, on l’identifie"

Pour Caroline Baroche de l’association RPA, Réunion Protection Animale, "le problème à La Réunion c’est qu’il y a beaucoup de signalements de chiens volés ou perdus. Souvent les gens, quand ils s’absentent, laissent leur chien dans leur jardin alors qu’il faudrait que l’animal soit à l’intérieur pour ne pas que d’autres aient accès à leur chien". Des chiens qui sont "volés pour pouvoir effectuer des portées et être ensuite revendus". Caroline Baroche donne ainsi l’alerte sur les différentes annonces postées sur Internet concernant la vente d’animaux. "Il faut mettre en garde les gens. Un chien, avant de l’adopter, doit être identifié, vacciné. Quand on aime son chien, on l’identifie". Avant d’ajouter qu’avant d’acheter un chien, "il faut savoir d’où il vient". L'identification permet ainsi, en cas de perte ou de vol, au propriétaire de retrouver son animal. De même lorsqu'un animal aura été trouvé errant, elle permet aux services compétents (fourrière, police, vétérinaires) de contacter le maître.

A noter que le vol d’animaux est passible de trois ans d’emprisonnement et de 45 000 euros d’amende.

 

Vendre son animal à un laboratoire : un décret révolte les associations animales

Le 17 mars dernier, le gouvernement a fait passer un décret "modifiant certaines dispositions relatives à la protection des animaux utilisés à des fins scientifiques". Jusqu'à présent, les "cobayes" provenaient exclusivement de fournisseurs agréés. Les animaux étaient ainsi élevés à cette fin. Des dérogations exceptionnelles étaient possibles lorsque "la production des éleveurs agréés est insuffisante ou ne convient pas aux besoins spécifiques du projet" (art. R. 214-90 du code rural). Des conditions désormais supprimées. Avec ce décret, les particuliers, les élevages de chien de chasse ou d’animaux de compagnie peuvent désormais vendre leurs animaux à des laboratoires.

"C’est honteux et catastrophique ! C’est une horreur" lance Caroline Baroche, révoltée. "Je suis choquée de la part du gouvernement. Qu’il fasse ça en plein confinement quand personne ne le voit car on est trop dans le mal être, ça me choque et je trouve ce décret très grave" déclare-t-elle.

Pour Anissa, "je ne comprendrai jamais comment on peut donner son chien. A partir du moment où on l’exploite, je ne serai jamais d’accord ! Je suis juste choquée du décret. Quand on adopte un chien, on s’engage à l’aimer".

Pour Caroline Baroche, ce décret risque d’encourager les trafics de chiens volés à leur maître pour être revendus à des laboratoires. "Les particuliers pourront [vendre leur chien à un laboratoire] donc il y aura encore plus de vols de chiens ! Une pétition est en ligne pour faire annuler ce décret", avant de conclure que "la vivisection, c’est de la maltraitance".