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Crise sociale à La Réunion : une journée d’écoute pour Annick Girardin

Arrivée à La Réunion ce mercredi 28 novembre, la ministre des Outre-mer s’est brièvement exprimée à l'aéroport avant de se rendre sur le barrage de Gillot. Pour cette première journée, Annick Girardin, s'est tenue à l'écoute des revendications, même si le ton est parfois monté.
 

© Précilla Ethève Réunion La 1ère
© Précilla Ethève Réunion La 1ère
  • Lise Hourdel / Laura Philippon
  • Publié le , mis à jour le

" Regarder les choses en face, en toute transparence "

A son arrivée à La Réunion, la ministre des Outre-mer a entamé sa visite par une déclaration à la presse à l’aéroport Roland Garros. Annick Girardin a ainsi dit dans quel état d’esprit elle abordait son séjour.
 

" Je suis là pour écouter les Réunionnais et les Réunionnaises. Je suis là pour dialoguer avec eux plusieurs jours. "


Dialoguer et faire ensemble, sont les objectifs annoncés. Annick Girardin estime ainsi qu’il faut " faire ensemble " pour " permettre à La Réunion de se relever de cette crise de plusieurs jours ". Elle dit savoir que " ce territoire a de grosses difficultés ", " qu’il y a des gens qui souffrent depuis de longues années ", " qu’il y a un ras-le-bol assez général de la situation qui perdure ".
 

" C’est beaucoup plus profond que la question des carburants. "


Mais la ministre des Outre-mer n’oublie pas ceux " qui souffrent des barrages, ceux qui souffrent parce que leurs entreprises vont mourir ". Ainsi, Annick Girardin parle d’obligation à dialoguer et à trouver des points de sortie de cette crise pour ensuite reconstruire ensemble La Réunion.
 

" Il faut véritablement qu’on regarde les choses en face, en toute transparence et en toute honnêteté les uns envers les autres. "

 
Première déclaration de la ministre des Outre-mer à sa sortie de l'avion
 

Le temps de l’écoute

Dès sa sortie de l’aéroport, sous les huées de quelques Gilets Jaunes, la ministre des Outre-mer a pris la direction du barrage de Gillot, à quelques centaines de mètres. L’objectif : échanger avec les manifestants. Sur place, plus d'un millier de Gilets Jaunes l'attendaient. Pas simple d’organiser un dialogue dans ces conditions. Au moyen d’un mégaphone la ministre a redit ses intentions. Les mêmes mots ont été prononcés. 
 
© Géraldine Blandin Réunion La 1ère
© Géraldine Blandin Réunion La 1ère

Puis, ce sont cette fois les Gilets Jaunes qui ont pris la parole. D’abord pour évoquer les évacuations des barrages par les forces de l'ordre hier, mardi 27 novembre, et plus particulièrement celui de la Route du Littoral du côté de La Possession. Là des affrontements ont éclatés avec les forces de l’ordre. Des affrontements, peu avant la levée des barrages. Une minute de silence a alors été observée par les Gilets Jaunes.
 

Tension et frustration

Les échanges se sont ensuite déroulés dans une grande confusion et sous un soleil de plomb. Les centaines de Gilets Jaunes rassemblés ont rencontré de grandes difficultés à entendre les propos des uns et des autres. Tour à tour, des personnes sont venues exposer leurs difficultés, leurs quotidiens. Des situations diverses comme celles d’une retraitée, d’une étudiante, d’un entrepreneur ou encore de demandeurs d’emploi.

Taxes, impôts, vie chère, chômage des jeunes et autres problématiques ont ainsi été évoqués. " Le 20 du mois, nombreux sont ceux qui sont à découvert ", "marre de la vie chère à La Réunion " ou encore " Nous sommes pacifiques, merci de respecter la population réunionnaise, nous ne sommes pas des sauvages ". 

Malgré l’agacement qui a pu se faire sentir du côté des manifestants, la ministre semblait plutôt à l’aise dans l’exercice.
Arrivée d'Annick Girardin à La Réunion et échange avec les Gilets Jaunes sur le barrage de Gillot
 

Quels échanges avec les Gilets Jaunes ? 

Annick Girardin a ensuite pris la direction de la préfecture de Saint-Denis. Un comité d’accueil lui était une fois encore réservé. Elle a discuté quelques instants devant la préfecture, avec des commerçants et des artisans notamment, mais très vite la foule s'est bruyamment manifestée et les échanges ont été interrompus. La ministre est alors entrée en préfecture pour s’entretenir avec une délégation de Gilets Jaunes. Une rencontre tendue, durant laquelle le ton est parfois monté. " Ce n'est pas en 10 minutes qu'on réglera tout " a marqué la ministre.
 
Echanges tendus entre Annick Girardin et une délégation Gilets Jaunes en préfecture

Durant près de trois heures, Annick Girardin a écouté des Gilets Jaunes, des anonymes, chefs d’entreprises, des agriculteurs, pêcheurs ou encore des étudiants. Chacun leur tour, ils ont pris la parole pour interpeller la ministre. “Je n’ai pas de baguette magique mais je vais travailler avec vous pour que La Réunion retrouve une vie normale”, a déclaré Annick Girardin en demandant aux manifestants de la laisser circuler sur le territoire afin de se rendre sur les barrages. "Il y a trop de tensions sur le territoire, elle doit baisser. La Reunion a besoin de souffler. Faites moi confiance, je vous fais confiance".
Annick Girardin a fait preuve d’écoute mais aussi d’empathie : "J’ai besoin d’écouter, d’entendre les revendications et je réponds après”. “Je n’ai pas l’habitude de faire des listes au père noël, je regarderai toutes vos propositions et nous avancerons ensemble. Donner de suite des millions ne sert à rien”. 


La ministre piquée au vif

Le ton est parfois monté, notamment lorsque Linda Poudroux, une fonctionnaire territoriale a interpellé Annick Girardin sur la crise sociale que connaît La Réunion. “Mettez vos baskets, venez avec moi voir les gens de mon quartier qui n’ont pas de carrelage au sol”, a lancé la jeune femme avec virulence et détermination en haussant le ton. Piquée au vif, Annick Girardin a repris la parole. 
 

“Laissez moi vous répondre et vous verrez qui je suis. Nous irons ensemble voir cette maison sans carrelage. Je suis ultramarine et je viens d’un territoire Saint-Pierre et Miquelon, où la vie est encore plus chère qu’à La Réunion. Je suis et je viens du milieu associatif. Je n’arrivais pas à changer les choses alors j’ai passé un concours et je suis devenue fonctionnaire d’Etat car j’étais persuadée que j’arriverais à changer les choses, et je n’ai pas réussi. Alors je me suis impliquée politique et aujourd’hui je suis assise ici mais je n’ai rien oublié de qui je suis et d’où je viens. Je serais à vos cotés pour reconstruire la réunion et croyez moi je porte plus souvent des baskets. Vous avez en face de vous quelqu’un qui vient du terrain et qui s’est construite en affrontant la vie”. 

 

Et les annonces ? 

Durant cette matinée d’échanges, Annick Girardin a d'ores et déjà parlé d'intégrer au Livre Bleu des Outre-mer (synthèse des travaux des Assises des Outre-mer) de la question de la transparence sur la constitution des prix à La Réunion, à la manière du site internet créé pour Mayotte. La ministre a annoncé un million et demi d’euros pour le secteur associatif, puis elle a expliqué qu’elle ferait ce soir des annonces pour le social et contre la pauvreté à La Réunion. Dès demain, elle devrait faire des annonces sur l’économie. Elle a prévenu que la transparence serait une priorité. "Certains d'entre vous demandent la suppression de l'octroi de mer. Faut-il le faire ? Le débat doit se faire en toute transparence,” souligne Annick Girardin.

A la sortie de la préfecture, les interlocuteurs ont été hués par des centaines de Gilets Jaunes rassemblés pour surveiller les entrées et sorties. Dehors, ils estimaient que cette délégation n’était pas représentative de leur mouvement. La tension a été vive. 

Après avoir reçu les organisations syndicales et les maires du Nord et de l’Ouest, la ministre s’est rendue à Réunion La 1ère pour répondre aux questions des auditeurs. Une fois encore, la ministre a écouté les attentes. Reste à savoir maintenant si ses annonces à venir permettront de désamorcer la crise sociale. La ministre l’a dit : elle n’a pas de billet retour. Juste un impératif : être au Sénat, lundi. 

 

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