" Dry January ", le mois de janvier sans alcool fait polémique

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La vente d'alcool à emporter sera interdite la nuit
La vente d'alcool à emporter sera interdite la nuit. ©Imaz Press
Alors que le plan de lutte contre l’alcoolisme entre tout juste en vigueur à La Réunion, une initiative également lancée en ce sens fait polémique. Connaissez-vous le défi " Dry January ", c’est-à-dire le mois " sans " alcool ou en tout cas avec moins d’alcool ?
Rarement absent en cette période de fêtes, l’alcool sera-t-il le grand absent de ce début d’année ? Depuis 2013, le mois de janvier est un mois sans alcool en Grande-Bretagne. Une initiative que beaucoup aimeraient voir s’implanter à La Réunion, exceptés peut-être les acteurs de la filière.

Faute du soutien de l’Etat, le défi est tout de même lancé par une vingtaine d’associations et des professionnels de santé au niveau national. Dans le même temps à La Réunion, les autorités renforcent la politique de lutte contre l’alcoolisme.
 

Le projet Dry January

Un mois sec, enfin un mois durant lequel on réduit sa consommation plutôt que de l’arrêter. Après les fêtes, il s’agit essayer de faire une pause au niveau de sa consommation d’alcool.
 

" Avec des opérations comme celle-ci, on s’aperçoit que ce n’est pas si évident de diminuer sa consommation parce qu’on s’aperçoit qu’on est sollicité tout le temps ", explique Bérénice Doray, professeure de génétique au Chu de La Réunion et doyen par intérim de la faculté de médecine.


Si c’est une première en France, en Grande-Bretagne cela fait plusieurs années que de nombreuses personnes relèvent ce défi. Outre les économies financières, deux tiers à trois quart des personnes ont ressenti des biens faits au niveau de la santé en général. Plus de concentration, moins de stress et un meilleur sommeil ont été constatés. La perte de poids fait aussi partie des améliorations.
 

La modération plutôt que l’abstinence

L’abstinence n’est pas l’objectif de ce défi, du moins dans sa version française. Il s’agit plutôt de faire un point sur sa consommation et de mesurer la place qu’occupe l’alcool dans nos vies. L’idée est de parvenir à un meilleur contrôle de cette consommation et d’éviter d’être dans l’excès.
 

" L’excès, c’est quand on arrive plus à contrôler les choses et qu’on a des dommages. Des dommages qui peuvent être pour la santé, des dommages accidentels, dans la vie professionnelle ou familiale ", explique Bérénice Doray.


Dès le premier verre, il y a une prise de risque, " l’alcool, c’est un toxique ", ajoute-t-elle. Santé Publique France a fixé des repères au-delà desquels il y a vraiment un danger pour la santé. Plus de deux verres par jour et plus de dix verres par semaine ont ainsi été fixés.
 

Les lobbies montent au créneau

Au départ, l’agence Santé Publique France, qui dépend du ministère de la Santé, devait justement piloter ce " Dry January ",  mais le projet aurait été abandonné sous la pression des lobbies de l’alcool selon de nombreux professionnels de santé. Plusieurs personnalités ont même signé une tribune dans le Figaro contre ce défi. 
 
Au final, c’est sans le soutien de l’Etat que la vingtaine d’associations s’est lancée dans l’opération. Un lancement qui s'est voulu plutôt offensif d'ailleurs.
L'Etat qui semble cependant changer d'attitude. Sur le compte tweeter officiel de la Mission interministérielle de lutte contre les drogues et les conduites addictives, la MILDECA, un tweet faisant référence au " Dry January " vient d'être posté ce jeudi 2 janvier.
   

L’alcool, un fléau à La Réunion

A La Réunion, on observe deux fois plus de décès liés à l’alcool qu’au niveau national. L’île est également la première région de France en termes d’interpellations pour ivresse publique et manifeste. 35% des accidents mortels impliquent un conducteur dont le taux d’alcool est supérieur à la réglementation en vigueur.

Face à ce constat, le préfet lance un plan d’actions pour restreindre l’accès à l’alcool. Depuis le 1er janvier 2020, la vente à emporter de toutes boissons alcooliques est interdite entre 21h et 6h dans tout le département.

Une charte de prévention a également été signée avec les débitants de boissons et un rappel a été fait quant à l’interdiction de toute publicité et d’installation de débits de boissons dans un périmètre de 200m autour des structures éducatives notamment.