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Mea culpa des élus, transparence et pouvoir d’achat : la visite d’Annick Girardin à La Réunion s’achève

Au 14ème jour de mobilisation des Gilets Jaunes, la ministre des Outre-mer achève sa visite de trois jours à La Réunion par un discours adressé aux Réunionnais. Cyrille Melchior et Didier Robert ont été invités à se joindre à elle.
 

© Imaz Press Réunion
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  • Par Lise Hourdel
  • Publié le
Ce vendredi 30 novembre, au terme de trois jours de dialogue avec les Gilets Jaunes, mais aussi les acteurs du monde économique, les organisations syndicales, les élus ou encore les associations, la ministre des Outre-mer a voulu refermer sa visite sur un moment fort.

Un moment d’annonces sur le pouvoir d’achat notamment et le fonctionnement institutionnel, avait-elle prévenu, auquel le président de la Région et le président du Département ont été invités.
Les dernières annonces à La Réunion de la ministre des Outre-mer
 

Le mea culpa des élus


Si le président du Département, Cyrille Melchior, a été le premier à prendre la parole, c’est bien le discours de Didier Robert qui aura été le plus marquant. Dès le début, le président de Région fait un aveu : " mon action et celle de mes équipe, pour la part qui me concerne, n’aura pas été suffisante. Je le reconnais avec beaucoup d’humilité ".

Didier Robert parle aussi des élus qui ont beaucoup perdu en crédibilité vis-à-vis d’une partie de l’opinion publique. " Les calculs politiciens, les attaques violentes et les petites querelles participent évidemment à renforcer la défiance des citoyens ", dit-il avant d’ajouter qu’il " n’ont plus leur place face à la gravité de la situation ! "

Le président de Région propose ainsi aux élus de La réunion de respecter un principe : " un homme, un mandat, une fonction ". A l’issue de son allocution, il déclarera à la presse s’engager à démissionner de son poste de président des musées régionaux.
 

La transparence


Un mot reviendra à plusieurs reprises dans le discours de Didier Robert, mais aussi dans celui de la ministre des Outre-mer, la "transparence". Il propose notamment l’adoption d’une charte de la transparence et de l’efficacité des fonds publics. " Il y a eu un avant. Il y aura un après ". Ainsi, le président de Région s’engage à ne travailler qu’avec les collectivités locales, les entreprises et les associations signataires.

Une transparence envers les citoyens à qui davantage de place semble vouloir être donnée. La création, dans un délai de trois mois maximum, d’un Conseil consultatif Citoyen est ainsi proposée. Composé de citoyens tirés au sort, il aura pour mission de préparer et de porter les référendums d’initiative populaire.

Des évolutions dans l’organisation et la représentation politiques comme un mea culpa pour apaiser les Gilets Jaunes, qui ont rejeté tout du long les élus. Un signe d’apaisement qui semble en appeler un autre, celui de la levée des barrages, demandée à deux reprises par Didier Robert et les trois durant les trois derniers jours par la ministre des Outre-mer.
 

Des prix "comme si nous étions collés à la Métropole"


Un mea culpa et une exigence de transparence pour un retour de la confiance d’une partie de la population et ainsi reprendre sa place aux yeux de ceux qui ont banni les élus de ce la gestion de cette crise. C’est en tout cas au président de Région qu’ont été confiées les principales annonces.  

Pour " apporter une vrai réponse à la question de la formation des prix, à la question de la vie chère ", il estime qu’il faut penser et imaginer La Réunion " comme si nous étions collés à la Métropole ". Didier Robert veut ainsi mener le combat de la " continuité territoriale des biens et des marchandises ".

Mais pour cela, trois leviers doivent évoluer, dit-il. Ainsi, Etat Europe, et Région devront financer la prise en charge des surcoûts du fret pour les produits et les marchandises entre la métropole et La Réunion, soit 350 millions d’euros par an.

Enfin, le président de Région se dit prêt à ouvrir le débat sur la révision de l’octroi de mer, avec la population mais aussi avec les communes, dont les budgets et donc les missions dépendent pour beaucoup des recettes. De plus, la question d’une baisse ou même d’une suppression de la TVA sur certains produits doit aussi être posée.
 

Pourvoir d’achat et formation des prix


Enfin, Didier Robert confirme, de manière solennelle, à la fois le gel de l’augmentation de la taxe carburant à partir du 1er janvier 2019 et la baisse effective des taux pour les ramener aux bases de janvier 2017 et ainsi effacer toute augmentation de la fiscalité sur le diesel et l’essence.  

A son tour, la ministre des Outre-mer a parlé pouvoir d’achat et formation des prix. Si elle rappelle les mesures sociales énoncées l’avant-veille, dont la mise en œuvre sera confiée au délégué interministériel à la lutte contre la pauvreté, elle dit souhaiter que le prix maximum du panier moyen du bouclier qualité-prix baisse de 10%. La ministre veut aussi un "panier péi" permettant de composer un "repas péi" par jour pour une famille modeste de 4 personnes.

Par ailleurs, Annick Girardin annonce avoir demandé à l’Autorité de la concurrence de rendre un avis, en avril 2019, sur l’importation et la distribution des produits de grande consommation. Un délégué à la concurrence outre-mer désigné au ministère de l’économie et des finances et un correspondant aux outre-mer viendront dans l’île dès le mois prochain pour engager une "opération vérité sur les prix".

Enfin, la ministre des Outre-mer propose une participation citoyenne en associant 50 Réunionnais aux travaux de l’Observatoire des prix.
 

Les collectivités ne feront pas sans l’Etat


Si comme la ministre des Outre-mer, Cyrille Melchior et Didier Robert s’accordent à dire qu’il faudra avancer collectivement pour reconstruire La Réunion, les présidents des collectivités ne veulent pas être seuls à en porter le poids.

Pour Didier Robert, cela " ne peut fonctionner que si toutes nos institutions travaillent ensemble, et qu’on ne nous impose rien depuis Bruxelles ou Paris sans une concertation préalable avec la population, avec le territoire et réciproquement ". Cyrille Melchior affirme que le département est prêt à s’engager, mais les moyens de la collectivité sont insuffisants pour relever les défis, affirme-t-il. Il attend donc que l’Etat soit à ses côtés.

La ministre des Outre-mer conclura son intervention par ces mots :
 

" Nous engageons aujourd’hui un travail de fond. L’Etat n’est pas, loin s’en faut, le seul détenteur des réponses aux défis qui sont devant nous. Les Réunionnaises et les Réunionnais sont exigeants. Ils ont raison de l’être. Il nous appartient d’être à la hauteur de leurs attentes. "


Reste à savoir si les paroles de la ministre des Outre-mer, du président de Région et du président du Département répondront à la colère des Gilets Jaunes, mobilisés depuis 14 jours.
 

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