Des opérations sans autorisation à la clinique des Orchidées : retour sur l'affaire en 5 actes

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(Photo d'illustration) Une des cliniques du groupe Clinifutur à La Réunion.
(Photo d'illustration) Une des cliniques du groupe Clinifutur à La Réunion. ©Imaz Press
Au Port, la Clinique des Orchidées, du groupe Clinifutur, a pratiqué des opérations de chirurgie digestive sans autorisation. L'ARS a régularisé cette activité et s'en explique. L'affaire fait bondir le Centre Hospitalier Ouest Réunion. Le point en 5 actes.
Pourquoi la chirurgie des cancers digestifs à La Réunion fait la une de l'actualité ? Depuis lundi, la polémique enfle sur la pratique d'opérations à la Clinique des Orchidées, au Port. L'ARS, Agence Régionale de Santé, est pointée du doigt. Le Groupe Clinifutur se défend. Retour sur l'affaire. 

 

Acte 1 : Les autorisations de chirurgie digestive à La Réunion

En juin 2018, trois établissements hospitaliers de La Réunion bénéficiaient de l’autorisation de chirurgie des cancers digestifs sur la zone Ouest-Sud de l'île : le CHU de La Réunion, site Sud, le CHOR (Centre Hospitalier Ouest Réunion) et la Clinique Durieux, au Tampon.

Cette dernière a ensuite perdu son autorisation délivrée par l'ARS. L'Agence Régionale de Santé explique que la Clinique Durieux a "connu une baisse importante de son activité de chirurgie des cancers digestifs, la positionnant en dessous des seuils minimaux garantissant une technicité suffisante des équipes". L'ARS affirme alors que l'autorisation de pratiquer ces opérations était disponible "pour un autre candidat".

 

Acte 2 : Une pratique sans autorisation aux Orchidées

Dans le même temps, au Port, la clinique des Orchidées, du groupe Clinifutur, a réalisé des opérations de chirurgie des cancers digestifs sans autorisation de l'ARS, et ce depuis cinq ans. Cette semaine, nos confères du Journal de l'Ile ont révélé que l'ARS était informée de cette pratique.

En juillet dernier, le groupe Clinifutur aurait tenté d'obtenir à posteriori la fameuse autorisation de la part de l'ARS. En octobre, l'Agence Régionale de Santé émet un avis favorable, mais ne mentionne pas que des opérations de chirurgie digestive sont déjà réalisées à la clinique des Orchidées, depuis cinq ans.

 

Acte 3 : La colère du CHOR, Centre Hospitalier Ouest Réunion

A quelques kilomètres du Port, à Saint-Paul, le Centre Hospitalier Ouest Réunion s'indigne. Trois syndicats du CHOR reprochent aux autorités de santé d'avoir accordé cette autorisation. La direction du CHOR engage un contentieux pour contester l'autorisation, sur le fond et sur la forme. Le groupe Clinifutur a "embauché des chirurgiens digestifs" pour la clinique des Orchidées, affirme Dominique Legros de la CDFT Santé.
 

"L'ARS était au courant et ne l'a pas mise à l'index. Tout a été fait aux yeux de tous et aujourd'hui l'ARS délivre une autorisation de chirurgie de cancer digestif au groupe Clinifuture", conteste Dominique Legros qui estime que l'ARS "n'a pas joué son rôle d'arbitre" et a entraîné "un déséquilibre de l'offre public/privé".


La CFDT, l'UNSA ET SUD santé réclament le retrait de cette autorisation. Un recours gracieux a été déposé auprès de l'ARS et un autre auprès de la Fédération Hospitalière de France.

La contestation devient aussi politique. La députée, Huguette Bello, s'est rendue à l'ARS aux côtés des syndicats du CHOR, pour demander des explications. "Je ne me résous pas à ce que quelques personnes dépouillent l'hôpital public. Je n'ai rien contre le privé. Mais des conventions existent et régissent la coopération entre public et privé. Elles doivent être respectées", déclare Huguette Bello à nos confrères du JIR.

 

Acte 4 : La réponse de l'ARS

De son côté, l'Agence Régionale de Santé affirme que "la répartition de la prise en charge est respectée" et n'envisage pas de retirer cette autorisation. Lors du dépôt des candidatures, "le dossier de la Clinique Les orchidées, seule candidate, et seul établissement de la zone Ouest-Sud en capacité de solliciter cette autorisation, a été déposé dans le respect de la procédure, et satisfaisait aux conditions pour bénéficier d’un accord", affirme l'ARS.
 

"Cette décision, prise en conformité du Projet Régional de Santé, répond aux besoins de santé de la population. Elle s’inscrit dans une coopération souhaitable (…) entre les établissements publics et privés de La Réunion", poursuit l'ARS pour qui "cette décision traduit une régularisation en cours des activités effectuées sans autorisation, sous réserve d’une stricte conformité aux exigences de qualité et de sécurité des soins."

 

Acte 5 : Clinifutur se défend

Ce jeudi 19 décembre, le Groupe de Santé Clinifutur rejette les accusations "d'opérations illégales" et tient à "rassurer ses patients". "Confrontés à des nécessités de prises en charge de patients, nous avons en accord avec les autorités et l'autorité Régionale de Santé, opérer les gens sur place", explique Paul Menguy, chirurgien à la Clinique des Orchidées. Dans un communiqué, le Groupe Clinifutur explique :
 

"Notre établissement assure en toute transparence et depuis de très nombreuses années des prestations de soins pour les patientes atteints de Cancer dans des conditions optimales de qualité et de sécurité des soins. L’autorisation d’activité de traitement chirurgical des cancers digestifs a été prononcée en toute conformité et légalité en cohérence avec le Projet Régional de Santé".