A Anse les Hauts, dans le sud de La Réunion, l’artiste Kako promet de replanter une forêt primaire sur un ancien domaine qu’il cultive avec ses dalons. Entre sarcloir et pinceaux, ils ont décidé depuis deux ans de réaliser ce rêve.

 

La Kour Madame Henry

Pas facile de trouver la fameuse Kour Madame Henry, où l’artiste Kako vous donne rendez-vous.
Pas franchement sur les cartes de l’île.
Une sorte de Lémurie ? Un pays imaginaire ? Oui, sans doute un peu.
Je me perds dans les chemins de cannes en voulant m’y rendre seule. Kako vient à la rescousse, et m’embarque dans son 4X4.
La Kour Madame Henry ? C’est là ! Entre les ornières qu’il évite autant que faire se peut.
Derrière les rideaux de cannes, l’histoire de ce lieu n’a pas disparu. Le nom, est resté, et me fait déjà rêver.
Ça pourrait être le titre d’une chanson non ?

Vers la Kour Madame Henry © Anne Bonneau

 

Sou le piédbwa ?

On va attendre un peu pour causer avec Kako sous les piédbwa.
Pour l’heure, les plantations de ce qui sera demain une forêt primaire ne font guère d’ombrage. Trop jeune ! Mais la varangue ouverte sur une vue de milliardaire est là pour nous accueillir.
« C’est roots » dit-il.
C’est merveilleux.
C’est calme, les asperseurs grenouillent comme des insectes dans le champ en contrebas, il y a de l’ombre, une petite brise qui ne frise pas la bonnette de mon micro, de l’eau qui chauffe pour le café et une vie à raconter.
Alors roots, peut-être, mais idéal pour le partage.

Kako, art-griculteur © Anne Bonneau

On doit recréer des petites oasis de vie et de fraternité, comme dit Edgar Morin. Du lien avec le vivant, quoi

Kako

 

Dans les champs

Les dalons sont là, dans les champs en contrebas.
Car il ne faudrait pas croire qu’un tel projet se construit en claquant des doigts !
Pour commencer à planter cette forêt en devenir, il a fallu extirper la canne, créer des allées, apporter de l’eau et de l’énergie. Soutenue.
Laisser de côté alors les productions artistiques.
Ni Kako, ni son alter ego Stéphane Kinkle ne s’en plaignent aujourd’hui!

Faire de la peinture, faire de l'agriculture, par Stéphane Kinkle et Kako

Kako, dans la Kour Madame Henry © Anne Bonneau

 

Piédbwa iconique

Il est né là, juste à côté, Kako. Ses premiers pas à Montvert les Hauts, ses premiers émois sous les piédbwa du Piton Montvert. Une des raisons qui le pousse à nourrir sa production artistique d’arbres à foison ?
Même quand il explore les contrées racines de la Réunion, lors de son odyssée artistique intitulée «  Le tour des origines d’un nouveau monde », les arbres l’inspirent : en Chine, en Inde, à Madagascar. Ils servent de matière, ils font écho, ils résonnent sous les croquis et dans les photos prises par l’artiste plasticien, s’exprimant sur des supports aussi variés que le calque et l’encre, ou la tronçonneuse et le fer à souder.

Lors de sa dernière résidence d’artiste, au Musée Léon Dierx, il se résout à quitter la Kour Madame Henry, mais pour se rapprocher encore un peu plus, des arbres.
Proposant une réflexion, des émotions, autour du rapport que l’on entretient avec l’arbre.

 

Semer, planter, partager

 

Kako, en cuisine dans la Kour Madame Henry © Anne Bonneau

Vivre au cœur du vivant, par Stéphane Kinkle

Il y avait du beau monde, ce jour-là, dans la Kour Madame Henry.
Des artistes les bottes dans la terre (pour éviter les fourmis, ici c’est bio, donc ça pique !), des idées plein la tête, des envies de peintures byzantines dorées à l’or fin et d’ateliers de tressage.
Fou comme gratter le sol sous le chant des becs-roses inspire à la méditation créative !


Enfin, comme on ne vit pas seulement d’art et d’eau fraiche, on est allé, qui cueillir un bouquet de basilic, qui rincer la salade, qui pousser le feu de bois sous les lentilles, pour un repas qui s’étire en conversations.

 

Colette avait envie de rire, Ti Cok avait mille histoires à raconter, Marie silencieuse prenait des photos, Jean-Marc avait apporté ses palmes - ne lui demandez pas pour quelle raison - Caro ses sourires de deux mille volts.

Stéphane et Kako se laissaient absorber par l’infini du bleu autour.

Voilà, c’est peut-être ça finalement, une petite oasis de vie et de fraternité.