Recruter sur l'aimer-faire plutôt que le savoir-faire, l'objectif de ce job-dating innovant

L'événement est inédit à La Réunion, mais aussi dans l'outre-mer.
La première "Journée des recrutements innovants" s'est tenue ce mardi 14 juin 2022 à la Nordev. Un concept original qui a pour but de faire face aux difficultés de recrutement rencontrées sur le département, et qui souhaite casser les codes des entretiens traditionnels.

Auriez-vous l’idée d’aller prétendre à un emploi sans CV ? C’est pourtant le concept qui a réuni 1 500 demandeurs d’emploi à la Nordev ce mardi 14 juin 2022, pour la première édition de la “Journée des recrutements innovants” organisée par le Club Innovons pour l’Emploi. 

Regardez le reportage de Réunion La 1ère : 

Job dating : un recrutement innovant...au feeling

Le concept se veut innovant : ici, ni CV ni lettre de motivation, ni même nom ou prénom. Les entreprises elles aussi, sont anonymes. Pourtant, l’objectif est bien d’aboutir à des recrutements à la fin de la journée, mais sur la base des appétences.

1 500 candidats, une centaine d'entreprises 

Ainsi, les 1 500 candidats à l’emploi de ce mardi ne se vendent pas sur ce qu’ils savent faire, mais bien sur ce qu’ils aiment faire. Emmanuelle Deleflie, vice-présidente du Club Innovons pour l’Emploi, elle-même chef d’entreprise, se félicite de ce “rendez-vous inédit mais surtout innovant”.  

Le club Innovons pour l’Emploi, nous sommes une vingtaine d’entreprises, qui ne croyons plus vraiment aux bienfaits d’un CV ou d’une lettre de motivation, c’est pourquoi on a décidé de faire se rencontrer des appétences, c’est-à-dire des personnes qui n’ont pas forcément connu un univers ou un secteur, mais qui peuvent très bien y trouver du plaisir, parce que l’idée c’est quand même le plaisir au travail.

Emmanuelle Deleflie, vice-présidente du Club Innovons pour l'emploi

Première Journée des recrutements innovants à la Nordev le mardi 14 juin 2022

Faire fi des compétences, considérer les appétences

Un travail en amont a été effectué par Pôle emploi les semaines précédentes pour former recruteurs et candidats à cette méthode inédite. Et ce mardi à la Nordev, Les appétences sont identifiées et regroupées autour de six univers aux codes couleur différents : la serviabilité, la communication, la débrouillardise et l’adaptation, l’esthétisme et la créativité, le challenge, la persévérance, l’intuition et la pensée critique...   

Le champ des possibles a été ouvert : on a tous types de secteurs, le service, la partie commerciale, l’hôtellerie-restauration qui est très représentée... Et les demandeurs d’emploi ne connaissent absolument pas l’identité de la personne qui est en face. L’idée c’est juste d’avoir des appétences qui se rencontrent.

Emmanuelle Deleflie, vice-présidente du Club Innovons pour l'Emploi

Un job dating à l'aveugle, c'est une première de cette ampleur à l'échelle nationale.

Mais les habitudes sont tenaces, et il faut réapprendre à mener un tout nouveau type d'entretien, pour les recruteurs. “Ce qu’on recherche aujourd’hui c’est des gens motivés. Mais mener un entretien à l’aveugle n’est pas simple car on a toujours nos critères sur la compétence, la formation, le CV... Mais on ouvre d’autres champs autour des appétences. Là on est sur le stand de la débrouillardise, de l’optimisation et de l’adaptation”, explique Caroline Tachon, directrice d’exploitation dans une entreprise de travail temporaire. 

"On parle au lieu de laisser le CV parler"

Du côté des demandeurs d’emploi, la méthode semble convaincre. “C’est bien. J’ai préparé l’entretien, mais on ne me demande pas ce qu’il y a dans mon CV, juste ce que je vaux pour une entreprise, tout simplement. C’est avantageux pour les gens qui stressent avant les entretiens au regard de ce qu’il y a sur leur CV”, explique Moinécha, demandeuse d’emploi de 22 ans. 

Ni CV, ni lettre de motivation pour les demandeurs d'emploi, pas d'identité non plus pour les chefs d'entreprise.

Les employeurs ne savent rien sur nous, on a plus de choses à dire, on parle au lieu de laisser le CV parler”, retient Noa Siou au sortir d’un entretien. “La plupart du temps on joue sur les compétences, et là sur les appétences, c’est deux choses différentes. Il n’y a pas les mêmes questions que d’habitude”, raconte Vincent. 

Un événement inédit en outre-mer

L’événement se tient pour la toute première fois dans l’outre-mer, et s’est tenu une unique fois auparavant, en Normandie et à plus petite échelle. Il avait alors abouti à 30% de contrats signés parmi les candidats présents. “On espère faire mieux”, sourit Emmanuelle Deleflie.

1 500 demandeurs d'emploi avaient rendez-vous avec leur éventuel futur job.