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Retour sur onze jours de crise sociale à La Réunion [CHRONOLOGIE]

Le mouvement des Gilets Jaunes se durcit à La Réunion. Une grave crise sociale secoue l'île. Depuis le 17 novembre, écoles et administrations sont fermées, comme de nombreux commerces et services municipaux. Retour sur 11 jours de crise avant l'arrivée de la ministre des Outre-mer prévu ce mercredi.

Rassemblement des gilets jaunes devant la préfecture de La Réunion. © IMAZ PRESS
© IMAZ PRESS Rassemblement des gilets jaunes devant la préfecture de La Réunion.
  • Par Laura Philippon
  • Publié le , mis à jour le

Jour 1 : L’étincelle des Gilets Jaunes

Samedi 17 novembre, les Gilets Jaunes appellent à une mobilisation partout en France. Expression d’une colère citoyenne, la contestation est née sur les réseaux sociaux et le mot d’ordre est national. A La Réunion, les Gilets Jaunes dénoncent la hausse des prix des carburants et la vie chère. Trop de taxes, pas assez de pouvoir d’achat, les manifestants rejettent les politiques actuelles. A La Réunion, la mobilisation des Gilets Jaunes semble être l’étincelle d’une crise sociale plus profonde.

De Saint-Pierre à Saint-André, Saint-Benoît, Saint-Leu ou encore Saint-Joseph, des dizaines de barrages se mettent en place. A Saint-Denis, les Gilets Jaunes quittent la place de la Préfecture et envahissent la route du Littoral paralysant la circulation sur cet axe stratégique qui relie le sud et le nord de l’île en passant par l’ouest. La circulation est quasi impossible, l’activité économique ralentie. Des commerces ont gardé leur rideau baissé.
 

Cette journée du 17 novembre s’achève dans l’incertitude. Des Gilets Jaunes veulent revenir sur les barrages dès le lendemain matin. A la tombée de la nuit, des affrontements éclatent entre jeunes et forces de l’ordre dans les quartiers sensibles du Chaudron et des Camélias à Saint-Denis. L'hélicoptère de la gendarmerie survole le chef-lieu une bonne partie de la nuit.


 

Jour 2 : Les violences urbaines

Dimanche 18 novembre, La Réunion se réveille d’une première nuit de violences urbaines. Poubelles et voitures incendiées, face à face entre forces de l’ordre et groupes de jeunes à Saint-Denis mais aussi à Saint-Benoît : 24 personnes sont interpellées.
 
Violences urbaines : les dégâts à Saint-Denis

Abandonnés le temps d’une nuit, les barrages se reforment : Gillot à Saint-Denis, Saint-André, le Portail à Saint-Leu, mais aussi au Tampon. Ce dimanche les forces de l’ordre changent de ton. Toute entrave à la circulation sera sanctionnée, prévient la préfecture. Après concertation, des manifestants libèrent les routes en fin de journée, mais promettent de revenir dès le lendemain. Une fois encore, à la tombée de la nuit, de jeunes casseurs prennent la place des Gilets Jaunes sur les barrages. La Réunion connaît une nouvelle nuit de violences urbaines aux quatre coins de l’île. Affrontements, incendies, magasins vandalisés. Quatre gendarmes sont blessés à St-Paul.  Au Port, une concession automobile est incendiée.   
 
© Radar 974
© Radar 974


 

Jour 3 : La paralysie

Lundi 19 novembre, l’île est totalement paralysée. Une trentaine de barrages sont en place. Les écoles, administrations, commerces et stations-service sont fermés. Des axes stratégiques et économiques de l'île sont bloqués par les Gilets Jaunes, tels que le rond-point de l'aéroport de Gillot, et la SRPP,  la Société Réunionnaise de Produits Pétroliers. "Le seul moyen de nous faire entendre, est de bloquer ce poumon économique de l'île", disent des manifestants. La préfecture déclenche le plan ORSEC hydrocarbures pour permettre l’approvisionnement de véhicules prioritaires. A l’aéroport, les vols sont modifiés.

En fin de matinée, les forces de l’ordre décident d’intervenir pour déloger les Gilets Jaunes de la Route du Littoral et font usage de gaz lacrymogènes. Excédés, les Gilets Jaunes rejoignent le centre-ville de Saint-Denis. En début d'après-midi, près de 250 manifestants envahissent la cour de l'hôtel de Région. Les forces de l'ordre font à nouveau usage de gaz lacrymogènes pour disperser la foule.
 
Le barrage du Barachois et la route du Littoral

En soirée, la préfecture de La Réunion demande des renforts. La ministre des Outre-mer, Annick Girardin, appelle au calme. A la tombée de la nuit, les violences urbaines éclatent à nouveau. Plusieurs commerces de Saint-Denis et du Port sont vandalisés.


 

Jour 4 : Le couvre-feu

Première prise de parole du préfet de La Réunion au quatrième jour de blocage dans l’île, mardi 20 novembre. Amaury de Saint-Quentin ordonne la mise en place d’un couvre-feu de 21h à 6h dans quatorze communes de l’île, jusqu'au vendredi. Une décision jugée "forte et inédite" par le préfet. La préfecture explique qu’elle souhaite ainsi faciliter l’intervention des forces de l’ordre à la tombée de la nuit pour rétablir la sécurité dans l’île. Il estime que la situation est sous contrôle et que des discussions vont s’engager.
 

Dans un communiqué publié en soirée, le président de la Région Réunion, Didier Robert, explique avoir "demandé au gouvernement une dérogation pour La Réunion sur l'augmentation de la taxe sur les carburants pour les trois prochaines années". "La taxe sur les carburants à la Réunion sera gelée sur 3 ans", confirme le lendemain le gouvernement.


 

Jour 5 : journée d’affrontements au Port

Nouveau réveil difficile à La Réunion ce mercredi 21 novembre, avec les flambées de violences de la nuit. Au total, 109 personnes ont été interpellées, et trente membres des forces de l'ordre ont été blessés. L’un d’eux grièvement. Une grenade a explosé accidentellement dans un véhicule de police. Au Chaudron, le magasin Score a été pris pour cible par des casseurs. Des affrontements ont aussi eu lieu à Saint-Denis et au Port où un journaliste de Réunion La 1ère est agressé. Des scènes de guérilla urbaine ont éclaté à Saint-Gilles.

Tout reste fermé dans l’île, les barrages sont toujours en place et de plus en plus organisés. En marge du mouvement des Gilets Jaunes, des heurts éclatent au Port entre jeunes et forces de l’ordre en pleine journée. Pendant plus de trois heures, les affrontements sont d’une rare violence.
 

Le président du département, Cyrille Melchior lance un appel au gouvernement. Il présente un mémorandum co-signé par 40 élus et intitulé  "La colère légitime des Reunionnais doit être entendue : 10 proposition pour La Réunion". Une des portes paroles de la coordination des "gilets jaunes responsables" affirme qu’une plate-forme de revendications communes va être préparée. "Nous prendrons le temps qu'il faudra pour bien faire les choses pour les Réunionnais", déclare-t-elle en rappelant qu’il "n'y a pas de leader, c'est un mouvement citoyen".

Les rares magasins ouverts sont pris d’assaut par des Réunionnais qui cherchent à se réapprovisionner. A la nuit tombée, le couvre-feu entre à nouveau en vigueur. Face à cette crise sociale devenue historique, des artistes péi réalisent une vidéo pour appeler au calme.
 


 

Jour 6 : La crise s'enlise, Macron tweet

Après une nuit de violences plus localisées dans l’Est de l’île, Bras-Panon se réveille sous le choc. Un déferlement de violences a touché la commune avec des commerces saccagés et des affrontements avec les forces de l’ordre.
 

Dans la nuit, Emmanuel Macron a réagi dans un tweet. Le chef de l’Etat explique : "ce qui se passe à La Réunion est grave". "Nous serons intraitables car on ne peut pas accepter les scènes que nous avons vues." Ce jeudi 22 novembre est marqué par une image forte. De milliers de Gilets Jaunes quittent l’Est et convergent au barrage de Gillot. Face aux forces de l’ordre, ils chantent la Marseillaise à plusieurs reprises, et kraz un maloya. Les forces de l’ordre se retirent après un moment de tensions. Un autre rassemblement de Gilets Jaunes a lieu au même moment dans l’Ouest de l’île au Port. Dans la soirée, la ministre des Outre-mer, Annick Girardin, annonce qu’elle "va se rendre sur place dans quelques jours dans un esprit de dialogue".
 


 

Jour 7 : Le couvre-feu prolongé

Vendredi 23 novembre, le préfet de La Réunion, Amaury de Saint-Quentin annonce que le couvre-feu est prolongé de 48 heures. Des renforts de forces de l’ordre sont accordés. Selon le préfet, l’approvisionnement en médicaments pour les hôpitaux, les pharmacies, en carburant pour les services de secours et l’aéroport, mais aussi en produits frais, est assuré. Amaury de Saint-Quentin assure qu’un travail de dialogue doit être engagé et souhaite préparer un retour à la vie normale en début de semaine.

Sur le terrain, les barrages restent nombreux, la mobilisation ne faiblit pas. Le Port Est est bloqué. Si jusque-là, les manifestants avaient des difficultés à se faire entendre, les revendications se précisent. Si les revendications restent nombreuses et diffèrent selon les groupes, des porte-paroles se sont rendus en préfecture pour présenter un premier document au préfet. Un dialogue est ouvert, mais les avis divergent. 
 

Pour les Réunionnais, l'approvisionnement devient compliqué en denrées alimentaires et carburants. Les magasins sont pris d'assaut mais les rayons bien souvent vides. Ceux qui sont ravitaillés sont aussitôt dévalisés. Petits commerces et forains tentent de continuer leur activité.
 


 

Jour 8 : Démonstration de force et échanges avec le préfet

Pour la première fois depuis le début de la crise sociale à La Réunion, le préfet Amaury de Saint-Quentin sort sur le perron de la préfecture, mégaphone en mains, afin d’échanger avec des Gilets Jaunes rassemblés en nombre samedi 24 novembre à Saint-Denis. Le préfet se dit satisfait d’avoir obtenu une première liste de revendications et estime que le travail va pouvoir commencer. Pour autant, certains Gilets Jaunes estiment que le préfet n’est plus un interlocuteur.
 

Après avoir chanté la Marseillaise sous les fenêtres de la préfecture, les Gilets Jaunes décident de se rassembler au Port Est. En quelques heures, plus de 2000 Gilets Jaunes se retrouvent devant les grilles du "poumon économique de l’île". Une marée humaine, une véritable démonstration de force effectuée au huitième jour de mobilisation. En chanson et au rythme du maloya, les gilets jaunes sont venus de toute l’île, Saint-Joseph, Trois Bassins, ou encore Saint-Pierre et Saint-André.
 

Vêtu d’un gilet jaune, l’ancien député Thierry Robert a tenté de venir sur ce barrage, il est reparti en quelques minutes sous les huées. Les gilets jaunes qui revendiquent un mouvement apolitique avaient prévenu : ils ne veulent aucune récupération politique. Au couvre-feu, les Gilets Jaunes restent sur place et transforment le barrage en dancing jusque tard dans la nuit avec DJ.


 

Jour 9 : le calme avant la tempête

Dimanche 25 novembre, le nombre de barrages est en baisse, l’ambiance est détendue. Les autorités pensent que le mouvement s’essouffle et envisagent une reprise des cours dans les écoles et un retour à la vie normale. Le préfet ne reconduit pas le couvre-feu et se satisfait du retour au calme. Pour les Réunionnais, l’heure est au ravitaillement. Des stations-service ont été réapprovisionnées. Les files d’attente s’allongent devant les stations. A Saint-Denis, les bazardiers ont bravé l’interdiction pour tenir le marché du Chaudron pour le plus grand bonheur de la population.
 

Dans le sud, certains Gilets Jaunes ont assisté au conseil municipal exceptionnel du Tampon. Le maire André Thien-Ah-Koon a fait des propositions sur le pouvoir d'achat. Dimanche, le soleil se couche sur une île calme, très calme. Le recteur assure que la pré-rentrée aura lieu le lendemain. Pourtant, la "coordination des Gilets Jaunes responsables" annonce sur Réunion La 1ère un durcissement des actions et des barrages.


 

Jour 10 : un lundi noir

Dès 6h du matin, la ministre des Outre-mer, Annick Girardin annonce une baisse immédiate du prix des carburants avant sa venue dans l’île mercredi. Au même moment, des dizaines de barrages fleurissent dans l’île. Alors que les autorités espéraient un “retour à la vie normale”, les Gilets Jaunes ont durci le ton au dixième jour de la mobilisation, comme ils l’avaient prévu. Une quarantaine de barrages sont installés et les écoles ne parviennent pas à ouvrir. Les bus s'arrêtent.
 

De plus en plus de professions se disent solidaires du mouvement. L’intersyndicale du BTP appelle à renforcer le soutien au mouvement des Gilets Jaunes. Les pêcheurs également. Au Port-Est, la CGTR Port et Docks soutient le mouvement et se dit prête à prendre le relais des gilets jaunes, si ceux-ci sont délogés du Port Est par les forces de l'ordre. L’île est à l’arrêt depuis dix jours. Les planteurs perdent des milliers de tonnes de cannes, les agriculteurs perdent leur production, les éleveurs voient mourir des bêtes. Toute l’économie de La Réunion est au point mort et les dégâts vont se chiffrer en millions d’euros. Ce lundi, le "collectif des entrepreneurs réunionnais à la reprise d’activités à la Réunion" estiment à 100 000 le nombre de journées de travail perdues chaque jour pour les salariés et les entrepreneurs. 
 
Les conséquences économiques de la crise sociale

Vers 18 heures, le préfet annonce la baisse du prix des carburants et du gaz prévue par la ministre. Elle entrera en vigueur non pas le 1er décembre mais dès demain. Le sans-plomb s'affichera à la pompe à 1,43 centimes le litre, soit 13 centimes de moins que le prix actuel. Le gazole baissera de 7 centimes, un litre coûtera ainsi 1,21 centimes d'euros. Pas de quoi atténuer la contestation. Les Gilets Jaunes veulent maintenir la pression sur le gouvernement avant l’arrivée de la ministre. Ils ont déjà posé leurs conditions. "Nous ne rencontrerons la ministre des Outre-Mer qu'à condition de la retransmission en direct des discussions", disent-ils. La durée de son déplacement est flexible, insiste-t-elle : "Je prendrai le temps qu'il faut".


 

Jour 11 : Avant l’arrivée de la ministre

Ce mardi 27 novembre, au 11e jour de crise sociale, les Gilets Jaunes attendent de pied ferme l’arrivée de la ministre. Une trentaine de barrages est installée. Établissements scolaires, université, commerces et services communaux restent fermés. Pour un jour encore, La Réunion est au point mort. A la veille de l'arrivée d'Annick Girardin, les forces de l'ordre ont décidé de déloger plusieurs Gilets Jaunes et de libérer des axes routiers à Saint-Louis, Saint-André, Saint-Pierre et Saint-Paul. Ils ont fait usage de gaz lacrymogènes sur certains barrages. Pas de quoi apaiser la situation. Dans un communiqué posté sur les réseaux sociaux, le collectif "Tous unis pour la Réunion-Coordination des Gilets Jaunes" "condamne avec fermeté l'attitude violente des forces de l'ordre". Toujours sur les réseaux sociaux, un message circule depuis ce matin pour appeler au "blocage total de La Réunion mercredi, jour de l'arrivée de la ministre des Outre-mer".
 


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